‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 170 sur 387 · Eden, State of the Poor, vol. I, p. 545 n · texte numérisé non relu

Eden, State of the Poor, vol. I, p. 545 n

secours mutuels? Chaque société n'est-elle pas un véritable club populaire, capable de devenir, en temps d'agitation politique, un foyer de propagande « jacobine »? Mais, d'autre part, ces sociétés, par les secours qu'elles distribuent, réduisent le nombre des indigents qui font appel à l'assistance publique ; elles empêchent les poor rates de peser trop lourdement sur les contribuables. Retenir ces avantages, et parer cependant au péril révolutionnaire : tel est le problème que le Cabinet et le Parlement, depuis une trentaine d'années, essaient vainement de résoudre. On fonde, en concurrence aux Friendly Societies, d'autres sociétés, appelées Savings'' Banks, qui sont gouvernées par des comités de patronage aristocratiques * ; mais le succès en est médiocre -. On songe à placer les sociétés de secours mutuels sous la tutelle gouvernementale; mais on n'y réussit pas. La loi de 1793 ^ qui, pour la première fois, a donné un statut légal aux sociétés de secours mutuels, et leur a permis de poursuivre devant les tribunaux les trésoriers infidèles, leur a aussi permis d'obtenir, si elles le demandent, le contrôle des Juges de Paix ; mais elle leur a donné la faculté expresse de s'en passer. Les ouvriers se trouvent donc à la fois protégés et émancipés par la loi de 1793. Ils fondent un nombre toujours croissant de sociétés de secours mutuels fictives, dont le but réel est d'améliorer les conditions du travail.

N'exagérons pas cependant les avantages que les sociétés de secours mutuels offrent aux ouvriers pour la défense de leurs intérêts professionnels. Les Juges de Paix seront toujours tentés de leur appliquer les dispositions de la loi de 1799 qui interdit toute fédération de sociétés politiques. Les sociétés de secours mutuels agiront donc sagement, dans l'intérêt de leurs fonds, si elles demeurent isolées les unes des autres : mais alors tout mouvement d'ensemble devient impossible pour les ouvriers qui appartiennent à ces groupements, et l'organisation de la classe ouvrière se trouve brisée en une foule de petits fragments épars. Il serait d'ailleurs dangereux de vouloir ouvertement utiliser une société de secours mutuels à la manière d'un syndicat de résistance. Tant que les membres de la société se bornent à accorder des secours de maladie, ils ne se heurtent à aucune difficulté légale. Mais ils deviennent suspects aux autorités s'ils assistent les

1. George, Rose, Observations on Banks for Savings, 1818. — Cf. Ed. Rev., juin 1815, no. XLIX, art. VI : Parish or Savings' Banks (vol. XXV, pp. 135 sqq.),

2. Comm(3 il ressort du Report ... on the Poor Laws, 1817; voir nolnmment Min. of Ev., pp. 42, 52, 57, 04,, 71, 79.

3. .33 (i(!0. 111, c, 54 (voir un résumé do cotte loi, Nicholls, Hist. of the English Poor Law, vol. 11, pp. 110-117). — Lois postérieures : 35 Geo. III, c. 111; 43 Geo. 111, c. 111; 40 Ger,. 111, c. 145.

chômeurs de la corporation ^ ; s'il est prouvé que les ouvriers assistés chôment par le fait d'une grève, les fonds sont immédiatement saisis '^ Aussi voyons-nous se constituer, à partir de 1800, un autre type d'association ouvrière. Ici nulle cotisation, obligatoire ou facultative, à une caisse commune. Chaque membre reçoit un ticket ; et partout où il se pi'ésentera dans le royaume muni de son ticket, il est entendu qu'il devra recevoir de ses camarades une contribution déterminée. Un procès intenté à Edimbourg, en janvier 1815, à quatre ouvriers imprimeurs en calicot, révèle l'existence, dans cette corporation, d'une association de ce genre*; et un journal local, le Glasgow Herald, dénonce cette organisation « qui tient de l'insurrection plus que de la coalition », cette tentative faite par les calico-printers des trois royaumes pour « former une sorte de Parlement et dicter ainsi les conditions de travail* ». De pareilles associations sont d'autant plus dangereuses pour l'ordre public qu'elles sont plus libres de toute préoccupation financière, n'ayant et ne voulant avoir aucuns fonds accumulés. Elles ne sont pas même organisées pour la grève, manifestation en fin de compte pacifique, et au cours de laquelle l'ouvrier a besoin d'un fonds de réserve pour subsister. Elles sont organisées pour la démonstration violente, l'intimidation à main armée, le bris des métiers et des machines.

j Le « Luddisme » de 1812 a été l'épanouisse- INSURRECTION l j^ent d'une forme d'association révolution-

ABROGATION DU \ "^^^®' ^"^ produit direct d une jurispru-

STATUT D'ELISABETH \ ^ence et d'une législation oppressives. Les causes de cette explosion populaire ont été, au moment où elle éclate, l'objet d'interprétations diverses. Les journalistes et les orateurs du parti ministériel ont insinué qu'elle présentait un caractère politique, que les insurgés rêvaient le rétablissement de la république de Cromw^ell, que l'agitation avait des instigateurs haut placés ^ Insinuations peu sérieuses, souvent peu sincères : dans le comté de Nottingham, il semble qu'elles aient eu

1. Minutes of Evidence ... respecting laws relaling to Woollen Trade, 1803, pp. 23, 27, 227.

2. Voir les critiques de Gascoyne, //. of C, 30 juin 1800 {Pari. Reg. vol. LXXIV, p. 221).

3. La société existait déjà en 1804 : voir Minutes of Evidence on the Callco-Printers' Pétition, 1804, pp. 7-8, 18.

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