‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 137 sur 387 · Ann. Beg., 1810, Chron., pp. «d-«0, U«-HMi · texte numérisé non relu

Ann. Beg., 1810, Chron., pp. «d-«0, U«-HMi

252 LA SOGlhlTE ECONOMIQUE.

de la rendre malléable, les industriels et les ouvriers anglais, sans connaissances scientifiques même rudimentaires, ont inventé empiriquement une foule de procédés nouveaux. De bonne heure, ils ont employé la force motrice de l'eau, puis de la vapeur, pour mettre en mouvement le marteau qui réduit le fer en barres, le soufflet qui fait circuler l'air dans le four. C'est en 1783 et en 1784 que Cort a pris deux brevets, l'un pour l'invention du puddlage, l'autre pour l'invention du laminage. S'agit-il de transformer le fer en acier? Voilà plus d'un demi-siècle que les expériences de Huntsman ont rendu fameux les aciers de Shéffield. Voilà quinze ans que Mushet a découvert un procédé permettant de fabriquer l'acier directement avec le pig-iron, et même avec le minerai brut.

Sous l'impulsion de tant de découvertes, la métallurgie britannique a fait de rapides progrès. Dans le pays de Galles qui tient la tête, dans le Staffordshire, dans le district de Newcastle, dans le Stirlingshire, les hauts fourneaux se sont multipliés en même temps que le rendement de chaque fourneau augmentait. Le rendement moyen était, en 1740, de 294 tonnes par haut fourneau, en 1788 de 545 tonnes, en 1796 de 1 048 tonnes, en 1807 de 1 546 tonnes *. A cette date, la production totale annuelle était estimée à 250 000 tonnes; le capital engagé, à 5 000 000 1.; le nombre d'ouvriers employés, à 200 000. Nulle part la révolution industrielle ne paraît, à première vue, avoir exercé une action plus décisive. Cependant, pas plus que dans les exploitations minières, les progrès de la technique n'ont apporté de changements profonds à l'économie des établissements métallurgiques.

On n'observe guère de différence, en ce qui concerne l'importance des établissements. Nous connaissons le nombre d'ouvriers employés dans une exploitation d'ancien type, avant même que l'on eût substitué le charbon de terre au charbon de bois dans le traitement du minerai brut : 2 500 ouvriers pour trois foyers ^. La grande exploitation industrielle a donc ici précédé la nouvelle technique. Les progrès du machinisme n'ont d'ailleurs guère modifié la nature du travail, n'ont pas rendu inutiles la force et l'adresse ouvrières : on n'emploie que peu de femmes et d'enfants *. Le keeper du haut fourneau est payé à la

1. Scrivenor, History of the Iron Trade, 1841, pp. 35, 86-87, 95-96.

2. Scrivenor, History of the Iron Trade, 1841^ pp. 04-65. Il s'agit de l'exploitation dirigée par Sir Charles Goote en Irlande. Scrivenor énumère les spécialités : Woodcutters; Sawyers; Carpenters, smiths, masons and bellow-makers; Water-leaders or water-course keepers; Basket-makers; Boatmen and Boatwrights ; Diggers; Carriers; Colliers; Corders; Fillers; Keepers of the Furnace; Finers; llamnierers ; « besides several other labourers, who, having no particular task, must help to put their hands to every thing ».

3. Voir, dans l'ouvrage de la Library of Usefal Knowledge, intitulé Manufacture of

tâche comme le sont aussi les fillers, les cokers, les limestone-breakers, les mine-burners qui l'assistent; mais le système du paiement aux pièces n'a pas pour objet d'augmenter soit la durée, soit l'intensité d'un travail purement mécanique. Il dépend de l'ouvrier, par la conscience, le jugement, la dextérité dont il fait preuve, de relever son salaire en accroissant la quantité de fonte produite à la fin de la journée. Ajoutons que le système du « marchandage » prévaut. Les principaux ouvriers sont les seuls avec lesquels le maître de forges traite directement; ils se chargent, à forfait, de trouver la main-d'œuvre nécessaire pour accomplir, sous leur direction, la tâche prescrite. Les keepers, les puddlers, constituent une sorte d'élite ouvrière qui sait vendre aussi cher que possible aux capitalistes ses capacités productives; et les salaires représentent une part si forte dans le coût de production du fer industriel, que le grand souci des maîtres de forges, c'est la nécessité de perpétuellement débattre avec leurs ouvriers la question du prix du travail K

Enfin, depuis vingt-cinq ans, le prix du fer a toujours tendu à monter; et les commandes incessantes des administrations de la guerre et de la marine ont mis la métallurgie à l'abri des crises qui agitent les autres branches de l'industrie anglaise. Les salaires ont haussé^. Les ouvriers ont traversé une ère de prospérité continue. Un témoin oculaire décrit l'aspect riant des villages qu'ils habitent dans le Staffordshire, les rangées de petites maisons où toutes les portes sont ouvertes, laissant voir au passant la netteté des intérieurs; les habitants robustes et sains; les groupes d'enfants bien tenus qui courent et jouent dans les rues '.

C'est seulement après le rétablissement de la paix qu'une première

Iron, 1831, p! 30, la statistique donnée pour une entreprise sur laquelle il y a cinq hauts-fourneaux, fournissant chaque semaine 200 tonnes de fer en barres.

Men. Woincn. Boys.

Colliers 280 0 27

Minors 395 40 73

Furnacos 257 39 3

Forgo and Mill 1 15 5 55

Agents, overlookors, a<; 31 0 0

1. Manufacture of Iran, 1831 (ap, Llbrary of Use fui Knowledge), p. 9.

2. Eden, Stale of the Poor, vol. II, p. 100, donne les salaires, pour les ouvriers des fonderies de ChesterOeld (Derbyshire), en mai 1705 : environ' 15 s. par semaine. — A la fin de 1810, dans le pays de Galles, au moment de la grève de Merthyr Tydvil, un fonctionnaire local nie, par un écrit public, qu'il y ait eu baisse excessive des salaires. « None had less, he stales, than 10 s. a week; and the miners and colliers who form the great body of workmen, had at least 15 s. per week. The wages of the firemen, who also form a considérable body, average from 21 s. to 25 s. per week ». (Ànn. Reg.. 1810; Chron. p. 107.)

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