‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 167 sur 387 · G.;o. Hl, c · texte numérisé non relu

G.;o. Hl, c

2. Quarterly Heview, déc. 1812. Arl. 1. Pnijrrs roy. . . n/„i/i>'.s Charter (vol. VIII, p. 24(S).

Londres, et non pas seulement la Compagnie, qui perd le monopole du trafic oriental. Voilà donc les marchands de Londres ligués avec la Compagnie, et Alexander Baring mettant en 1813 autant d'ardeur à défendre son privilège qu'il en mettait, Tannée précédente, à dénoncer les Orders in Council. Les deux partis en présence, ce sont, d'un côté, ces princes du négoce anglais qui, dans la métropole, s'enorgueillissent de leur culture, de leurs accointances avec la gentry, de leur respectabilité depuis longtemps acquise, et, d'un autre côté, les nouveaux riches du Centre et du Nord, parmi lesquels c'est à peine si quelques-uns commencent à s'insinuer dans la bonne société : un pêlemêle de parvenus, que l'on considère volontiers à Londres comme dépourvus de moralité commerciale, de traditions et de manières. La vieille société mercantile de Londres est vaincue par une coalition d'intérêts dont elle apprend peut-être pour la première fois à connaître la puissance, vaincue au nom de principes nouveaux qui jamais depuis 1792 n'avaient été aussi explicitement invoqués.

En 1812, il s'agissait, par l'abrogation des Orders in Council, de rétablir des relations économiques normales avec une nation étrangère, presque ennemie; des questions militaires aussi bien que commerciales étaient en jeu; les avocats de la liberté commerciale, s'ils s'étaient référés d'une façon trop formelle aux doctrines exposées par Adam Smith dans sa « Richesse des Nations », se seraient fait taxer de cosmopolitisme et d'anti-patriotisme, et de la sorte auraient compromis le succès de leur cause. Aucune difficulté de ce genre ne se présente en 1813; tout se passe entre Anglais lorsqu'il s'agit de régler la question du monopole de la Compagnie des Indes. Aussi le ton des débats est-il bien différent. Ce que les adversaires du monopole réclament, en termes doctrinaux, c'est la reconnaissance de leur droit à un open trade, un unlimited irade, un free trade avec les possessions de l'Inde Britannique*. « L'ordre naturel des choses, déclare un orateur parlementaire, c'est le libre commerce, le libre-échange, ihe free trade^. » Ainsi apparaît la formule qui, dans une acception élargie, va- devenir, avant peu d'années, si populaire. C'est à partir

1. Voir le texte des pétitions présentées entre le 19 mars et le 1" juillet 1812 (Pari. Deb., vol. XXII, pp. 89-90 sqq.).

2. H. of C, 3 juin 1813 : discours de Th. Gourtenay (Pari. Deb., vol. XXVI, p. 543).

— Voir encore, p. 462 (discours do Geo. Phillips), pp. 516-517 (discours de Rickards); p. 683 (discours de Sir John Newport) ; p. 695 (discours de Ganning) et H. ofL., 21 juin, p. 788 (discours de lord Lansdowne), 16 juillet, p. 789 (discours de lord Lauderdale).

— Quelques mois plus tard, au cours de la discussion d'un projet de loi connexe, lord Castlereagh lui-même, si étroit, si mal informé en matière industrielle et commerciale, s*e met à parler la langue d'Adam Smith {H. of C, 9 déc. 1813 : discussion de VEast India Circuitous Trade Bill; Pari. Deb., vol. XXVII, pp. 272-273).

du moment où, en 1813, a été publiquement discuté le renouvellement de la Charte de la Compagnie des Indes, que l'on peut observer le progrès constant d'une propagande dogmatiquement libre-échangiste, dans les milieux commerciaux et dans les milieux politiques.

Brusquement les vainqueurs de 1813 se trouvent, l'année suivante, ramenés sur la défensive. Deux bonnes récoltes successives, l'importation du blé continental de nouveau rendue possible par le rétablissement de la paix, font baisser le prix des céréales. Les manufacturiers s'en réjouissent. Car le niveau des salaires, et par suite le coût de production des objets manufacturés, hausse et baisse avec le prix du pain: il est de l'intérêt de l'industrie que le pain soit à bon marché. Mais les propriétaires et les fermiers se sentent menacés de ruine : ils demandent un renforcement des droits de douane qui protègent l'agriculture. En vain les manufacturiers organisent une agitation plus pressante encore que l'agitation organisée il y a deux ans contre les Orders in Council; le Cabinet passe outre, et présente au Parlement un projet de loi conforme au vœu des agriculteurs. En vain les manufacturiers poussent le peuple à l'émeute : malgré l'émeute, le projet de loi est adopté. Les industriels sont donc vaincus; on peut soutenir cependant que cette défaite a favorisé le progrès de l'opinion libre-échangiste.

