PROMENADE DANS LES VALLONS DE BUC ET DE LA TRINITE
Connaissez-vous le petit vallon de Bue et ces belles arcades qui le coupent transversalement, et ces fraîches prairies où la Bièvre serpente et murmure, et ces fleurs charmantes , et ces jolis champignons qui foisonnent au bord des bois?
Si vous aimez la chanterelle, transportez- vous au pied de la colline, vous la trouverez sur la mousse où elle se dessine, se redresse, se contourne de mille façons. Quelquefois elle se cache sous les feuilles sèches du châtaignier ou du chêne. Soulevez légèrement ces feuilles, elle vous apparaîtra avec son petit chapeau tout rayonnant d’or. Quelquefois aussi elle change de couleur et de parure. C’est une coquette qui blanchit son teint pour mieux attirer les regards. J’aime à la voir à côté d’un vigoureux cep renfermant sous sa voûte d’ébène un embonpoint excessif. Quel contraste ! Vienne un gourmand , son choix ne sera point douteux ; son estomac bien inspiré lui servira de guide. Mais les dames , mais les enfants préfèrent la chanterelle. Quels cris d’allégresse lorsqu’un groupe de ces jolis champignons brille à travers les broussailles !
Cherchez encore la chanterelle dans les bois de Gonart, tout près du carrefour de l’Orme. Ecoutez tous ces petits oiseaux qui font retentir les taillis. Mélodie douce, simple, ravissante ! Si vous aimez les petites herbes sauvages , cueillez le polygala aux ailes d’azur, ou bien le polygala aux ailes de rose, plus vif, plus léger, plus attrayant.
Voulez- vous prolonger votre promenade, gravissez lé
coteau , traversez la plaine, et dirigez vos pas vers le vallon de la Trinité, d’autres disent le vallon de Châteaufort. Voyez en passant l’église du hameau assise sur un petit tertre d’où vous découvrez un charmant paysage. Descendez dans la vallée et cueillez la menthe au parfum suave, et la belle salicaire , et la petite véronique , aux lèvres bleu de ciel , et la valériane , à la taille élancée , aux fleurs d’un rose si doux. Surtout ne dédaignez pas cette plante rustique , c’est le matinal pissenlit qui se réveille au chant du coq, et dont l’amertume est si salutaire. Voici la ciguë des Athéniens. Fuyez cette plante homicide ; son odeur nauséabonde, sa tige sanglante inspirent l’effroi.
Visitons maintenant les petits coteaux de Châteaufort. La chanterelle y abonde. « Est-ce que vous cueillez cela , monsieur? me demande un pauvre bûcheron. — Oui, certainement. J’en fais d’excellents ragoûts, des omelettes , et autres petits plats de ménage. — Moi , je le foule aux pieds, c’est du poison. — Qui vous l’a dit? — Notre maître d’école. — Je vous assure qu’il se trompe, et, pour vous le prouver, je vais en avaler un petit morceau tout cru. h
Ce pauvre homme me regarde, m’examine, il est saisi d’étonnement , il me prend pour un sorcier. “ Ne craignez point pour ma santé, lui dis-je. La plupart des habitants de Versailles mangent ces petits champignons apprêtés de mille manières. Je m’en nourris moi-même, et j’en fais manger à ma famille et à mes amis. Vous pouvez vous confier à moi. J’observe et j’étudie les champignons depuis mon enfance. Mais prenez garde! On en trouve dans les bois qui sont malfaisants et qu’il ne faut point ramasser. — Je peux donc manger de ces petits champignons jaunes sans inquiétude. — Vous le pouvez, j’en réponds. » Et tout
COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX. lf>9
aussitôt il se met à cueillir des chanterelles, et il en emporte un plein mouchoir, après que je lui ai dit la manière de les préparer.