‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 165 sur 387 · Porter, Progress of Ihe Nation, 1851, p · texte numérisé non relu

Porter, Progress of Ihe Nation, 1851, p

par la guerre franco-anglaise ; pour se défendre contre l'opération des « Décrets » et des Orders in Council, ils ont, eux aussi, adopté une politique de représailles. Le Non Intercourse Ad de 1809 a rendu impossible tout commerce d'importation ou d'exportation entre les États- Unis, la France et l'Angleterre. Puis, en 1810, le Non Intercourse Act ayant expiré, le gouvernement américain s'est rallié à une politique plus subtile; il a mis en quelque sorte sa faveur aux enchères entre les deux puissances rivales. Il a déclaré que le Non Intercourse Ad resterait suspendu jusqu'au mois de mars 1811, et ne rentrerait en vigueur que contre celle des deux nations qui, dans l'intervalle, n'aurait pas modifié ses édits de manière à libérer de nouveau le commerce neutre des États-Unis. La diplomatie napoléonienne a su utiliser les rancunes tenaces qui animent les uns contre les autres les Anglais et leurs anciens colons; elle a donné, à peu de frais, satisfaction à la diplomatie américaine. C'est contre l'Angleterre seule, en conséquence, que le Non Intercourse Act rentre en vigueur, le 2 février 1811. Entre le cabinet de Saint-James et le cabinet de Washington, les négociations se poursuivent cependant. Elles portent sur des points divers : question du blocus fictif, question du droit que s'arroge l'Angleterre de reprendre, sans autre forme de procès, les marins anglais, ou présumés tels, qu'elle trouve à bord des vaisseaux américains, question des Orders in Council. Ce dernier point seul intéresse les industriels et les commerçants. Dans l'hiver de 1811-1812, ils se mettent en campagne, pour forcer la main du ministère, l'obliger à accepter les exigences des diplomates américains, et à révoquer, sans restriction, les Orders in Council.

On distribue à pleines mains des licences aux armateurs de la Baltique, on les refuse aux armateurs américains : c'est, disent les orateurs de l'Opposition antigouvernementale, une politique absurde. L'Amérique du Nord est la seule puissance au monde qui soit à l'abri des incursions napoléoniennes, et dont les équipages ne pourront jamais être incorporés à la flotte ennemie* : il y a donc intérêt politique à se concilier les États-Unis au lieu de les provoquer sans cesse et de les pousser à la guerre. Et l'intérêt économique coïncide, d'autre part, avec l'intérêt politique. Le Warw^ickshire chôme : c'est que l'Amérique du Nord a cessé d'acheter sa quincaillerie 2, Le Lancashire chôme : c'est que l'Amérique du Nord a cessé de lui envoyer son coton brut. Qui sait si l'Amérique, condamnée à ne plus échanger

1. H.of C, 3 mars 1812 : discours de Brougham (Pari. Deb., vol. XXI, p. 1105).

2. H. of C, 17 avril 1812 : discours de Rose et de Brougham {Pari. Deb., vol. XXII, pp. 430, 437).

ses produits agricoles contre les produits manufacturés anglais, ne va pas devenir une puissance industrielle? Le bruit court que les États- Unis commencent à fabriquer leurs clous et leurs fers à cheval, qu'on a vu paraître, dans certains ports de la Baltique, des filés de coton américains *. La défense des orateurs ministériels est très faible. Ils se bornent à rejeter sur les chefs de l'Opposition la responsabilité d'avoir, en 1806 et en 1807, inauguré la politique des Orders in Council. Ils feignent de ne pas comprendre si l'on en veut aux Orders, ou bien au système des licences, qui sont des dérogations aux Orders. Ils demandent que, par des débats intempestifs, on ne compromette pas la liberté d'action des diplomates anglais pendant que les négociations avec les États-Unis suivent leurs cours. Une motion ayant été présentée pour demander qu'une enquête soit ouverte sur l'opération des Orders in Council et du Licensing System, ils en obtiennent sans doute le rejet dans les deux Chambres 2; mais leur majorité à la Chambre des Communes est de soixante-douze voix seulement.

Des défections significatives se sont produites : Canning, représentant de Liverpool ^, Wilberforce, représentant du Yorkshire *. Une vaste agitation s'organise. Les framework knitters du Leicestershire, les céramistes du Staffordshire, les ouvriers en coton de Kendal, les drapiers du West Riding, les quincailliers de Birmingham, les armateurs de Londres, de Liverpool, de Glasgow, de North et de South Shields, demandent l'abrogation des Orders in Council. Une pétition, à Liverpool, est signée par les trois quarts des armateurs ^ La pétition de Birmingham porte 14 000 signatures''. Après l'assassinat de Perceval, le ministère, péniblement reconstitué, en plein désarroi, capitule. Le 23 juin paraît une déclaration du Prince Régent, abrogeant VOrder in Council du 26 avril 1809, en ce qui concerne les vaisseaux américains et leurs cargaisons". Des réjouissances ont lieu dans les districts manufacturiers. A Birmingham, le Committee of Artizans prépare, aux délégués qui ont porté la pétition à Londres, une réception

1. //. of L., 18 fév. 1812, discours de lord Lansdowne; H. of C, 13 mars 1812, discours d'A. Hurinp {Pari. Deb., vol. XXi, pp. 1043, 1128). — Cf. Charles Lyno, A letter tf> ... lord Casllereagh ... on the North American Export Trade during the war ... 1813.

2. Par 13r) voix contre 71 a la Chambre des Lords, par 216 voix seulement contre 144 à la Chambre des Communes.

3. H. of C, 3 mars 1812 (Par/. Deb., vol. XXI, pp. 1139 sqq.). Il argue, pour justifier cet abandon apparent d'une politique dont il a été l'ardent défenseur, que les partisans des Orders in Council n'ont rien à redouter de l'enquête.

4. //, o/C, 3 mars 1812 (Pari. Deb., vol. XXI, pp. 11.^(1-1151) : il dénonce le système de fraudes et de parjures qui est inséparablement lié a iMctini ,\c< licences.

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