‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 77 sur 171 · HISTOIRE UES CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE UES CHAMPIGNONS

sieurs centaines pour en faire un plat, tandis que deux ou trois de ces gros champignons suffisent pour nourrir un homme pendant vingt-quatre heures. — Eh bien! je vous conseille pourtant, avant de les fricasser, de les faire bouillir un peu dans l’eau , ou bien de les mettre pendant quelques minutes sur le gril, et de les presser ensuite dans un linge afin d’en exprimer le lait qui est très-âcre. Voilà la vraie manière de les apprêter, et c’est celle que j’emploie moi-même; car je mange aussi quelquefois de ces champignons laiteux. »

Il me remercia très-poliment , et me souhaita le bonjour en me disant : J’étais autrefois cantinier, je suis maintenant cardeur de matelas dans les campagnes. Lorsque je manque d’ouvrage je vis de champignons; malheureusement il n’y en a pas toute l’année.

Voilà donc une espèce qui est âcre et même malfaisante dans son état de crudité, mais qui, préparée d’une manière convenable , offre un aliment substantiel à l’ouvrier et aux pauvres habitants des campagnes.

Micheli signale comme comestible un champignon tout blanc et rempli d’un suc laiteux , fungus esculentus , piperaius, iolus albus , ïacleo succo turgens. Il l’appelle lattajuolo biaiiGo , buono. On le vend au marché de Florence.

L’agaric poivré contient un principe gélatineux, et une liqueur laiteuse qui devient concrète et se dissout parfaitement dans l’alcool ; la teinture qui en résulte est d’une belle couleur d’or. D’après l’analyse de M. Braconnot, ce champignon fournit cïe l’albumine , de l’adipocire , des cristaux de sucre , de l’acétate de potasse , etc. Le docteur Dufresnoy , à qui nous devons des observations intéressantes sur les propriétés de quelques végétaux, assure l’avoir donné

avec succès dans le premier degré de la phthisie pulmonuire.

Quelques botanistes ont confondu la variété à feuillets roux avec l’agaric controverse ( avariais sanguineus . Batsch) , qui porte aussi un chapeau blanc , mais dont la surface est panachée de taches et de zones irrégulières d’un rouge de sang. Ce champignon , également imprégné d’un suc laiteux très-âcre , doit former une espèce distincte.

Il ne faut point confondre notre agaric poivré à suc laiteux avec l’agaric poivré de Bulliard , ou agaric fétide de la Flore française ; celui-ci n’a point de lait, et appartient au groupe des russules.

AGARIC MEURTRIER. AGARICUS NECATOR.

Agaricus necator. Bull. Champ, t. 529. f. 2. — Agaricus torminosus. Schæff. Füng. t. 12. Pers. Syn. 450. Pers. Syiv, 450. Fries. Syst. mycol. 1. 65.

(PI. 13, Fig. 3 et 4.)

On reconnaît ce champignon à son chapeau incarnat ou couleur de rouille , d’abord arrondi , convexe , ensuite semiorbiculaire , large de trois à quatre pouces , ordinairement zoné , pelucheux , surtout sur les bords , qui sont très-velus , comme frangés et un peu roulés en dessous. La peluche qui couvre le chapeau est blanchâtre à sa marge , d’une nuance plus foncée ou rougeâtre à son disque. Les feuillets sont inégaux , blancs , d’un jaune pâle ou roux , empreints , ainsi que les autres parties du champignon , d’un suc laiteux blanc ou jaunâtre qui coule aussitôt qu’on les brise , et qui est d’une saveur brûlante.

Cette espèce est très-commune dans les bois humides , en été et en automne ; elle est quelquefois d’un roux très-

tendre , quelquefois rougeâtre ou d’un jaune ferrugineux. La peluche soyeuse et les zones concentriques du chapeau sont quelquefois peu sensibles ; mais ses bords sont toujours plus ou moins velus.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

Les expériences de Paulet sembleraient prouver que cet agaric, qu’il appelle mouton zone, n’est point malfaisant, malgré l’épithète de iorminosus que lui a donnée Schæffer. Bulliard assure, au contraire, qu’il est très- redouté dans quelques campagnes, et surtout dans les environs de Barsur- Aube , où il est connu sous les noms de mortou , de raffoult , et qu’une petite quantité suffit pour produire les plus graves accidents. Le docteur Picco et quelques auteurs allemands ont également signalé ses qualités pernicieuses.

J’ai donné à deux jeunes chats un de ces champignons haché avec de la viande. Quoiqu’ils en aient mangé fort peu , ils ont éprouvé une violente diarrhée, beaucoup de faiblesse et un tremblement qui a duré plusieurs heures. Le lendemain, un de ces animaux était encore très-faible, et l’autre dans un état naturel.

J’ai renouvelé cette expérience sur un chien de taille moyenne , qui a dévoré en un instant un champignon cru, et mêlé également avec de la viande. Une heure après , il s’est plaint , et a rejeté la pâtée entière. Il est resté couché pendant plusieurs heures , et il paraissait trèsabattu. Le soir, on lui a présenté un peu de lait qu’il a bu avec avidité. Il est probable que le poison aurait causé la mort , ou du moins des symptômes beaucoup plus graves, s’il n’eût été rejeté par le vomissement.

