‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 84 sur 117 · MENTALE · texte numérisé non relu

MENTALE

372. L'expression de méthode exphinwntale usitée sans dire qu'on adopte la définition que j'ai donnée de la méthode a posteriori expérimentale, sig-nifîe implicitement ou explicitement qu'elle est opposée à ia méthode a priori; mais voilà tout.

575. Si le mot méthode implique l'intention de l'esprit qui la prend pour g^uide, de connaître avec plus ou moins d'exactitude des objets sur lesquels il arrête son attention, il ne sufBt pas de cette intention pour que le but soit atteint, lors même que l'observateur aurait la parfaite conviction de n'être animé

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que du seul désir de chercher la vérité ; et c'est conformément à celte pensée que j'ai critiqué la première règle de la méthode de Descartes (176).

En définitive, la méthode expérimentale énoncée sans la condition du contjvle, caractère de ma définition de la méthode a posteriori expérimentale, n a pas une valeur scientifique réellement plus élevée que V empirisme; car la certitude d'une explication sug'g'érée par l'expérience sans contrôle, n'est guère supérieure à celle d'une explication suggérée par la seule observation de Y empirisme.

574. L'esprit de la m^/Aofife A POSTERIORI expérimentale est applicable à des connaissances fort différentes des sciences dites à' expérience. Car, dans les sciences sodales, il est possible de s'éclairer d'un critérbmi, d'un contrôle, par des faits précis auxquels on oppose les conclusions posées avec l'intention de les faire accepter comme vraies. J'ai donné, il y a quinze ans (1), un exemple aussi simple que précis de ma pensée, en montrant que les preuves prescrites en arithmétique pour vérifier les nombres obtenus en pratiquant Vaddition, la soustraction, la multiplication et la division, sont de véritables contrôles. Dès lors une de

ces règles faite sans la preuve ne vous donne pas la

(i) Lettre au président de la Société Industrielle d'Angers, reproduite dans une lettre à M. Yillcmain, page y.

certitude que vous vous êtes proposé d'obtenir. Une erreur, une faute d'attention peut avoir été commise. Or ce n'est que la preuve faite, supposée satisfaisante, qui vous donne la certitude.

Métlwde A POSTERIORI expérimentale.

375. Celte méthode, telle que je Tai définie (liv. I, chap. Il), se présente, après une réflexion prolongée de la part du logicien -savant le plus sévère, comme l'instrument le plus apte à gfuider Tesprit dans un jugement exact du degré de certitude des conclusions déduites de recherches du ressort des sciences dobservaHon, de raisonnement et ^expérience (15,16).

576. Elle est le fruit d'une vie scientifique qui n'a pas cessé d'être absolument consacrée de la manière la plus désintéressée à larecherchedelavérité; et c'est parce que cette vie a dépassé en durée de beaucoup la moyenne de la vie humaine, et qu'elle a toujours pratiqué activement Y expérience en profitant de celle des autres, que ma foi est acquise à cette méthode. Après avoir montré qu'elle se distingue de V empirisme et de la méthode expérimentale dont le contrôle n'a pas été explicitement indiqué comme caractère indis-

pensable de sa qualité essentiellement scientifique, je me plais à croire que si on ne partage pas mon espérance sur l'avenir de la méthode k posteriori expéri-mentale, on ne m'accusera pas d'un enthousiasme irréfléchi, sur.tout si on veut connaître l'esprit qui n'a jamais cessé de me diriger dans des travaux entrepris avec l'intention expresse de trouver la vérité quant au degré de certitude de chacun de leurs résultats.

577. Dès le début de ma carrière, la crainte de l'erreur m'a éloigné de formuler en principe, en toi, des propositions qui, séduisantes par leur généralité, mais manquant à mon sens de certitude, devaient évidemment, par leur développement, me conduire à une conclusion inexacte, comme» des propositions fausses conduisent à des sophismes le logicien dont l'esprit n'est frappé que des conséquences qu'il en déduit (350)* C'est donc, avant tout, le besoin impérieux de la certitude des propositions servant de prémisses à mes raisonnements, qui m'a décidé à étudier des objets étrangers en apparence au sujet spécial sur lequel mon esprit s'était d'abord fixé; de là une continuité et une contiguïté d'études diverses : ainsi celles qui suivaient les premières ont pu sembler en être absolument indépendantes. Il importe à l'appréciation exacte de ma direction d'es-

prit dans mes recherches scientifiques qu'on ne me qualifie nî à' encyclopédiste, ni à'érudit, puisque, loin d'aspirer à ces titres, c'est la défiance de mes foroes qui m'a suggéré la pensée de recourir à des sciences diverses pour leur demander une conviction de l'exactitude des inductions que j'avais tirées d'une science spéciale consultée en premier lieu.

