CHAPITRE PREMIER
Les deux formes essentielles du protestantisme anglais : l'Église et les Sectes. — La prédication méthodiste et son influence sur le Nonconformisme anglais. — Influences méthodistes dans l'Église Anglicane : le mouvement évangélique. — Juifs. Presbytériens d'Ecosse. Catholiques. Le problème de l'émancipation catholique.
LES DEUX FORMES ESSENTIELLES DU PROTESTANTISME ANGLAIS : L'ÉGLISE ET LES SECTES
C'est en 1739 que John Wesley et George MFTHoniSTE Whitefield ont commencé la prédication du
« méthodisme ». Les temps étaient troublés; une crise économique se compliquait d'une crise politique; partout des grèves, des émeutes. Un demi-siècle plus tard, il eût du se produire un mouvement général de révolution politique et sociale. En 1739, l'insurrection prit une autre allure. Les ouvriers mécontents écoutèrent les sermons de trois clergymen et de leurs disciples; la fermentation populaire prit la forme de l'enthousiasme chrétien. Quelle était donc la vérité nouvelle que les deux Wesley et Whitefield apportaient au peuple anglais? Ministres anglicans, attachés à l'Église Établie, ils se proposaient seulement de la fortifier et de la régénérer, en restaurant le vieux dogme protestant de la justification par la foi : l'homme, en dépit de sa nature radicalement dépravée, peut, depuis que le Sauveur est mort en croix, être brusquement illuminé par la grâce; il appartient au prédicateur chrétien de se faire, par son éloquence, l'instrument de la volonté divine, de provoquer des « conversions » au sens que la théologie protestante donne à ce mot, de procurer à ceux (jui l'écoutent le sentiment immédiat de la .sainteté, la certitude
du salut. D'abord les fondateurs du méthodisme prêchèrent dans les églises, à Bristol, à Newcastle, à Londres; puis, quand les clergymen, alarmés par l'excentricité de leurs procédés oratoires et l'outrance de leurs doctrines, leur eurent interdit les églises, sur les places publiques, en pleins champs. Des auditoires de dix mille, cinquante mille, quatre-vingt mille hommes vinrent les entendre. Chassés de l'anglicanisme, entraînés par l'enthousiasme qu'eux-mêmes soulevaient, ils passèrent, presque sans le vouloir, dans le monde des églises dissidentes : c'est en marge de l'Église Établie que Wesley dut fonder la vaste organisation méthodiste ^ Ainsi la vieille Église d'État et les vieilles communautés libres constituent le double milieu où s'est développé l'esprit nouveau. Il faut connaître ce milieu, si l'on veut comprendre la nature et mesurer l'importance du réveil méthodiste.