W. Pryce, Mineralogia Cormibiensis..., 1778, pp
2. Galloway, Papers relating io... thc Coal Trade... and Steam Engine, pp. 9, 23 sqq.
Beaucoup de voyageurs ont décrit les vastes staiihs employés sur les bords de la Tyne et de la Wear : les rails disposés en pente, sur lesquels roulent d'eux-mêmes les lourds wagons chargés de houille; chaque wagon plein pesant à la descente sur une poulie, et faisant remonter un wagon vide qui, chargé à son tour, ramènera en descendant le dernier wagon déchargée Des expériences sont même faites, depuis quelques années, pour mettre en mouvement sur les staiihs, au moyen d'une machine à vapeur fixe, des trains de six ou de douze wagons. L'emploi de ces machines n'a-t-il pas modifié, d'une manière ou d'une autre, la condition des travailleurs? Il faut voir, et distinguer entre les cas.
Ce que l'ouvrier reproche à la machine c'est qu'elle diminue la quantité de main-d'œuvre nécessaire : il suffit d'un ouvrier là où peutêtre il en fallait auparavant deux, quatre ou davantage. Il se plaint encore qu'elle déprécie le travail ouvrier, puisque toute la dextérité, toute la précision qui était dans l'œil ou dans la main de l'ouvrier passe dans la machine : l'ouvrier cesse d'être un artisan pour devenir le gardien d'un automate, des femmes et des enfants peuvent être employés à la place d'hommes adultes. Mais rien, ou presque rien de tel, ne se produit dans les mines.
Sans doute il faut faire exception pour tout l'attirail qui, sur les bords de la Tyne et de la Wear, sert au transport du charbon entre les entrepôts et les bateaux : lorsqu'en mars 1815 les keelmen et les casiers, à Bishop's Wearmouth, détruisent de fond en comble un pont, des staiihs, et en général toutes les machines que la Compagnie Nesham venait d'établir pour le transport automatique de la houille-, ils se livrent à une de ces manifestations ouvrières, radicalement impuissantes, mais fort naturelles, que toujours provoque la première apparition du machinisme. Mais, à l'intérieur de la mine elle-même, l'introduction de la machine n'a pour effet ni de déplacer ni d'avilir la main-d'œuvre. Les pompes, en permettant de pousser plus avant l'exploitation des gisements houillers, entraînent immédiatement l'emploi d'un plus grand nombre d'ouvriers. Pour arracher le minerai à la terre, il faut toujours des ouvriers qualifiés, très vigoureux, très expérimentés, très adroits; nul automate, surveillé par des femmes ou des enfants, ne saurait prendre leur place. Ce n'est pas que des femmes et des enfants ne soient employés dans les mines : des femmes pour conduire les chevaux qui traînent les wagons, des enfants pour
1, Voir notamment Holmes, Coal Mines of Durliam and Northiimberland, pp. 37-38; et Dupin, Force Coinnicrcialc, pp. 82 «qq.