En définitive, ce qui précède témoigne d'abord de la difficulté de reconnaître les vérités scientifiques dans l'étude des choses concrètes, et ensuite de la nécessité, pour amener le progrès de la raison humaine, de démontrer les vérités à l'aide du contrôle de la méthode a posteriori expérimentale ou d'un contrôle équivalent.

578. Tout en ayant une conviction de la grandeur de ce progrès, je ne voudrais pas qu'on me prêtât des idées exagérées de ce que j'en attends, et surtout qu'on m'attribuât des idées que je n'ai pas, parce ' qu'on supposerait que la méthode a posteriori expert-^ nmUale^ tirant son origine des recherches chimiques les plus minutieuses, conduirait par là môme à des conséquences favorables au matérialisme. Sans traiter ici en elle-même une question de religion, sans la traiter ati point de vue de la morale, ni à celui des consolations apportées par le sentiment religieux aux souffrances et aux douleurs de toutes sortes dont

rhumanité est frappée, je vais examiner la méthode ci la manière dont j'ai envisagée les sciences du ressort de la philosophie naturelle dans le livre FV, relativement au matérialisme, afin desavoir si elles y conduisent, ou bien si elles en éloig^nent.

Lusage de la méthode a posteriori expérimentale ne conduit pas au matérialisme.

379. A mon sens, la proposition que le concret ne nous est connu que par /'abstrait, c'est-à-dire par des propriétés, des attributs que l'intelligence, la pensée en sépare, donne, de l'acte auquel se livre cette intelligence, cette pensée, une idée bien différente de ce qu'on dit communément de la connaissance du concret déduite immédiatement de la sensation! La part de la pensée dans ma manière de voir est immense déjà •dès le premier acte de l'esprit pour connaître un objet concret quelconque; voyez enfin que le fait représentant pour tous ce qui est, ce qiii a été, ce qui sera, ept défini une abstraction. Certes, si ce résumé concisde la doctrine comprenant tant de propositions générales et variées énoncées précédemment, est plus près du matérialisme que du spiritualisme, j'avoue ne plus rien comprendre au sens des doctrines qu'on rattache à ces deux expressions.

WDÉPENDAx\TES D'U.%E HISTOIRE DE LA CHIMIE. S!ii

380. Voyons maintenant si Tusag^e habituel de la méthode a posteriori expérimentale dispose Tesprit au matérialisme en l'éloignant du spiritualisme.

381. En quoi consiste l'usag'e habituel de cette méthode? C'est à rechercher la cause immédiate d un effet, d'un phénomène sur lequel l'attention d'un observateur s'est fixée. Le but atteint, qu'y a-t-il ? Un effet, et la cause immédiate de cet effet connue.

382. Il m'importe avant tout de prendre en faveur de ma thèse une comparaison qui, pour être vieille et vulg'aire, n'en est ni moins claire ni moins juste quand on la suit dans ses détails. 11 s'ag'it de faire sentir à tous que si la montre est le produit de la science humaine , l'univers est l'œuvre d'une intelligence divine. En reg^ardant une montre j'aperçois un ensemble de solides de diverses formes, dont les uns sont rigides et les autres flexibles à l'instar (l'une chaîne, enfin il en est un fort remarquable par son élasticité. La montre, une fois montée, l'ensanble des pièces en mouvement incessant le communique aux deux aig^uilles du cadran. En outre, il peut y avoir encore une troisième aigxiille indiquant les secondes , et enfin une sonnerie qui se fera entendre aux heures, quarts et demies. Eh bien I cet arrang'ement de solides dont chacun est

ftî œNNAISSANCES QUI PEUVENT PARAITRE

à sa place pour concourir à la mesure du temps, n'est-il pas rémanation d'un esprit savant en mécanique? La montre n'est-elle pas X effets Xmivre d'une intelligence qui a profité de la science d'esprits venus avant lui 7 II y a donc là phénomine d'une succession d'intelligpences, ou effet du concours successif de plusieurs esprits vers un même but.

