‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 188 sur 387 · Mot cité par le Leeds Mercury, 29 mars · texte numérisé non relu

Mot cité par le Leeds Mercury, 29 mars

merciaux ou financiers, on a essayé de tous ces moyens. Mais la méthode qui se généralise, et finit par être la seule employée, consiste à ouvrir une souscription, l'Etat demandant un certain capital, et promettant un intérêt d'un certain taux. Les banquiers de Londres servent d'intermédiaires entre le Trésor et le public : c'est eux qui, convoqués par le Chancelier de l'Échiquier, l'ont leurs propositions, chaque banquier présent servant d'organe à un groupe de prêteurs — banquiers ou marchands — . Une fois le marché conclu, les valeurs entrent dans la circulation. Annuités rachetables au gré de l'État emprunteur, mais non pas au gré des prêteurs. Annuités perpétuelles, dont l'acheteur peut librement faire commerce, et obtenir, sur les livres de la Banque, le transfert au nom d'un autre. Ainsi s'est créée, dans la société économique anglaise, la classe nouvelle des détenteurs de fonds publics, des. rentiers, siockholders ou fundholders. Classe économe, chez qui le goût de l'épargne devient une passion. Sir John Sinclair estimait en 1803 qu'un cinquième environ des intérêts annuellement servis par l'État à ses créanciers était de nouveau placé en fonds publics ^ Classe de plus en plus nombreuse. Hume, au milieu du xviii'' siècle, comptait 17 000 fundholders \ Une statistique officielle de 1829 en trouve 275 839, sur lesquels 250 816 touchent un intérêt annuel égal ou inférieur à deux cents livres sterling ^

Les fonds d'État présentent, entre toutes les formes de richesse, cet avantage que l'on peut, du jour au lendemain, les réaliser sans aucune des difficultés auxquelles on se heurterait si l'on était propriétaire d'une terre ou d'une maison de commerce. Il suffit de s'adresser aux stockbrokers qui, moyennant le prélèvement d'un droit de courtage, se chargent d'opérer, dans les bureaux de la Banque, toutes les opérations de transfert *. La profession ne constitue pas un monopole légal : cependant tout le monde recourt, en fait, à leurs services. Ils forment une sorte de corporation gouvernée par une commission élue ; ils ont reçu une licence du Lord Maire. Depuis 1804, ils ont leur maison, le Stock Exchange, élevé à leurs frais, par voie de souscription, près de la Banque d'Angleterre. Ils ont acquis tant d'importance et d'influence qu'ils commencent, depuis une vingtaine d'années, à entrer en compétition avec les banquiers de Londres, lorsqu'il s'agit de négocier avec

i. Hist. of Public Revenue, 3° éd., 1803, vol. III, p. 139.

2. Of Public Crédit (Essays, éd. Green and Grose, vol. I, p. 373, note). Y compris les détenteurs étrangers de fonds anglais.

3. Doubleday, Financial ... History of England, 1847, p. 264, qui cite d'après Cobbett. La statistique complète donne 250 816 fundholders, touchant une rente égale ou inférieure à 200 1.; 22 934 touchant une rente égale ou inférieure à 1 000 1.; 1 937 touchant une rente égale ou inférieure à 4 000 1.; 152 touchant une rente supérieure à 4 000 L

4. Sur cette organisation, voir Hamilton, Inquiry, 3* éd. 1818, pp. 313 sqq.

le Trésor les conditions d'émission d'un emprunt. Des stockbrokers ont marié leurs filles à des membres de la Chambre des Lords. Un grand économiste, Ricardo, des savants éminents, Francis Baily et Benjamin Gompertz, appartiennent au Stock Exchange. D'ailleurs, précisément parce qu'ils se considèrent comme les aristocrates de la Bourse de Londres, les stockbrokers ne daignent pas s'occuper de mettre directement en rapports les acheteurs et les vendeurs de titres. Ils laissent ce soin aux stockjobbers, autres intermédiaires entre le public et un gouvernement qui vit d'emprunts. Les stockjobbers ne se bornent pas à rendre ces bons offices au public. Ils achètent pour leur propre compte, en vue de revendre plus tard à un prix supérieur, et de réaliser ainsi un bénéfice sur la double opération effectuée. Ou bien encore ils se livrent à une opération qui consiste à engager des sortes de paris sur le cours futur des fonds d'État; au jour du report, les uns se trouvent gagnants, les autres perdants; il peut arriver que les perdants soient ruinés. Bien qu'un statut exprès, qui n'a jamais été abrogé, refuse aux opérations à terme toute espèce de sanction légale, bien qu'elles aient été prohibées par une loi expresse *, la pratique n'en est pas moins courante au Stock Exchange; et par extension on appelle stockjobbers tous ceux qui, professionnels ou non, spéculent sur les valeurs de bourse. Ainsi se constitue, parmi les rentiers de l'État, foule économe et prudente, un cercle intérieur de spéculateurs et de joueurs. Autrefois les Quakers étaient nombreux parmi les stockbrokers et les stockjobbers professionnels; il semble que leur nombre ait diminué, et que les Quakers se soient spécialisés dans les opérations relatives au commerce des grains qui se traitent autour de Mark Lane. Ce sont les Juifs maintenant qui abondent parmi les stockjobbers, et pénètrent môme parmi les stockbrokers : un règlement rie 1772, pour limiter l'invasion, a fixé à douze le nombre de Juifs qui auraient le droit d'exercer cette profession "^

Les nouvelles fortunes qui se font par le jeu sur les fonds publics chof{uent l'opinion : car elles ne paraissent correspondre à aucune production réelle des richesses. Elles sautent aux yeux : car c'est à Londres, au centre même de la vie politique de la nation, que tout ce trafic a lieu. Elles se font aussi vite qu'elles se défont : dans la Cité, autour de « Change AUey », de perpétuels scandales éclatent. En 1810, suicide du grand Abraham Goldsmid, le roi de la Bourse : on en informe le roi et le Prince de Galles par un courrier exprès, et les cours tombent de 3 p. 100. En 1811, exclusion du Parlement du

Page 1