‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 19 sur 387 · LA MARINE · texte numérisé non relu

LA MARINE

Parmi les fonctionnaires chargés de l'administration du royaume, nous avons négligé à dessein ceux dont le rôle est de défendre le pays par les armes contre les ennemis du dehors : c'est qu'ils méritent une place à part, en raison de l'importance de leur fonction et de la puissance dont ils disposent. La constitution britannique reconnaît que le commandement de l'armée et de la flotte fait partie de la prérogative royale : au roi appartient « le pouvoir exclusif de lever et de gouverner {of raising and of regiilating) les flottes et les armées ^ » Le principe, affirmé sous Charles II, n'a pas été contesté après le renversement des Stuart. Il se justifie par des raisons conformes à la théorie du gouvernement mixte. Blackstone fait observer que le gouvernement monarchique est le mieux fait pour donner à la force armée de la nation l'unité d'organisation et de direction nécessaires : « il résulte de la fin môme de son institution que, dans une monarchie, le pouvoir militaire doit être confié aux mains du prince- ». Voici cependant le péril. Le principe monarchique, en admetlant qu'il représente, dans une constitution mixte, le principe d'autorité et de discipline, condition indispensable d'existence d'une bonne armée, ne mcnace-t-il point, pour cette raison même, l'équilibre de la constitution où il s'introduit? C'est en s'appuyant sur une armée nombreuse, obéissante et bien équipée, qu'une dynastie peut s'affranchir du contrôle imposé par un peuple insubordonné ou une aristocratie jalouse. Les whigs de 1688, instruits par l'histoire du xvir siècle anglais, avaient pris les précautions nécessaires pour rendre inofPensive, en ce qui concerne les libertés de la nation, la prérogative accordé(^ au souverain en matière militaire. George III, soucieux de fortifier son autorité, a dû se préoccuper de détruire, sur ce point plus que sur aucun autre, les efl'ets produits par la politique anti-monarchique du parti whig. Or, si l'on veut examiner quel a été le succès de cette réaction, et quelle se trouve être au juste la situation faite en Angleterre aux institutions militaires, après soixante-dix ans de politi(|ue whig et trente ans de politique tory, il importe, d'abord, d'établir une distinction nette entre la marine et l'armée.

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