383. Comparons à la montre en mouvement le moindre vertébré, insecte ou mollusque, à partir du moment où, g'erme fécondé, il apparaît à l'œil aidé ou non du microscope; observons-le jusqu'à sa mort, et nous verrons combien les actes dont sa vie se compose diffèrent du mouvement de la montre. Tous les orgpanes de celle-ci restent matière brute pendant le mouvement comme pendant le repos; et , tant qu'ils conservent l'intégrité de leur état physique et leurs places respectives, la montre indique constamment de la même manière la mesure du temps aussitôt qu'elle a été montée. Ëntce son mouvement et la vie du vertébré, de l'insecte ou du mollusque, la différence est extrême! L'être destij^ à vivre jouit de la faculté de s'accroître aux dépero du monde extérieur; à l'état normttl, l'harmonie des orgunes n'est troublée qu'à l'approche du moment fatal où l'individu doit cesser de vivre. Mais, avant de mourir, que de phénomènes remarquables de-

INDÉPENDANTES DUNE HISTOIRE DE L\ CHIMIE. 3â3

puis sa naissance jusqu'à Tépoque où il transmet la vie à des parcelles de matière qui seront un jour des individus semblables à leurs ascendants, et capables à leur tour de la transmettre à d'autres parcelles! Quelle merveille que cette forme spécifique se conservant, se perpétuant dan» une succession d'êtres, les circonstances restant les mêmes! Quelle merveille! quand on compare l'extrême variété de toutes ces formés spécifiques d'êtres vivant dans des circonstances semblables du moàde extérieur et n'empruntant à ce monde pour s'accroître qu'un trèô-petit nombre d'éléments matériels I Si nous portons notre atten« lion sur les organes internes d'un individu vivant, les uns s'accroissent en conservant leur forme pri-* mitive, sauf quelques modifications plus ou moins légères, d'autres en éprouvent de plus grandes; enfin il est des organes qui disparaissent. Quelles que soient les différences respectives des organes aux divers ûges de l'individu, leur harmonie mutuelle est parfaite pour satisfaire aux besoins de la vie , et cependant la différence des formes est souvent telle que les individus d'une même espèce, à diverses époques de leur vie, sembleraient appartenir à plusieurs espèces, si on n'avait pas fait une étude préalable de ces changements, ou que déjà le pur empirisme ne les eût pas fait connaître. La différence est donc grande entre l'être vivant et la montre, dont

les organes, après le mouvement, sont ce qu'ils étaient auparavant ! La différence s'accroît encore en p€tssant en revue les formes si variées de T ensemble des espèces du règ'ne animal , et en retrouvant dans les individus de chacune d'elles les harmonies de fonctions que je viens de signaler dans les individus d'une même origine. Mais les merveilles de la vie, quelle qu'en soit la grandeur, en les observant dans la structure des organes, leurs connexions et leurs fonctions, le sont bien davantage encore en les observant dans l'intelligence de l'homme et l'instinct des animaux. L'honune est intelligent et perfectible dans l'individu et dans l'espèce; il a conscience du bien et du mal, du juste et de l'injuste, de la vérité et de l'erreur; sous ce rapport, il dépasse tous les êtres vivants, et à lui seul appartient la grandeur morale. Mais l'instinct de la brute peut paraître plus étonnant encore, car il la dirige; et la brute y obéissant exécute sans conscience, fatalement, tous les actes nécessaires à la vie de l'individu comme à la conservation de l'espèce. Enfin, le comble de la merveille apparaît dans des insectes qui, sortant derœuf^ ne verront jamais ni leur mère ni leur père! preuve évidente que Vinstinctest infus en eus, puisqu'on ne peut supposer qu'ils doivent le moindre enseignement, le moindre secours à leurs ascendants!

INDÉPENDANTES D'UNE HISTOIRE DE LA CHIMIE. 3/i5

384. Ces faits merveilleux montrent la nécessité de prendre en considération, dans Tétude philosophique de la vie, les princijws de Hétat antérieur et de tétat ultérieur (148 et suivants), résumant si bien la grandeur des harmonies de la vie envisagée d'une manière continue dans les individus des espèces vivantes, aussi nombreuses que variées! Combien ces principes ont de force pour proclamer hautement que la inéthode a posteriori expkimentale, loin de conduire l'esprit qui Fa choisie pour guide au matériau lisnw, le conduit nécessairement à la conclusion que si la montre est t oeuvre de la science humaine, Têtre doué de la vie n'a pu la recevoir, avec Tinstinct , Tintelligence et le sens moral, que d'une science divine!

