Young, Lincolnshire, 1799, pp. 412 sqq
liait un nombre plus ou moins grand de ces petits cottages philanthropiques ^
Cet impôt des pauvres est payé non seulement par ceux qui possèdent, mais par tous ceux qui, à un titre quelconque, occupent le sol. Les fermiers trouvent donc autant d'intérêt que les propriétaires, à l'introduction du système des cottages; comme les propriétaires, ils se mettent à louer des cottages aux ouvriers. Tantôt ils font euxmêmes les frais de construction. Tantôt, une fois les cottages préparés par les propriétaires et le lotissement des terrains voisins achevé, ils demandent aux intendants de leur louer le tout en bloc; ils prennent sur eux le soin de les sous-louer en détail, l'ennui de toucher tant de petits loyers. Et voilà les ouvriers sous leur coupe, f
Car pourquoi les fermiers feraient-ils preuve de libéralité? Ce sont des hommes d'affaires, qui ont leur fortune à gagner, non des grands seigneurs pour qui l'art de bien vivre consiste à savoir dépenser largement l'argent gagné par le travail d'autrui. Donc pas de luxe inutile. Pas de ces cottages élégants, prétentieusement bâtis en style gothique, comme on en voit sur les terres de certains grands propriétaires : c'est assez d'une masure en toi'chis, à peine claire, à peine aérée. Pas de champ dont la culture prendrait du temps à l'ouvrier : un petit jardin potager suffit, il faut que tous les jours le cottager soit à la disposition (lu patron qui l'emploie. Pas de pré pour nourrir une vache, trop de soins sont nécessaires : seulement de quoi nourrir un cochon. On fera ;;n sorte, par-dessus le marché, que la location du cottage et du jardin soit un moyen nouveau pour exploiter l'ouvrier, un moyen pour le payer partiellement en nature et abaisser ainsi son salaire, une forme indirecte et compliquée du iruck System. Une livre sterling pour un rood, soit quatre livres pour un acre, c'est un prix acceptable. Mais que dire de ce prix d'un shilling pour un rod, soit huit livres pour un acre, observé par Cobbett dans le Willshire en 1826? « Cependant, ajoute Cobbctt, les pauvres créatures aiment avoir de la terre : elles y travaillent à leurs heures disponibles, et le dimanche à l'aube '^.,)) Le cottage System devient un expédient pour attacher le cultivateur à la glèbe, sous le régime de la lilxité des contrats, et mieux le pressurer. Un
1. De Montveran, SUualion de l'Anglclfirc, vnl. l,.pp. 2^3-296, qui cite le. Report du lionrd of Agriculture pour 1810.
2. Cobbolt, liurai Rides, Ilighvvorlh {Willshire;), 4 sept. 182G. — Cf. Girenccster, 7 iiov. 1821. — Lv prix de 4 livres par acre est celui qui estdeinaud^ par Sir John Shefflield dan» le Lincolnshire (Younjç, Lincolnshirc, 17!)U, pp. 412-413). l'arkinsnn {Rutlandshire, 1808, p. 101) sif^rialc U- inôine prix. Les re'idiicteurs des Survcys du Board of Agriculture sont d'iuu-.nrd pniir penser qu'il ne faut pas, on matière de location de cottages, laisser le Terniier s'interposer «mtre le propriétaire et le cultivateur, si l'on no veut pas voir f,elui-ci pressuré.
régime d'exploitation naine se constitue, par une réaction nécessaire, comme une sorte d'appendice de la grande exploitation.
Ces travailleurs agricoles, comment vivent-ils? Depuis cinquante ans, et surtout depuis vingt-cinq ans, leurs salaires, évalués en argent, ont haussé constamment. Aux environs de 1793, quand la grande guerre a commencé, le salaire moyen — dans la mesure où il est possible de dresser une moyenne pour l'ensemble des comtés anglais — ne dépassait guère 1 s. par jour dans les mois d'hiver, 1 s. 6 d, dans les mois d'été. Vers 1800 des augmentations de 20 p. 100 à 25 p. 100 sont signalées. A partir de 1807, le mouvement s'accentue. Un salaire de 2 s. devient le salaire moyen et même le salaire minimum des mois d'hiver. En été le prix du travail s'élève, dans certains comtés, jusqu'à 3 s. en 1810, à 3 s. 6 d. en 1813. Les fermiers protestent bruyamment, et attribuent au fait qu'ils sont trop payés l'ivrognerie, la paresse, l'insolence croissantes des ouvriers des champs. Les agronomes, les membres du Board of Agriculture se plaignent avec eux : « Les fermiers comme les industriels... ont besoin de travailleurs constants, d'hommes qui n'aient pas d'autre moyen de subsistance que leur travail quotidien *... Le plus grand malheur qui puisse arriver, pour l'agriculture, c'est que le travailleur soit placé dans une situation indépendante, et qu'ainsi se trouvent détruites les gradations nécessaires de la société^. » Reste seulement à savoir dans quelle mesure ces plaintes sont fondées. Le salaire nominal augmente depuis vingt-cinq ans; mais en est-il de même du salaire réel? L'ouvrier reçoit toujours plus d'argent; mais peut-il, avec cette somme plus forte, acheter une quantité proportionnellement plus forte de denrées alimentaires et d'autres objets de première nécessité?
Les économistes contemporains affirment que la chose est impossible. En vertu des principes énoncés par Malthus, la population exerce une pression toujours égale sur les subsistances. Si par accident il se trouve à la surface du globe plus d'individus que n'en peut maintenir en vie la quantité existante de denrées alimentaires, la famine, la maladie, la guerre auront vite fait de rétablir le niveau en éliminant cet excédent