‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 117 sur 387 · Siaclair, Scotland, vol. I, p · texte numérisé non relu

Siaclair, Scotland, vol. I, p

4. Siaclair, Scotland, vol. I, pp. 223, 231. — Cf. Farmer's Magazine, 12 fév. 1816 (vol. XVII, pp. 1 sqq.); Corn Laio Report, 1814, Min. of ev., p. 23.

machine à battre le grain, inventée en 1758, très perfectionnée depuis, est installée en 1815 dans toutes les bonnes exploitations ^ Le travail, grâce à elle, est moins dur. Il est plus rapide. Il atteint plus sûrement sa fin : on perdait chaque année, avant l'adoption du threshing mill, une fois, peut-être deux fois la quantité de blé nécessaire aux semailles de l'année suivante. Pour mettre en mouvement la machine, on a d'abord utilisé les bœufs. Puis, à l'imitation de ce qui se faisait dans les filatures de coton, on a employé le moulin à eau; et c'est devenu la règle de placer les fermes, comme les manufactures, dans le voisinage des rivières. Mais déjà, depuis quelques années, dans les régions où le charbon est à bon marché, la force motrice de la vapeur est substituée à celle de l'eau : le duc de Bedford a commandé à l'ingénieur Gartwright, pour son domaine de Woburn, une machine à vapeur pour battre et moudre les céréales, qui lui coûte 700 1. ^.

Par le fait de toutes ces inventions techniques, le capital fixe engagé dans chaque exploitation augmente^; et, malgré les différences profondes qui séparent encore, qui sépareront toujours l'agriculture et l'industrie, l'agriculture prend de plus en plus l'aspect d'une industrie véritable. Voyez la description, donnée par Arthur Young, des bureaux du domaine de Reevesby, que Sir Joseph Banks fait valoir dans le Lincolnshire *. Deux chambres séparées par un mur de briques et une porte doublée de fer, afin que, si un incendie éclate dans la première, il n'atteigne pas la seconde, où s'accumulent dans cent cinquante-six tiroirs, classées, cataloguées, toutes les fiches concernant les hommes et les choses, les régisseurs, les tenanciers, les ouvriers, les drainages, les clôtures, les terrains de culture et les bois. On ne sait si l'on est dans une ferme, ou au centre d'une grande usine.

Les progrès accomplis par l'agriculture britannique ont deux centres. C'est d'abord la vieille Angleterre, les comtés de l'Est, Essex, Suffolk et Norfolk, auxquels il convient d'ajouter le Hertfordshire et aussi, vers les Midlands, le Leicestershire. Le Hertfordshire, au xvii" siècle, occupait le premier rang. Maintenant le Norfolk tient la tête. Lord Townshend, de 1730 à 1760 environ, y a introduit les méthodes perfectionnées de culture observées par lui dans le Hanovre; Thomas

1. Brown, Wesl mdliuj, 171)!», p. .iT : liailcv, Darham, I8I(», p. 80. — Sinclair, Scotland, vol. I, p. 227.

2. Arthur Young, Aulobiogragliy, p. 3%. Arthur Young désapprouve rexpérienoe.

•i. Corn Law Hcporl, 1814, Mm. o/ eu., p. 3((. Suppose you had liad a farrn of 300 acres to l(>l Iwenly years agu, what would bo Ihe capital a inaa would hâve requirud to cultivato that land? — AI)out 2 000 I. — Wliat do you think ho would require aow? — He ought lo liave 4 OfK» I. to do it properly.

i. A. V.niii-, /,'/' ' ;7'.)'.», ()p. -JO-l.

Coke de Holkham a, depuis 1790, donné une impulsion nouvelle à l'agriculture du comté. Le deuxième centre est constitué par les Lowlands d'Ecosse. Les grandes fermes de la région comprise entre Edimbourg au Nord et la frontière du Northumberland au Sud, les fermes de l'East Lothian en particulier, sont les mieux gérées de la Grande-Bretagne et du monde entier. C'est là qu'ont été adoptées, et souvent même inventées, les machines nouvelles, et les nouvelles méthodes d'élevage et de culture *.

Ces deux foyers ont projeté de tous côtés leur influence rayonnante. En Ecosse, les Highlands ont été civilisés au Nord, sur un plan systématique, par le lord lieutenant, lord Gaithness, par le Sheriff, Mr. Traill, par Sir John Sinclair, le président du Board of Agriculture ^. Au Sud, le Northumberland était bien placé pour imiter ce qui se faisait de neuf dans les comtés écossais du Sud-Est. Enfin la grande région désolée qui séparait encore au xviii^ siècle le Sud et le Nord de l'Angleterre, se couvre elle-même de cultures. Il fallait jadis que le bétail envoyé par les Écossais sur le marché de Londres traversât, dans le Yorkshire, le Lincolnshire et le Cambridgeshire, d'immenses et stériles marécages. Une ligne de pieux enfoncés dans les tourbières et, au milieu du comté de Lincoln, un phare allumé chaque nuit, les gardaient du péril de l'enlisement. Une première fois, au xvir siècle, on a essayé d'enclore et de dessécher ces marais : les guerres civiles ont suspendu l'entreprise. Après la Restauration, on a renouvelé la tentative : les habitants, qu'on frustrait de leurs droits de pacage, et qui se croyaient menacés d'expropriation, se sont soulevés. Enfin l'œuvre civilisatrice vient d'être achevée. Il n'y a plus de solution de continuité entre les deux régions où les nouvelles méthodes agricoles ont été d'abord inventées.

Partout, on abat les forêts. On tire parti de tous les sols. Sur les montagnes de l'Ecosse septentrionale et méridionale, dans la majeure partie deCumberland et du Westmoreland, dans le Nord du pays de Galles, là où le charbon manque pour l'industrie, où il n'y a ni assez de soleil ni assez de terre végétale pour la culture du blé, on élève d'immenses troupeaux de moutons; on élève aussi, pendant les deux ou trois premières années de leur existence, les bœufs qui ensuite iront achever de « mûrir » sur les terres plus grasses du Sud. Dans les

1. Sur les raisons pour lesquelles ces deux régions ont été les foyers de la nouvelle agriculture, voir une conjecture intéressante dans G. Slater, English Peasantry, pp. 78 sqq. — L'usage était, dans ces deux régions, depuis longtemps, de cultiver tous les ans sans jachère : les fermiers devaient donc s'être préoccupés de chercher des moyens pour éviter l'épuisement de la terre.

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