‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 153 sur 387 · Warden, Linen Trade, p · texte numérisé non relu

Warden, Linen Trade, p

2. Minutes of évidence ... respecling ... laws relating to Woollen Trade, 1803, p. 347; déposition de Mr. Edward Auslin, merchant in London) : We hâve ... throvvn them (les drapiers français et flamands) entirely out (du marché de Londres) by means of machinery. The machines hâve been the means of ameliorating the cloth and of keeping down the price.

3. Minutes of évidence ... respecling the laws relating to the woollen trade, 1803, p. 343, 361.

est employée comme force motrice, non encore la vapeur : au moment où, dans le Lancashire, les usines abandonnent le cours des rivières pour se concentrer dans les grandes villes, l'industrie de la laine, au Gloucestershire, se disperse dans les campagnes, à la recherche des cascades ^ Quant au tissage, il se fait entièrement à la main : ici le retard de l'industrie lainière sur l'industrie cotonnière est frappant. John Kay, il y a près d'un siècle, avait destiné à la fabrication des lainages son invention du fly-shidtle; les tisseurs de coton se la sont appropriée; et maintenant seulement le fïy-shuttle, malgré bien des difficultés, s'introduit dans les maisons des tisseurs de laine du Sud- Ouest, au moment où, dans le district du coton, il bat en retraite devant le power-loom^.

L'organisation du travail est d'ailleurs à peu près la même que chez les tisseurs de coton'. Le commerçant de la ville, le merchant, a réussi, depuis longtemps, à établir sa domination sur les artisans de la campagne, les manufacturers dont il débite les produits : il est devenu, suivant l'expression courante, un mei-cliant manufacturer. Il fournit aux artisans la matière première, puis leur reprend le produit fabriqué^ et le prix de leur travail se débat à peu près dans les mêmes conditions où les questions de salaires se débattent de nos jours entre un chef d'entreprise et ses ouvriers. Quelques-uns môme parmi les merchant manufacturers, afin de devenir plus radicalement maîtres de la production, essaient d'établir le régime des fabriques, en groupant dans un seul local, pour être mis en marche sous leur contrôle, un grand nombre de fïy-slmtttes. L'hostilité populaire les force en général à fermer la maison : ils vendent alors aux artisans de la région les métiers dont ils avaient fait l'acquisition, et c'est ainsi que se répand dans les campagnes du Sud-Ouest le vieux fly-shuttle de John Kay*. Il n'en est pas moins vrai qu'il s'est constitué dans cette région, avant toute apparition du machinisme et des fabriques, un régime très voisin du régime capitaliste.

Plus que le Gloucestershire. le West Riding du Yorkshire (>sL resté fidèle au vieux système de 1 industrie domestique. Chaque année, le petit artisan enfourche son cheval, et s'en va acheter la laine brute

1. Report ... on Woollcn Clolhicrs' Pétition, 1803, p. 14. — Minutes of évidence ... respectimj the law$ relating lo thc woollen trade, 180.3, p. 33.1-336.

2. Il semble ôtro nppnru, ventml du Nord, vers 1801 {Report ... on WooUcn Clothiers Pétition, 1803, pp. 8-9).

3. Minutes of évidence ... respecting the laws relating to the woollen trade, 1803, p. 383. — Mantoux, Révolution Industrielle, pp. 40 sqq. — Cf. notrt; étude sur la naissance du méthodisme en Angleterre, Revue de Paris, lH août 1000.