2. Annual Ileijisler, 1813, Chron., p. 20; 20 iiinrs; NewaisUe Chroniclc, 20 mars 1815.
ouvrir ou fermer les portes sur leur passage. A sept ou huit ans, les enfants commencent à travailler; pendant tout le temps que dure l'hiver ils ne voient pas la lumière du jour; on a constaté qu'ils pouvaient sans mourir d'épuisement faire leur service treize heures de suite. Seulement ce n'est pas pour faire concurrence au travail des hommes et des adultes, c'est pour servir sous les ordres de ceux-ci qu'on utilise les femmes et les enfants. La direction laisse aux mineurs le soin de les payer sur leurs salaires, la liberté d'assouvir sur eux, s'ils veulent, la brutalité et la bestialité de leurs instincts. C'est tout juste si, en 1815, le Parlement a entendu parler de leurs souffrances; il n'y a pas de révolte ouvrière contre l'emploi des femmes et des enfants dans les mines ^
Les mineurs vivent en vrais barbares, profondément séparés, non seulement du monde bourgeois mais encore du reste du monde ouvrier 2. Leur travail souterrain n'est comparable à aucun autre. Il est dur, il est triste, il est très dangereux. A mesure que l'on devient plus audacieux dans l'exploitation des gisements de charbon, les explosions de grisou se font plus fréquentes et plus graves. Mille vies perdues chaque année, sept ou huit mille accidents graves. Les patrons se sont émus : n'ont-ils pas un intérêt pressant à protéger leurs mines contre les ruineuses dévastations du grisou? Après bien des expériences avortées, la Society for preventing accidents in Coal Mines, fondée en 1813 sous le patronage du duc de Northumberland, vient de provoquer la découverte de la lampe de Davy^ Mais il faut faire d'incessants efforts pour triompher de l'insouciance obstinée des ouvriers. Les sauvages sont toujours insouciants; et les mineurs vivent en vrais sauvages, soit dans les villages sales et délabrés où ils passent la nuit, soit dans les galeries souterraines, où la surveillance est nécessairement moins
1. First Report of Cominissioners... as to the employment of children in factories, 1833, p. 60 : Children worse trcated in collieries... than in factories. — Voici, d'après the Literary Life of William Brownrigg, M. D. F. R. S., by Joshua Dixon, London, 1801, la proportion qu'il faut établir entre le travail des adultes et le travail des enfants dans une mine du Cumberland :... Number of persons... necessary for the purpose of raising 160 baskets of coal in 9 hours, at 100 fathoms deep : 8 Men to hew the coal, i. e. to eut it out of the solid mine, and to break it to a proper size, in order that it may be conveniently tdken into the baskets; — 2 Persons to lift the coal into the baskets, each lllling 10 baskets in one hour; — 8 Boys to drive 8 horses from the workings to the bottom of the pit...; — 1 Person, at the bottom of the pit, to hook the full basket to the rope, and take oIT the empty basket; — 1 Man, at the top of the pit, to cmpty the basket; — 2 Boys to drive the gin horses, which are yoked to the vertical wheel. — Dans la région de Newcastle, on semble avoir cessé d'employer des femmes dès la fin du xviii" siècle (Galloway, Annals of Coal Mining, vol. 1, p. 30o).
2. R. Nelson Boyd, Coal Pits and Pitmen, 1892, p. 14, qui cite un témoignage contemporain.
3. J. H. H. Holmes, Coal Mines of Darham and Northumberland, 1818, pp. 83-91.
stricte que dans les ateliers d une fabrique. Un voyageur, descendu dans les mines de Whitehaven, nous raconte son effroi quand, à un carrefour, il tombe sur un groupe de garçons et de filles, « aux faces hagardes, à Tair canaille », aux propos menaçants et obscènes. Hommes et femmes s'accouplent au hasard dans les ténèbres, pour le plaisir, « sans se demander un instant si ce n'est pas un père et une fille, un frère et une sœur, qui se souillent par un inceste' ». Le seul réactif contre tant de dégradation, ce sont de soudaines explosions d'enthousiasme religieux. Whitefield et Wesley ont obtenu leurs premiers triomphes oratoires aux charbonnages des environs de Bristol et de Newcastle; et, depuis soixante ans, l'influence méthodiste est la véritable influence civilisatrice qui s'exerce sur la population minière, dans le Durham et aux Cornouailles.
Si d'ailleurs nous cherchons à savoir d'une manière précise comment sont payés les mineurs, comment ils se nourrissent, comment ils sont logés, nous ne trouvons aucune enquête, officielle ou officieuse, pour nous renseigner. Il nous faut recueillir tant bien que mal des documents très épars pour deviner leur sort misérable.
