l'rrdrslanl hissenlers' Magazine, voL III (17»G), p
2. Onifjreijalional Hlslorical Society Transactions, janvier lW)i, voL i, pt 2, p. 297.
3. Voir pour tous ces dtUftils Uofçue aud Dcuutitl, Uisl. of tlic Dissenters, vol. IV, pp. 228 sip|.
Or, l'impulsion nouvelle, qui mène les Indépendants et les Baptistes à la victoire, ils l'ont reçue des Méthodistes. Les groupements méthodistes leur envoient sans cesse des recrues; et, s'ils ne répudient pas, comme Wesley, le calvinisme, si c'est de la secte de Whitefield qu'ils recueillent surtout les transfuges, leur protestantisme diffère cependant tout autant du calvinisme glacé des orthodoxes d'autrefois qu'il diffère du semi-rationalisme d'un Priestley. Point de dogmatisme raisonneur, point d'argumentations théologiques. Les Dissenters se recrutent dans les couches inférieures de la population; ce sont de petits boutiquiers, de petits fermiers, des artisans, des paysans. Dans les réunions privées que l'exemple du méthodisme a multipliées, et qui ont pour objet l'édification mutuelle des membres du groupe, un jeune homme se distingue par la ferveur de ses exhortations, par l'ascendant que sa parole exerce. Plus souvent que les autres, il est mis en demeure de prier, de prêcher. Ses admirateurs, ses amis le poussent à quitter l'outil, à devenir un ministre de profession. A peine s'il sait lire ou écrire. Il s'en va dans une des Académies de la dénomination à laquelle il appartient. A ce mot pompeux correspond une réalité très humble. Un ministre prend, moyennant une rémunération modique, un certain nombre de pensionnaires. Tout en enseignant, il continue à prêcher. Ses élèves l'assistent, et vont faire des sermons dans les localités voisines. Aux heures de loisir, ils apprennent la grammaire et l'orthographe; de grec, d'hébreu, de théologie, il ne saurait être question. Les Dissenters de la vieille école constatent avec mélancolie cette décadence intellectuelle de leurs ministres et de leurs congrégations : « Aujourd'hui, le grand objet est de trouver un homme de talent populaire, celui qili attirera le plus de monde, qui saura faire le plus de bruit, raconter l'histoire la plus amusante, et parler avec le plus d'abondance, sans note et sans étude' ». Les nouveaux prédicateurs sont des enthousiastes, des illettrés, versés seulement dans la connaissance des procédés de rhétorique populaire les plus propres à provoquer, dans une foule assemblée, un « réveil », a revival, des émotions religieuses, un Christianisme « senti », ou « expérimental ». Il existe, chez l'homme, tout un vieux *: fonds de besoins superstitieux que ni la science ni la théologie abstraite ne satisfont : la fameuse Joanna Southcott ne vient-elle pas, des mois durant, de mettre Londres en rumeur, en promettant à soixante-cinq ans de mettre au monde un fils de Dieu^? Les dissidents évangéliques
1. Protestant Dissenters' Magazine, voL I, pp. 502 sqq.; cf. p. 351 sqq.
2. Sur les incidents tumultueux qui accompagnent l'examen médical po&thume du corps de Joanna Southcott, voir Morning Post, 2 janv. 1815. — Sur le cas de Joanna
donnent à ce goût du merveilleux des aliments plus spirituels : ils ne se préoccupent pas d'étonner par des miracles matériels, ils veulent « convertir » les âmes. Il n'en est pas moins vrai que, dans les classes et dans les régions de civilisation arriérée, leur prédication produit souvent d'étranges effets. Au pays de Galles, les membres de la secte des « Sauteurs », née des revivais méthodistes, se jettent à plat ventre quand le sermonnaire commence à parler, puis, lorsqu'ils se sentent en proie à l'inspiration d'un haut, se relèvent pour sauter en cadence; et une crise d'hystérie collective se déclare, qui peut durer des heures entières'.