La discussion du Corn Bill au Parlement oblige les industriels à faire un retour sur eux-mêmes. Pourquoi, leur demandent les agriculteurs, ne pas nous permettre de nous protéger contre la concurrence étrangère? N'êtes-vous pas protégés vous-mêmes? C'est effectivement sous un régime d'étroite protection que s'est développée depuis deux siècles l'industrie britannique. La marine marchande est soumise aux Navigation Acis, qui ne permettent aux produits étrangers d'être importés que sur des navires du pays d'origine ou sur des navires anglais, construits en Angleterre, montés par des équipages aux trois quarts anglais : s'ils viennent sur des navires du pays d'origine, ils paient des droits de douane plus élevés. Pendant les années de guerre, l'application des Navigation Acts a été relâchée. Mais ils subsistent; et c'est à peine si, en 1814 et en 1815, pour ce qui touche au commerce des Indes et d'Amérique, ils subissent quelques atténuations*. L'embauchage des ouvriers anglais à l'étranger, l'exportation des machines, sont des délits sévèrement réprimés; et la législation s'est enrichie, à cet égard, de dispositions nouvelles, à mesure que de nouvelles indus-

1. 53 Geo. m, c. 155; — 54 Geo. III, c. 35, 134. — Voir //. of C, 0 déc. 1813 (Pari. Ueb., vol. XXVIi, pp. 268 sqq.); — et traité de paix de 1815 avec les Etats-Unis.

tries ont surgit A Timportation, les droits établis par Pitt dans sa grande loi de « consolidation » de 1787, ont été relevés en 1797, en 1798, en 1803 2. En 1809, ils ont été portés, sur les marchandises « non autrement décrites ou énumérées, entièrement ou partiellement manufacturées », à 37,50 p. 100 : plus un droit de guerre égal au tiers des droits permanents ^. En 1813, les droits permanents ont été augmentés d'un quart sur toutes les marchandises importées, des deux tiers, pour* toute la durée de la guerre, sur les produits venant de France ou des pays soumis à la prépondérance française *. Le fer paie à la tonne un droit de 7 1. 18 s. 4 d.; l'étain, de 114 1.. Sur les poteries, les droits dépassent 79 p. 100; sur les cotonnades, ils atteignent 85 p. 100; sur les toiles, 90 p. 100; sur le verre, 114 p. 100, L'importation des soieries «st radicalement prohibée. Si les manufacturiers veulent éviter que les agriculteurs leur opposent cet argument ad hominem, il faut qu'ils renoncent au bénéfice de ces droits.

Et pourquoi n'y renonceraient-ils pas? Depuis de longues années, les agriculteurs, sous un régime de droits légers, bénéficient, grâce à l'état de guerre qui rend les importations difficiles, d'un protectionnisme effectif. Les industriels, au contraire, ont élevé autour des manufactures un ensemble savant et rigoureux de mesures de protection ; mais le système ne joue pas : l'avance prise par l'Angleterre en matière de fabrication est trop grande, les produits manufacturés de l'étranger ne peuvent absolument pas venir faire concurrence en Angleterre aux produits anglais. Ne serait-il pas adroit de donner l'exemple, d'abolir des droits de douane inutiles dans l'immense majorité des cas, au risque de sacrifier un petit nombre d'industries moins solides? Ne serait-il pas sage également d'abolir certains droits de douane dont la nature est purement fiscale? Les vins français, par exemple, sont frappés de droits très lourds; on les alourdit encore en 1815; mais, si on empêche les Français de vendre leurs vins en Angleterre, n'est-ce pas les empêcher, dans la même mesure, d'acheter les cotonnades et les lainages britanniques ? Le pôtitionnement de 1814, les émeutes de 1815, ont prouvé que, sur la question du libre-échange, les manufacturiers pouvaient, malgré tant de divergences d'intérêts entre employeurs et employés, rallier l'opinion ouvrière, et organiser, en opposition au petit groupe des agriculteurs, un grand parti populaire national d'opposition. L'heure n'est pas encore venue, mais elle approche. Cobbett,

1. 22 Geo. III, c. 60 (calicots, cotonnades, mousselines); 25 Geo. III, c. 67 (métallurgie).

2. 37 Geo. III, c. 15; — 38 Geo. III, c. 76. — 43 Geo. III, c. 68 (loi de consolidation).

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