‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 109 sur 387 · Wnkofleld, Ireland, vol. I, pp. 246 sqrj · texte numérisé non relu

Wnkofleld, Ireland, vol. I, pp. 246 sqrj

2. Curw«n, Obiervalions... on Ireland, vol. I, pp. lui .;, 2."i(); vol. Il, p. 38. — Il signali», & litre d'exception, une rAgiori, .mx cuviruiis de I.oiidondcrry, nu hs fcniirs incsiirciit généralomnnt plus do lOOncrcs.

ordres, des fermiers protestants. Mais, comme ceux-ci n'étaient disponibles qu'en petit nombre, et d'autant plus exigeants, il fallait expulser plusieurs tenanciers catholiques pour satisfaire un seul d'entre eux : la législation avait donc pour effet d'agrandir les dimensions moyennes des exploitations. Maintenant l'intérêt politique des propriétaires est devenu tout autre : pour augmenter les bataillons de leurs électeurs, ils multiplient sur leurs terres le nombre des forty shillings freeholders catholiques. Multiplication qui pratiquement n'a pas de limites : car les propriétaires dressent eux-mêmes les listes électorales et qualifient de forty shillings freeholders, quand cela leur convient, ceux-là mêmes dont le lot de terre rapporte moins de quarante shillings. Il y avait 4 768 freeholders à quarante shillings en 1793; il y en avait 64 752 un an plus tard; il y en aura, en 1821, jusqu'à 184 229*.

Une seconde cause d'émiettement, plus profonde, et dont l'action s'exerce d'une manière plus permanente, réside dans la difficulté, on pourrait dire dans l'impossibilité que rencontrent le propriétaire et le fermier à se procurer, dans les campagnes irlandaises, des travailleurs salariés. Non seulement le fermier irlandais est pauvre, et ne dispose pas d'une réserve suffisante pour faire aux travailleurs, sous forme de salaires, les avances nécessaires ; mais encore — et voici probablement son plus grave embarras — il se heurte, quand il cherche des ouvriers, à de tenaces préjugés.

Travailler, toucher un salaire et, avec l'argent ainsi gagné, acheter ce qu'il faut pour vivre, c'est une série d'opérations trop compliquées pour l'intelligence d'un Irlandais des basses classes^. Tirer directement de son champ une quantité suffisante de pommes de terre et de laitage pour se nourrir et pour nourrir les siens, telle est, selon lui, la forme normale de la vie économique ^ Ainsi s'explique la persistance, en Irlande, et principalement sur toute la côte occidentale, du village partnership, delà communauté de village*. Ce n'est pas un individu qui prend la terre en location, et emploie ensuite des subordonnés à la mettre en valeur. C'est un groupe de chefs de famille qui solidairement l'afferme. On divise la terre arable. Le bétail paît en commun. Chaque

1. Bonn, Englische Kolonisation in Irland, vol. II, pp. 201-204. — Pour les sources, voir les documents parlementaires cités dans notre bibliographie, documents, à vrai dire, incomplets, et qui semblent parfois discordants.

2. Les paysans irlandais seraient même enclins, selon Wakefleld {Ireland, vol. I, p. 511), à considérer le travail salarié comme déshonorant.

3. « In England complaints rise even to riots when the rates of provisions are high; but in Ireland the poor hâve nothing to do with priées, they dépend not on prices, but crops of a vegetable very regular in its produce.» (Arthur Young, Tour in Ireland, Part II, pp. 22-3.)

4. Wakefleld, Ireland, vol. I, pp. 255, 260, 271, 275, 278; vol. II, pp. 308-9, 372.

partenaire a droit à la pâture d'un nombre d'unités de bétail, appelées collops, qui varient légèrement d'une région à l'autre, mais qui, pour chaque région, sont réglées par une tradition parfaitement déterminée; le cheval est généralement l'unité de mesure, et équivaut à tant de chèvres, tant de veaux ou d'oies'. Système détestable : « Aussi longtemps qu'il restera en vigueur, il ne saurait y avoir la moindre émulation entre les cultivateurs pour tout ce qui est de draîner, d'enclore, de chauler, bref de se livrer à n'importe quelle opération capable de rendre le sol plus productif. Un individu serait peut-être disposé à améliorer le sol, mais un autre, ou tous les autres ensemble, s'opposeront à ses projets, et voilà tout le plan d'amélioration de la ferme qui s'en va à vau l'eau -. » Pourtant le système tient bon ; il semble même qu'il tende à s'aggraver. Carie vieux droit celtique exige le partage égal des biens entre les fils ou les filles du défunt'. Si donc un des membres d'une communauté de village vient à mourir, ses partenaires n'oseront jamais dérober aux enfants du défunt leur légitime héritage : de sorte que, dans la communauté, le nombre des parts ira toujours croissant. Là même où ne prévaut pas le régime de la communauté de village, des coutumes semblables entraînent des conséquences semblables. Quand les fils d'un fermier deviennent majeurs, quand ses filles se marient, il est d'usage qu'il démembre sa ferme à leur profit. Quand il meurt, il est d'usage qu'elle soit partagée en lots égaux entre tous ses héritiers. C'est ainsi que, sur une terre de cinq cents acres, occupée il y a quarante ans par un seul tenancier, vingt, trente, ou peut-être quarante familles se trouvent établies maintenant. La morale traditionnelle du pays, les institutions de droit qui en sont l'expression, veulent que l'individu A'existe que par un coin de terre auquel il est personnellement attaché, pour le cultiver et en vivre.

Si donc le fermier possède encore plus de terre qu'il ne peut en «•ultiver seul, il devra tenir compte des exigences des travailleurs qu'il emploie, et les fixer sur le sol. Le propriétaire ne lui a-t-il pas donné l'exemple? En lui imposant l'obligation de fournir un certain nf)mbre de corvées à prix réduit, n'a-t-il pas déjà fait de lui, tout à la fois, un tenancier et un travailleur salarié? Voici donc le fermier qui élève sur sa ferme des dry cols, des habitations auxquelles parfois nulle terre n'est adjointe, auxquelles en général est annexé un bout (In terre sur lequel le dry coller pourra fain^ pousser de l'avoine ou des

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