Le docteur Larber rapporte un empoisonnement occa~ sionné par l’agaric meurtrier de Bulliard et une de ses variétés. Deux individus moururent à Bassano après avoir mangé de ces champignons. On observa , parmi les principaux phénomènes, de violents vomissements et comme une sorte de choléra , ensuite un assoupissement profond qu’aucun remède ne put vaincre.

On trouva les vaisseaux sanguins des méninges fortement injectés , et les membranes digestives plus ou moins enflammées. [Suifunghisaggio generale, 1, p. 75.)

Bulliard craint qu’on ne confonde avec cette espèce l’agaric poivré qu’on mange dans quelques campagnes ; mais ces deux champignons ont peu de ressemblance , soit pour la forme , soit pour la couleur ; ils n’ont de commun que le suc laiteux dont ils sont également empreints.

Mais, lorsqu’on juge un champignon d’après sa couleur sans faire attention aux autres caractères, on court le risque de prendre l’agaric meurtrier pour l’hydne ordinaire (hydnum repœndum), qui est également d’une couleur de chair ou de chamois.

C’est ce qui arriva un jour à deux soldats qui avaient confondu ces deux espèces de champignons , et qui en avaient fait une ample récolte dans les bois de Saint-Cyr. Heureusement, j’arrivai sur le lieu même au moment où ils allaient les emporter.

Prenez garde! leur dis-je. En voilà de vénéneux qui vous tueront infailliblement si vous les mangez. Examinez-les bien , ils sont velus surtout aux bords , et plus ou moins rayés. Voyez le lait qui coule de toutes leurs parties. Eh bien ! ce lait va vous brûler la langue. Les autres n’ont aucun de ces caractères, ils sont fort bons, et vous pouvez

les manger sans crainte. Pourquoi ne cueillez-vous pas des ceps, des chanterelles? Vous pouvez les distinguer aisément des espèces malfaisantes. Ils me suivirent pendant l’espace d’une heure , écoutant mes conseils et mes observations avec une docilité parfaite.

L’agaric meurtrier a quelque rapport avec un champignon laiteux que L’Ecluse a rangé parmi les espèces comestibles , et dont Sterbeeck a donné la figure , tab. 6 , sous le nom d e.fungns coccineus viUosus.

Loesel , dans la Flore de Prusse , et Buxbaum , dans sa quatrième Centurie, donnent également comme alimentaire une autre espèce, de couleur incarnat, à chapeau ombiliqué, velu sur les bords, et plein d’un suc âcre. Les Russes conservent ce champignon dans du sel , et ils le mangent ensuite assaisonné avec de l’huile et du vinaigre. Mais on ne saurait trop se défier des qualités alimentaires qu’on attribue aux champignons laiteux ; ils sont tous plus ou moins âcres , et d’un emploi en général suspect. En vain Paulet et quelques autres naturalistes disent avoir mangé l’agaric meurtrier sans éprouver le moindre malaise ; ces épreuves , qui n’ont pas été assez multipliées , ne sauraient me rassurer, et je désire que mes doutes passent dans l’esprit de tous les amateurs de champignons, car je ne me consolerais de ma vie, si mes écrits pouvaient donner lieu à quelque accident. Au reste, on verra bientôt que mes craintes ne sont que trop fondées , lorsqu’on lira que l’usage d’une espèce appartenant à la section des lactaires a été suivi d’une mort prompte.

AGARIC ZONÉ. AGARICUS ZONARIUS.

égarions zonarius. Bull. Champ, t. 104. DC. PI. Fr. 575.

Balbîs. Fl. Lyon\ 2. 269. — Agaricus flexuosus. Pers. Syn.

Son chapeau est large de deux à trois pouces, d’abord convexe , ensuite plane ou légèrement déprimé au centre , d’un jaune pâle , marqué de zones nombreuses , très-sensibles vers les bords qui sont sinués et anguleux. Les feuillets sont un peu décurrents , blanchâtres et inégaux. Le pédicule est plein , charnu , court , de la même nuance que les feuillets. Ce champignon croît dans les bois , en été et en automne ; on le trouve tantôt solitaire , tantôt rangé par groupes de deux ou trois individus.

Un lait corrosif et abondant s’échappe des feuillets et de la chair du chapeau aussitôt qu’on les entame.

AGARIC SANS ZONES. AGARICUS AZONITES.

Agaricus azoniles. Bull. Champ, t. 559. f. 1. — DC. Fl. Fr.

Son pédicule est plein , cylindrique , ordinairement allongé , blanchâtre ou d’un jaune paille ; il porte un chapeau irrégulier, bosselé ou concave , roux ou d’une nuance imitant célle du café au lait , rarement zoné , mais quelquefois couvert de taches brunes. Les feuillets sont jaunâtres, inégaux, droits, un peu écartés les uns des autres, à peine attachés au pédicule , et imprégnés d’un suc laiteux , d’abord insipide , ensuite très-âcre. Ce champignon vient, en été, dans les bois.

Nous l’avons observé, ainsi que l’espèce précédente, dans la forêt d’Ermenonville, dans le parc de Morfontaine et dans les bois de Luzarches.

AGARIC CAUSTIQUE. AGARICUS PYROGALUS.

Agaricns pyrogalus. Bull. Champ, t. 529. f. 1. Pers. Syn.

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