Voici les ouvriers employés aux mines de plomb du Derbyshire et du Yorkshire, payés une dizaine de shillings par semaine, ayant à faire, deux fois par jour, entre la mine et leur village, de longs voyages à travers la montagne, dormant à cinq ou six, père, mère et enfants, sur une seule paillasse, vivant pendant des semaines entières d'oatmeal non salé et non cuit. « Les hommes les plus tranquilles, ajoute le témoin, les plus paisibles, les mieux intentionnés de tout le royaume- ». En Ecosse, les mineurs sont à peine sortis d'un état de servage légal : pendant les trois quarts du xviii" siècle, ils ont été pour la vie attachés à la glèbe. En 1775, la demande de charbon est devenue trop forte, le besoin d'attirer aux mines un plus grand nombre d'ouvriers trop urgent, et la loi a mis fin à cet état de choses, pour quiconque viendrait dorénavant prendre du travail aux mines. Mais c'est dans la dernière année du siècle seulement que la mesure a été généralisée, et que tous les colliers d'Ecosse, sans exception , ont été, par une loi expres.se, tirés du servage ^ Dans toutes les houillères du Nord subsiste d'ailleurs un régime de contrat intermédiaire entre cet antique
1. K. Aylon, Voyage round Qreat Britain, vol. H (I8i:i), pp. 138, lo9.
2. Fred. Hall, An Appeal lo the poor Miner, 1818. — Salaires immuables depuis 1795, malgré le reiicliérisaffmeat de toutes choses (voir, pour 1793, les chiffres donnés par Edea, Stale of the Poor, vol. H, p. 130).
3. 13 Geo. m, c. 28. — 3» Geo. III, c. 30. — La loi do 1773 donnait bien h tous les ouvriers mineurs, sans exception, la Taculté de s'émanciper graduellenieiit; mais les dispositions de la loi étaient, sans doute, à cet égard, trop complexes, pour élro efllcaces. Cf. Cockburn, Memorials, pp. 78-79.
servage et le salariat proprement dit. Le travail est loué à Tannée, les ouvriers s'engageant à travailler pendant tout ce temps « sans grèves, coalitions, ni absences ». Liés par le yearly bond, il ne semble pas qu'ils aient été mal payés. Ils gagnaient à la fin du xviii* siècle, en moyenne, 16 s. par semaine; c'est sensiblement plus que ne recevait, à la même époque, un ouvrier des champs. Après quoi, le prix des denrées alimentaires augmentant, leurs salaires ont augmenté dans une proportion à peu près équivalente; la hausse atteignait, en 1804, le taux de 30 à 40 p. 100 *. Mais l'argent gagné est vite et mal dépensé. Le mineur est payé à la tâche; et ce sont en grande partie les accidents du terrain qu'il exploite qui décident s'il sera, au bout de la semaine, bien ou mal rémunéré de sa peine. Il a, en conséquence, le tempérament du joueur. Quand il est bien payé, il dépense tout. Quand il a moins gagné, il escompte le retour de la chance, et s'endette ^
Aucune faculté, aucun désir d'épargne, d'action préméditée ou concertée. Les mineurs anglais ou écossais n'ont guère formé encore de coalitions. Ils n'ont pas, comme les ouvriers de tant d'autres métiers, d'anciens privilèges corporatifs à défendre; il se passera bien des années encore avant qu'ils prennent conscience de leur nombre, et de la force que le nombre leur confère. De temps en temps, dans les années de crise industrielle, des émeutes éclatent; des maisons, des
1. Au moment où h'. Yearly Bond était signé, une prime était donnée à l'ouvrier. Elle semble avoir été d'environ 6 d. en 1763 (Galloway, Annals of Coal Mining, vol. I, pp. 269-270). En 1804, dans la même région, elle s'élève aux chiiïres exorbitants de 12 ou 14 guiuées sur la Tyne, de 18 guinées sur la Wear. En 1809-1810, il faut une année de lutte aux coalowncrs pour faire redescendre la prime à 5 guinées sur la Tyne, à 10 s. 6 d. sur la Wear {Ibid., pp. 440-441). Le récit de la grève, Fynes, Miners of Durham and Northumberland, pp. 12 sqq, dissimule partiellement cette défaite ouvrière, — Cf. Bailey, Durham, 1810, p. 22 : The earnings of pitmen are on an average about 21 s. a week; sometimes Ihe hewers make for 30 to 40 s. — Salaires des agricultural laboiirers, au même moment, dans la môme région {Id., ibid., p. 262) : hiver, 2 s. à 2 s. 6 d. par jour; été, 2 s. 6 d. à 3 s. par jour. — Eden, State of the Poor, 1796, vol. II. pp. 169-170, donne quelques indications sur le mode d'existence des mineurs du Durham : Many miners keep a cow, which niakes land let so high. They use much oatmeal made into crowdie, and milk and barley bread. The women spin jersey, and can earn 3 d. or 4 d. a day : many of them manufacture their own woollen and linen apparel. The lead. miners are generally less profligate than those who work in the coal mines, are better clothed and mostly better informed. — Voir encore, sur la bonne condition économique des mineurs du Durham, le lémoignage, un peu postérieur, de Gobbett, Rural Rides, 4 oct. 1832. — Gisborne (A gênerai view of the situation of the mining poor, compared with that of some other classes of the poor, 1798; ap. Reports of the society for bettering the condition of the poor, vol. I, pp. 36-39) dont les renseignements sont tirés du Durham et des Gornouailles, déclare que « the earnings... of the miner are on an average great; and in many instances far exceed ail prospects of gain, which a labourer in husbandry can propose to himself ».