585. Cette suite de considérations, je le demande au logicien le plus sévère, ne satisfait-elle pas plus l'esprit que des raisonnements dont la conclusion aboutit au matérialisme, à V athéisme? Qui m'y a conduit? C'est l'usage continu de la méthode a posteriori expérimentale dont le point de départ est le phénomène, \ effet; et le but, la découverte, la carise immédiate de ce phénomène, de cet effet. La méthode, telle que je lai définie, reposant sur la pensée de la faiblesse de l'esprit humain, et cherchant les moyens d'en prévenir les inconvénients quand il s'agit de découvrir la vérité, est donc absolument opposée à la méthode a

PRIORI, dont le caractère est le dogmatisme. Or si, pénétré de Tesprit de cette méthode que je n'ai jamais cessé de prendre pour g*uide, une suite de raisonnements me conduit à reconnaître une cause première intelligente, prévoyante, créatrice de la matière et de l'ordre admirable de l'univers, soit que l'on considère la distribution des astres dans l'espace et *les forces qui rég^issent les mouve^ ments périodiques 4^s planètes autour d'un astre puissant vers lequel elles gravitent, soit sui^ tout qu'on réfléchisse à la coordination des forces auxquelles les êtres orgunisés doivent la vie, e'esi^àdire de s'accroître aux dépens du monde extérieur, de se multiplier en transmettant à leurs descen-* dants une forme spécifique qu'ils tiennent de leurs ascendants; cette forme spécifique vivante, animal ou plante, représente à l'esprit deux parties distinctes, une partie matérielle douée des propriétés de la matière brute, et une partie qui s'y trouve unie intimement tant que la partie matérielle est vivante. Pour représenter cette partie sans équivoque, considérons-la dans les êtres vivants, Y homme excepté, et appelons-la />ar/2> dynamique,

386. Cette partie dynamique est une résultante de deux groupes de forces simples.

Le premier groupe comprend des forces dont les

effets se manifestent aussi dans les corps inorganiques, par exemple, la pesanteur, la chaleur, Télec* tricité, la lumière.

Le second groupe semble n'appartenir qu'à l'être vivant* Quelles forces simples le composent? c'est ce que nous ignorons absolument, qu'il s'agisse de plantes ou d'animaux»

S87. Quoi qu'il en soit, rapportant à cette rénil-tante la conservation, dans l'espace et dans le temps, des /ormes spécifiques des individus d'une même origine, les circonstances du monde extérieur restant les mêmes, y rapportant encore les fonctions des organes, les facultés instinctives et les facultés quelque peu intellectuelles des animaux les mieux organisés, l'homme excepté, je dis que cette résultante vivifiant la matière brute est le mystère de la vie, plutôt que la nature même des forces simples qui la constituent. Aussi me suis-je prononcé depuis longtemps (1) contre les partisans du matérialisme, citant à l'appui de leur opinion l'intervention des forces du monde minéral dans \e^ partie dynamique des êtres vivants; parce qu'il n'en est point ainsi, le mystère de LA viB réside dans la coordination des forces composant la

(t) Journal dêê Sùi^nts^ année 1887, page 674*

résultante qui vivifie la matière depim la fécondation des germes jusqu'à la mort, et ijui en perpétue les formes SPÉCIFIQUES. Ainsi , la montre est \ œuvre de l'esprit de r homme, et non celle de la matière qui en compose les org'anes, puisque vous la reproduirez avec toute sorte de matière douée des propriétés physiques du laiton et de Tacier; ce qui la caractérise, je ïe répète, n'est donc pas la matière des organes, mais leur forme, leurs connexions et leurs actions mutuelles, en un mot leur arrangement, qui est bien l'œuvre de V esprit de l'homme,

388. Si, comme je Tai dit (382), on a avancé la comparaison vieille et vulgaire de la montre avec l'univers pour convaincre que celui-ci, pas plus que la montre, n'est l'œuvre du hasard, les détails dans lesquels je suis entré justifient en tous points la comparaison en en faisant voir à tous l'extrême justesse; car il me semble impossible de ne pas conclure comme je l'ai fait, sans avoir abandonné la vf\éthode a posteriori expérimentale. Je ne vois donc pas d'objection à l'analog'ie si parfaite entre la construction de la montre par la science humaine et la création de l'univers par la puissance de Dieu. Si on n'adopte pas ma conclusion, on ne pourra plus accuser cependant la méthode a posteriori expéri^nentaie, définie avec le caractère scientifique du cotiirôk

INDÉPENDANTES D'UNE IIISTOIKE DE L?i CHIMIE. '6!xi)

que je lui attribue, de conduire au matéiialisnie, ainsi qu'on Ta dit quelquefois.