4. Report on... Woollen Clothiers' Pétition, 1803, p. irt; Minutes of évidence ... respecting ... laws relating to ... woollen trade, 1803, p. 200.

aux fermiers; il la fait ensuite trier, carder, peigner; puis, rentrant chez lui, il la tisse en famille, distribuant aussi de la besogne aux environs ^ Leeds et Bradford au Nord, dans la vallée de l'Aire. Wakefield, Huddersfield et Halifax au Sud dans la vallée de la Calder, sont les centres de la région lainière. A Wakefield se tient le marché de la laine, à Leeds le marché du drap, Bradford est la capitale de la laine peignée. Dans ces villes se sont élevées, soit par souscription publique, soit aux frais d'une société, de vastes halles où chaque semaine se traitent les affaires. Quand le moment est venu de vendre le drap, les artisans se rangent en files à leurs comptoirs : les marchands passent devant eux, choisissent et achètent. Dans le West Riding, le commerçant n'a pas, comme dans le Gloucestershire, pris la direction du travail des artisans.

Cependant, des industriels, imitant les procédés en cours dans le Lancashire pour la fabrication du coton, venus peut-être eux-mêmes du Lancashire, installent des filatures mécaniques. Mais ce sont d'abord, suivant l'expression locale, des public mills, ouverts en quelque sorte à tous venants, où les petits manufacturiers, dorénavant dispensés de leurs longs voyages à travers la montagne, pourront apporter leurs paquets de laine à faire carder, leurs cardes à faire filer. Bref il semble que, dans le Yorkshire, le machinisme ne se développe qu'avec le consentement exprès des tisseurs, et sous une forme qui menace aussi peu que possible leur autonomie. C'est vainement, par exemple, qu'on a essayé d'introduire à Bradford, en 1794, une excellente machine à peigner inventée par Cartwright; on n'a pas eu raison de la résistance opiniâtre des ouvriers. Plus récemment, les marchands, obligés de faire subir au drap, avant de le jeter dans la circulation, une série d'opérations finales, se sont mis à ouvrir des ateliers, dressing shops ou dressing mills, dans lesquels des ouvriers salariés travaillent ensemble sous leur direction. Un métier perfectionné, le métier à tondre, ou shearing frame, y fait son apparition. Les ouvriers tondeurs lui déclarent la guerre, demandent l'assistance des tisseurs, et les tisseurs répondent à l'appel. Car ceux-ci commencent à se sentir euxmêmes menacés par la concurrence des machines : quelques mar-

1. Report .... on ... Woollen Manufactories, 1806, p. 8. — Le rapport est de Wilberforce (voir Life, voL III, pp. 265, 267, 330). — Cf. R. Warner, Northern Tour, 1802, vol. I, p. 245. — Le régime domestique devait résister longtemps encore, dans certaines parties du Yorkshire, au progrès du régimes des fabriques. Howitt {Rural Life of England, 1840, p. 242) signale encore des vallées où les habitants « won't work in a factory. The experimentwas tried in this dale : but the people, like the French, would only work just when they pleased, and soon would not worlc at ail ... The scheme failed; the factory stands a ruinons monument of the attempt, and thèse beautiful dales are yet free from the factory System. »

chands, non contents d'établir des maisons pour la préparation finale des tissus, essaient à Halifax, à Huddersfield, à Leeds, d'ouvrir des ateliers de tissage. En prenant parti pour les tondeurs, c'est leur propre cause que défendent les artisans drapiers. Ils sont nombreux, ils couvrent un vaste district qui a douze ou quinze milles de largeur sur vingt ou trente milles de longueur. Ce sont de petits bourgeois, propriétaires d'une maison et de quelques arpents de terre, logeant un cheval dans leur écurie. Ils constituent la masse du corps électoral dans le West Riding, et savent exercer une pression sur leurs représentants. Aussi leur opposition au régime des usines est-elle difficile à surmonter. Sur 466 000 pièces de drap fabriquées au Yorkshire en 1805, 8 000 seulement sont fabriquées dans des usines, qui se confinent dans la production d'un petit nombre d'articles de fantaisie ^ En 1812, les artisans du Yorkshire, comme les artisans de Lancashire, détruisent des machines à tisser. Le West Riding offre le cas unique d'une région qui va passer directement du régime domestique au régime du machinisme et des fabriques, sans avoir traversé cet état intermédiaire dont nous avons observé l'existence chez les tisseurs de coton, et chez les tisseurs de laine du Gloucestershire. En 4815 la transformation n'est pas encore accomplie.