2. Rev. Thomas Gisborne, A gênerai view of the situation of the mining poor, compared with that of some other classes of the poor, 1798, ap. Rep. of the soc. for bettering the condit. of the poor, vol. I, pp. 368-369.
machines sont détruites. Manifestations irréfléchies, purement impulsives, et qui i-estent sans lendemain. Le malaise dont souffre, après le rétablissement de la paix, toute l'industrie anglaise, se propage, dans l'hiver 1815-1816, jusqu'aux entreprises minières. Baisse des salaires; chômage; grèves dans le Staffordshire, le Cardiganshire, le comté de Durham*. Mais ces grèves ne témoignent pas, chez les ouvriers, d'une conscience révolutionnaire bien développée. Dans le Staffordshire, les patrons trouvent un moyen ingénieux pour se débarrasser, à peu de frais, des mécontents. Ils leur donnent quelques tonnes de charbon, des wagons pour les convoyer, et les envoient par bandes, à travers l'Angleterre, roulant leur charbon, appeler sur leur détresse la pitié des populations. Les mineurs arborent des écriteaux sur lesquels ils se déclarent Willing to work^ but none of us will beg (« Nous voulons travailler, nous ne voulons pas mendier »), et, quand ils ont traversé une localité, vont demander aux Juges de Paix de leur délivrer un certificat de bonne conduite ^.
Une fois le minerai tiré du sol, il faut le LA METALLURGIE • i , • i,
rendre susceptible d utilisation industrielle.
Lorsque les mines de plomb, de cuivre, d'étain, sont situées à distance des gisements de charbon, ou bien l'on fait venir de loin la houille nécessaire, et la fonderie s'installe dans le voisinage du lieu d'extraction — c'est ce qui se passe pour l'étain des Cornouailles, — ou bien c'est le minerai que l'on envoie soit dans le voisinage des mines de charbon, soit môme à proximité des lieux où le minerai, fondu et affiné, est utilisé à titre de matière première par les manufactures — c'est ce qui se passe pour le cuivre de Cornouailles, transporté par ^au, à sa sortie de la mine, vers les fonderies du pays de Galles ou du 'Warwickshire. Il peut arriver enfin que les gisements de minerai se confondent avec les charbonnages — c'est le cas pour le fer du Glamorganshire et du Monmouthshire, du Staffordshire et du Shropshire : l'extraction et le traitement du minerai ne constituent alors qu'une seule entreprise. Le minerai, à peine tiré du puits, est jeté dans le haut fourneau, où il est rôti au coke, mêlé à la chaux vive. Toutes les douze heures, on ouvre à la base les portes par où s'écoule la fonte liquide; et des lingots se forment qui, couchés en rond autour des fours, ressemblent à autant de « pourceaux » allaités par leur mère : c'est le/?/<y iron, la fonte encore mêlée d'impuretés. Pour achever