Bonn, Englische Kolonisation in Irland, vol. II, p
chaque année au propriétaire reste fixe, il reçoit de ses sous-tenanciers des sommes toujours plus fortes. Le propriétaire s'aperçoit-il de la chose? Stipule-t-il, dans ses baux, un relèvement de la rente pour le cas où le tenancier sous-louerait une partie du domaine? Ce relèvement du fermage n'égale jamais l'accroissement des revenus du middleman : le propriétaire et le middleman s'enrichissent ensemble, et voilà tout.
Le propriétaire gagne tant à ce nouveau régime que souvent, au lieu de louer directement ses terres à de petits tenanciers, il installe lui-même un middleman^ et supprime ainsi, pour lui-même et pour son agent, la tâche ardue de faire rentrer une à une cette foule de petites créances. Mieux que le propriétaire ou son avoué, le middleman connaît l'humeur et la manière de vivre des paysans; ils acceptent de lui des conditions qu'ils jugeraient inacceptables s'ils traitaient directement avec le propriétaire *. Et il faudra qu'ils paient régulièrement : car le nouveau maître qu'on leur impose les surveille de très près et sait toutes leurs ruses. Les plus avisés, s'ils veulent s'élever d'un rang dans l'échelle sociale, n'auront d'autre ressource que de répéter l'opération qui vient de s'accomplir à leurs dépens, de sous-louer leur terre, de devenir les middlemen du middleman. Voilà les hommes qui constituent la classe moyenne des campagnes d'Irlande, une classe également dépourvue de culture et de moralité. Us pullulent dans les petites villes, buvant sec, séduisant les filles, flânant du matin au soir; ou bien ils s'en vont jusqu'à Dublin, à Bath, à Londres, dépenser en plaisirs le produit de leurs exactions ^.
C'est ainsi que s'oppose, en Irlande, à l'excessive grandeur des domaines, l'excessive petitesse des exploitations. Tout à la fois fermiers et prolétaires, les colters irlandais tirent de leur lopin une quantité d'aliments tout juste suffisante pour faire subsister leur famille. Le reste, payé en rente et en travail, va enrichir une longue hiérarchie d'exploiteurs, le middleman de premier, de second, parfois de troisième degré, l'agent, le propriétaire, sans compter ce que réclament le représentant du fisc, le prêtre catholique et, par-dessus le marché, le clergyman de l'Église officielle. Les revenus que touchent les propriétaires ne représentent ni un travail de direction : car ils ne résident pas, — ni le profit d'un capital engagé dans le sol : car ils ont pour système de ne jamais rien donner à la terre d'Irlande, ils se bornent à l'épuiser. Les intermédiaires de la série, le middleman, Vageni, le f/razier, ne forment pas une classe moyenne capable de rendre plus