Troubles ouvriers dans le Lancashire. Troubles ouvriers dans le Yorkshire. Mais, dans l'une et l'autre région, les désordres qui se sont produits en 1812 n'ont été que les remous d'une agitation dont le centre était dans le comté voisin de Nottingham. L'industrie spéciale du Nottinghamshire, la bonneterie, date des premières années du XVII* siècle. C'est alors qu'a été inventé le métier à tricoter, le knitling frame, composé de deux mille pièces de bois ou de fer, où la multiplicité des aiguilles mises à la fois en mouvement permet de faire cent mailles de tricot dans le temps auparavant nécessaire pour en faire une seule ^ : mécanisme aussi ingénieux, plus ingénieux sans doute, plus difficile à comprendre pour le profane que le fîy-s/iuitle et lajenny, le waier-frame et la mule. Le métier à tricoter a déjà été l'objet, au cours du xvii° siècle, d'un certain nombre de perfectionnements. A partir de 1750 se multiplient les inventions ({ui permettent de fabriquer

1. JiciiurL ... un .... Woollcn Manufactories, 1800, p. 12. — Tout (x* que los mécontents déplorent, en 18(16, c'est que le progrès accompli par l'industrie domesliiiue, dont ils admettent la réalité, n'ait pas été assez rapide : lieport ... on .... Woollen Manufactories, 18()tt; Min. of cv., p. 10 (déposition d(; James Kllis) : ... Ihere penerally lias been an increase in the domnstic manufactory lili lately; Intelely the Irade lias increased, but thc trade of Ihe Domiîstic Manufacturer lins not encreased in proportion to the increase of Uw trade, that I consider is owing to factories. — Cf. /6((/.. pp. 81» (déposition de Samuel Waterhouae), 173 (déposition de deux mcrchanls, Jeremiah Taylor et John Oxley.

2. Voir le texte de la [létition à Cromvveil, Kelkin, Hosiery nnd I.ncr, pp. 0.1-65.

les bas à côtes*, de tracer des dessins dans le tricot 2, de faire le tulle et la dentelle ^ En 1812 '*, l'Angleterre possède 29 582 métiers à tricoter , dont rimmense majorité est concentrée entre Nottingham, où on emploie le coton comme matière première, Leicester, où on emploie la laine, et Derby, où on emploie la soie. L'Angleterre a pris ici la même avance que dans les industries textiles : à ses 30 000 métiers, le continent tout entier en oppose seulement un peu plus de 13 000 ^ D'ailleurs la machine automatique n'a pas encore fait son apparition, la grande fabrique est inconnue. Mais un régime semblable à celui dont nous avons constaté l'existence chez les tisseurs de laine du Gloucestershire, entraîne des abus plus intolérables, des soulèvements populaires plus graves. Des intermédiaires, qui ne travaillent pas de leurs mains, ont pris la direction de la fabrication, forcé la production, surmené les ouvriers, véritables prolétaires à leurs gages.

Quelle est, autour de Nottingham, de Leicester, de Derby, la hiérarchie des classes? Au sommet se trouvent des capitalistes véritables, les hosiers, qui achètent la matière première et reprennent ensuite le produit fabriqué pour le jeter dans le commerce^. Ils n'entrent pas en contact direct avec les ouvriers bonnetiers, les framework knitters. Entre les uns et les autres s'interposent ceux qu'on appelle les master siockingers, les bag hosiers, de petites gens, généralement des boutiquiers de l'endroit*, payés à forfait par les hosiers pour distribuer la besogne et recueillir l'ouvrage. Ces intermédiaires ne peuvent évidemment faire de bénéfices qu'aux dépens de l'ouvrier. Ils le volent en le payant en nature ''. Ils le volent en estimant trop bas la quantité de travail fournie, et en s'opposant à l'adoption de certaines machines qui permettraient de mesurer automatiquement les marchandises

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