589. Voilà comment, à partir de la construction de la montre par Tesprit de l'homme, et en résumant ensuite les traits les plus saillants de Thistoire de la vie, conformément à la méthode a posteriori expérimentale, j'arrive sinon à une démonstration mathématique de l'existence de Dieii, du moins à la rendre extrêmement probable,

590. En écrivant ces derniers mois, je ne puis me défendre d'un rapprochement. Je suis parti de y étude A posteriori des faits les plus minutieux sans autre prétention que d'arriver à la connaissance de leurs causes prochaines, et de m'y tenir; cependant Tàg^e auquel je suis parvenu secondant des efTorls incessants pour connaître des sujets contigus, m'a permis d'aborder des questions g^énérales auxquelles je n'avais jamais pensé. C'est donc la contig^uïté de mes études, quant aux sujets, qui, après m'avoir fait suivre dans ses détails la comparaison de la montre avec les corps vivants , m'a conduit à la conclusion que^i/a montre est t œuvre de l'espnt de [homme, le monde avec les êtres vivants ne peut l'être que d'une science divine.

301. Voyons si les raisonnements du matérialiste, de Y athée, présentent la même rigueur dans leur ensemble que la suite logique des raisonnements toujours conformes à la méthode a posteriori expérimentale que je viens d'exposer.

L'athée affirme qu'?/ n'y a pas de Dieu et que, dans t univers, il n'existe que de la matière brute et des farces qui y sont inhérentes. Affirmation d'où découle la conséquence que tout ce que nous voyons est un résultat fortuit, l'œuvre du hasard, et non l'œuvre d'une intelligence divine , créatrice ou simplement organisatrice et prévoyante. Ajoutons pour éclaircir la question que nous ne concevons rien à l'opinion bâtarde de ceux qui, voulant bannir du langage les mots Dieu ei Providence y ont dit nature, non plus pour exprimer l'idée de Yuniverscréé par Dieu, par la Providence, mais pour confondre cet univers avec un être doué d^attributs divins tels que \b. force créatrice, la force conservatrice, la prévoyame et la bonté même j en un mot nous ne pouvons comprendre un être doué d*attributs divins qui ne soit pas Dieu, et qUÎ semble n'avoir été imaginé que pour dire aux spiritualistes nous pensons comme vous, et aux matérialistes nous ne croyons pas à Dieu, mais comme vous nous croyons a la nature sensible â nos sens.

592; L'athée part-il de la Méthode a posteriori ex--

pémneniale? non; maïs de cette mrf/Aocfe a priori que Bacon , disent les philosophes modernes , a eu la gloire de bannir de Fécole philosophique.

Peut-on citer en effet une proposition plusk priori que le prétendu principe d'après lequel on dit tout ce qui estpossibk arrive. Or F univers est posmble, donc il est. Il est possible, arrangé comme nous le voyons, donc il est tel. Est-ce là une explication? non; je n'y trouve qu'une pétition de principe.

595. Où conduit ce prétetidu principe dans les sciences (f observation, de raisotmement et ctexpérience'l je l'i^ore; cependant, en y réfléchissant, une chose me ftrappe, c'est que l'importance en diminue à mesure des progrès du savoir de l'homme; car la question du possible ne concerne que \ inconnu, puisqu'à Tégurd de toutes les lois et de tous les principes dont la science démontre la vérité, en déclarant faux ce qui y est contraire^ on restreint 1q possible à ce qui n'y est pas opposé.

Or, je le demande, lorsque nous voyons si heureusement le champ de l'inconnu se rétrécir de jour en jour par suite du prog^rès des sciences, par des lois nouvelles, des principes nouveaux qu'elles formulent conformément à l'expression de l'Écriture que totit dans timivers a été fait avec nombre, poids et mesure, de lels résultats répondent-ils àl'opinion où l'on affirme

que le monde matériel et le monde org-anique sont les résultats du hasard ?