L'influence exercée par le réveil religieux du xviii^ siècle suv l'esprit qui anime les sectes dissidentes, se manifeste sous d'autres formes encore. De tout temps les églises indépendantes avaient fait des tentatives pour former, sans violer le principe autonomiste de leur institution, des « associations » régionales plus ou moins étendues. Associations très lâches, qui ne groupèrent jamais, dans les régions mêmes où elles se formaient, la totalité des églises d'une même dénomination. Associations qui n'avaient pas un véritable caractère de permanence, et consistaient en de simples réunions annuelles pour la prière en commun et l'échange des « expériences » religieuses des ministres. Associations qui jamais ne pouvaient imposer d'obligations aux églises qui s'y trouvaient groupées : dans tous les statuts, une clause de style s'y opposait. Chez les Congrégationalisles, elles avaient, au milieu du xviii" siècle, pour ainsi dire disparu. Chez les Baptistes, où elles étaient restées un trait normal de l'organisation de la secte, elles soulevaient, chez ceux mêmes qui consentaient à en faire partie, d'invincibles répugnances. « Nous confessons, écrit encore en 1777 un Baptiste fameux, que nous sommes entré dans cette association avec beaucoup d'inquiétude et de scrupule. Car nous avons beau savoir qu'aux âges les plus purs de la Chrétienté la coutume de s'associer, de délibérer et de s'assister réciproquement a été pratiquée, nous ne pouvons oublier que ces associations ont fini par engendrer la grande apostasie antichrétienne, une apostasie si funeste aux libertés civiles et religieuses du genre humain, à celles en particulier des puritains et des nonconformistes du bon vieux temps, que les mots seuls de synode, de s('^si()Il. dfî concile et de canon blessent les oreilles d'un
Soulhcolt, voir Ed. Hcv., février 1815, nrl. XI : Publications respecting Joanna Southcott (vol. XXIV, pp. 452 sq(|.).
1. H. Ayloti, Voyage round Greal Britain, vol. II (1815), p. 71, décrit des «cènes de ce f,'('nro nuxqut^linH il n as«ist6 nu cours d'un grand rnooling religieux de 20 000 personnes, tenu nu mois de septembre 1814, n Cneriinrvon. - L'existence de Insecte est signalée, pour In priMtiién! fois, (Jun-. le (icidlrmun's M(iij(i:iiic, juillrl 179!) (vol. LXIX, p. 579).
I vrai Dissident protestante » Mais cet esprit d'indépendance presque 1 anarchiste va bientôt, sous Finfluence du méthodisme, perdre beau- \coup de son énergie primitive.
Si le méthodisme fait de si rapides progrès, si les wesleyens peuvent, à chacune de leurs conférences annuelles, publier des statistiques qui prouvent l'énorme accroissement de leurs sectes, c'est manifestement en grande partie à la supériorité de leur organisation qu'ils le doivent. Le « prédicateur ambulant » a pour obligation de parcourir incessamment les localités de son circuit, non pas seulement celles où déjà des sociétés sont formées, mais encore et surtout celles où la parole d'aucun prédicateur méthodiste n'a encore été entendue. Le ministre indépendant est, au contraire, l'élu de sa congrégation. Il lui appartient. C'est avec son autorisation seulement qu'il peut quelquefois s'en aller prêcher ailleurs. Le principe de l'absolue autonomie des églises est donc un obstacle à l'expansion des sectes qui 1 l'adoptent. Il faut, si l'on veut organiser des missions pour la conver- : sion des incrédules, que les églises s'unissent, entre elles, pour ; envoyer à frais communs les missionnaires. Si, d'autre part, trop ■ évidemment la condition financière des ministres dissidents est préf Caire, ici encore l'observation de ce qui se fait chez les méthodistes suggère un remède au mal. Pourquoi plusieurs congrégations ne se réuniraient-elles pas pour constituer un fonds de secours aux ministres âgés, à leurs veuves, à leurs orphelins? pourquoi ne formeraient-elles pas des associations qui ne soient plus de simples possibilités de réunions pieuses, mais constituent une centralisation effective des ressources financières de la secte?
Les Congrégationalistes s'ébranlent les premiers. Dans le Lancashire, en 1786 2, ils fondent une association de comté, qui a pour objet d'organiser un service de ministres « itinérants » et de protéger les ministres des congrégations locales contre la misère. Cette association prospère, et les statuts servent de modèle à d'autres associations qui se forment, avant peu d'années, dans tous ou presque tous les comtés anglais. Les Baptistes suivent l'exemple des Congrégationalistes. En juin 1796, ils organisent un itinérant tour dans les Cornouailles; en septembre, un système permanent d'itinerancy dans l'Essex; l'année suivante, à Londres, une société centrale for the