Car. II, c
cérémonies du culte, que les doctrines énoncées dans les Homélies sont orthodoxes, que le service d'ordination n'est ni superstitieux ni idolâtre. Des ministres baptistes, on exige l'adhésion à trente-quatre articles seulement : ils sont dispensés d'affirmer que le baptême des enfants est une pratique louable ^ Quant au Corporation Act, il y a moyen de l'éluder. Les dissidents appliquent ce qu'on appelle le système de la « conformité occasionnelle » ; ils communient une fois selon le rite de l'Église Établie, se rendent de la sorte aptes à gouverner leur bourg ou leur cité, puis retournent à leurs petites chapelles. Dans les sectes, la coutume soulève des scrupules de conscience. De leur côté, les membres les plus rigides de l'Église Établie protestent, et font même, en 1711, voter parle Parlement une loi qui condamne la pratique de la « Conformité occasionnelle », Finalement, tout le monde s'en accommode; et chaque année le Parlement vote un Indemnity Ad, qui amnistie en bloc toutes les infractions commises depuis douze mois à la loi de 1711, Bien qu'aux environs de 1790 les Dissenters aient mené une campagne assez vive pour obtenir l'abrogation du Corporation Act et du Test Act, ils se sont, en somme, contentés, pendant toute la durée du xviii'' siècle, d'un régime de tolérance semi-légale qui pratiquement leur garantit une liberté absolue.
Seulement, sous ce régime de tolérance, l'inspiration primitive du Dissent se modifie. Il se produit, avec la cessation des persécutions religieuses, un déclin général du dogmatisme théologique et de l'enthousiasme mystique. Nous avons vu quelle était devenue au xviii' siècle, en matière de dogmes, l'apathie de l'Église anglicane. A tant de tiédeur, les dissidents répondent par une tiédeur égale. Ils s'occupent de politique plus que de théologie, ont à Londres un Comité, le « Comité des trois Dénominations », chargé de veiller à la défense de leurs intérêts politiques et de leurs droits légaux^; ils ont leurs « cafés », où les ministres et les notables des diverses sectes apprennent à se connaître et à se grouper. Tout cela n'est ni très théologique ni très ecclésiastique. D'ailleurs ces ministres politiciens ne sont pas des ignorants. Il semble, au contraire, qu'ils l'emportent souvent, par la valeur intellectuelle et par les connaissances, sur le haut clergé anglican. Ceux qui sont rattachés par les liens de l'ordination mystique, parfois même par des liens de parenté, aux clergijmen expulsés en 1(502 de l'Église officielle, se considèrent comme formant
1, 1 Willinin and Mary, st. I, c. 18, La formuln du sornHînt que l'on exige des inini.stres diHHidents a encore été simplifiée en 1709 (19 Geo, III, c, 49) pour donncv satisfaction k leurs scrupules do conscience; voir Bogue and Bennet, Hist. of Dissenters, voL IV, pp. 159 sqq.
2, Ivimey, Hist. of the BngUsh Baptists, vol. III. pp. 196, 198, 204,
une sorte d'aristocratie religieuse. Les « séminaires », les « Académies », qu'ils instituent, et dont le parti du High Church essaie vainement d'obtenir la fermeture, sont renommés pour la solide instruction qu'on y reçoit. Des membres de l'Église Établie y envoient leurs enfants. Des lords, des évoques même y ont reçu leur éducation première. Mais, précisément parce que les ministres dissidents visent à attirer et à retenir dans leurs écoles des élèves de toutes origines, ils se piquent d'être aussi peu fanatiques, aussi peu dogmatisants que possible.
.L'orthodoxie du Dissent est en pleine décadence.
Il semble que les Dissenters du xviii^ siècle, ou que du moins, parmi ces Dissenters, ceux qui ont charge de diriger les consciences, aient
Jionte de ce que la doctrine calviniste contient d'excessif et d'affreux. Les théologiens des sectes sont de moins en moins disposés à admettre, sans réserves, le dogme de la prédestination, la thèse de notre impuissance radicale à effectuer notre salut par notre volonté propre : ils se rallient tous à la doctrine de transaction que Baxter avait défendue au xvii<= siècle. Mais le baxtérianisme, est-ce encore, au sens rigoureux du mot, un calvinisme? Il le faut, si les dissidents ne veulent pas renoncer au principe même de leur opposition à la philosophie du libre arbitre, à 1' « arminianisme » des catholiques et de la « Haute Église » anglicane. Bientôt cependant, parmi les Dissidents, certains osent dépasser le « Calvinisme modéré » d'un Watts ou d'un Doddridge. Les General Baptists se séparent des Particiilar Baptisis, parce qu'ils veulent que Jésus soit mort en croix pour tous les hommes, et non pour les élus seulement.
La critique religieuse ne s'attaque pas seulement au dogme de la grâce ; elle s'attaque à la croyance qui semble être la base commune de la foi de tous les chrétiens, au dogme de la Trinité. Le semi-arianisme, puis l'arianisme, puis le franc socinianisme se développent parallèlement, au xviii^ siècle, dans l'Église anglicane et dans les sectes. Ce sont les anglicans Whiston et Clarke qui, les pi-emiers, déclarent le symbole de Nicée infidèle à la tradition chrétienne primitive. Les Évangiles nous enseignent, à les croire, qu'il y a un seul Dieu, que la personne de Jésus n'est pas consubstantielle à la personne du Père, que le Christ est un Dieu créé, contemporain de l'univers qu'il doit sauver*. Hors de l'Église Établie, James Peirce émet des opinions à peine moins catégoriques. Il est condamné par l'assemblée des ministres dissidents, comme Whiston et Clarke l'avaient été par la Convocation 2. Mais l'hérésie gagne du terrain. A la fin du siècle,