594. L'athée reproche aux partisans de Yexîstence de Dieu de n'admettre, prétend-il, qu'une hypothèse dans l'impuissance où ils sont de la démontrer. Mais l'athée peut-il démontrer la sienne? Suffît-il de se dire dans le vrai, en avançant une proposition nég'ative sans la prouver? évidemment non. Affirmer d'une manière absolue la non-existence de Dieti es4, au point de vue scientifique, une proposition conforme à la méthode a priori et opposé à la méthode a POSTERIORI eaphimentale, le seul flambeau capable de dirig'er l'honnne dans la recherche des vérités du ressort de la philosophie naturelle. Si cette méthode ne prétend pas donner ww^. démonstration parfaite de l existence de Dieu, convenons qu'il est plus conforme à son esprit et à la log-ique d'admettre une cause suprême intellig'enle que de la rejeter en pesant toutes les raisons allég^uées dans la comparaison de la montre avec l'univers, raisons que je résume ainsi :

INDÉPENDANTES DXNE HISTOIRE DE LA CtflMIE. 353

395. La montre ne s' est point faite seule, sa matière n'en est pas la partie essentielle, car cette partie essentielle réside dans V arrangement de ses organes par ^ESPRIT de t homme;

Ce FAIT INCONTESTABLE conduit sans détour à se dire, Y univers comme la montre, ne s'uj&i pas fait seul tel que NOUS le voyons; une intelligence suprême a présidé à son arrangement avec nombre, poids et mesure; et, comme dans la montre, ni la matière, ni la nature des forces simples agissant sur cette matière ne constituent essentiellement fêtre vivant;

C'est \ arrangement de cette matière soumise à une résultante de forces, qui constitue la vie, en vertu de laquelle résultante, la vie de l'être se transmet avec sa forme spécifique à des individus capables de la perpétuer dans F espace et dans le temps, les circonstances du monde extérieur restant les mêmes ;

Cette forme spécifique dans l'insecte est douée de ces instincts si variés qu'elle possède sans le savoir, et dans l'homme, l'individu comme l'espèce est perfectible et la conscience de soi-même s'y allie avec le sens moraL

596. Après cette suite de raisonnements, comment dire, Dieu n'existe pas l La matière à laquelle sont inhérentes la chaleur, la lumière, rélectricité, le mag^nétisme, s'est arrangée elle-même comme nous la voyons; la plante nécessaire à l'animal s est formée la première pour nourrir le second. L'instinct de la brute, l'intellig^ence, l'âme de l'homme, ont animé simultanément la matière. Une telle affirmation blesse tous mes sentiments de savant et à' homme.

a) De savant.

597. J'ai entendu dire : les êtres vivants ont été formés comme les cristaux de sel marin dans l'eau de la merdes marais salants que frappent les rayons du soleil.

Les formes rég^ujières que prennent les espèces chimiques par la cristallisation , n'ont rien de comparable avec les êtres vivc^nts, quelque admirable que soit d'ailleurs la symétrie des cristaux : ceux-cî sont le résultat de Y équilibre le plus stable de leurs molécules (29, 48), quant aux circonstances où elles s'agrég'ent; tandis que l'êtrç vivant, au lieu d'un solide géométrique à facettes planes, affecte généra^ lement des formes plus ou moins arrondies^ composées de solides et de liquides, dans l'intérieur des-^ quelles tout est mouvement; des molécules y pêne-

INDEl^ENDXM'ES D'UNE IIISTOIUE DE LA CIIIM4E. 355

trent du dehors , pendant que d'autres molécules en sortent ! La vie n'existe qu'à cette condition ; le mouvement est donc inhérent à Yétre vivant, comme la stabilité au cristal, et dans l'être vivant où la matière cristallise, la maladie existe.

398. Les plantes et les animaux, dites-vous, ont été produits par les circonstances mêmes où la matière s'est trouvée, sans dessein prémédité d'une cause intelligente ; leurs formes si variées sont autant d'eflots du hasard, et vous ajoutez : la faculté qu'ils ont de se reproduire avec leurs formes spécifiques orig^înelles, simultanément et successivement, les facultés instinctives qui veillent incessamment à la conservation de la brute sans que celle-ci le sache; enfin rintellig'ence, la pensée, l'esprit, l'âme de riiommef, sont des conséquences de ces formes variées qui tiennent la vie du hasard. Certes, nous voilà loin de la cristallisation ; et vos assertions manquent de cette suite, de cette continuité de raisonnements auxquels la méthode a posteriori expérimentale m'a conduit, et que j'ai cru devoir résumer (395).

Penne tteis- moi quelques observations à vos assertions.

599. Si les plantes et les animaux sont les produits du hasard, pourquoi, aujourd'hui, ne voit-on pas

sortir de terre, du sein des eaux douces ou salées, des chevaux, des poules, des tortues, etc., etc.?carsi ces êtres furent produits autrefois spontanément, comme vous l'affirmez, quelle cause s'oppose aujourd'hui à des reproductions égpalement spontanées? Vous répondez que dans Tâg^e du monde où la vie apparut sur la terre, là nature jouissait d'une puissance qu'elle a perdue!

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