‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 215 sur 387 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

.5. J. Waddington, Congregational Hislory, 1800-1850, pp. 125-126. — Evangelical Magazine, 1806, pp. 234, 334; 1807, p. 286; 1808 pp. 34, 140, 272; 1809, pp. 86, 169, 302; 1810, p. 2.53. — S. T. Porter, Lectures on the Ecclesiaslical System of the Independents, lecture III, pp. 129 sqq. Une union écossaise exista dès 1806. — L" Evangelical Magazine, 1796, p. 119, signale l'existence d'une Socictas Evangélica, se proposant pour objet d'étendre « the hlossing» of the Gospel by Itinérant Preaching », et ayant dépensé, depuis la date de sa fondation (1776), 8000 I. — La société oITre sa coopération aux ministres, aux county associations, sans vouloir api)aremment distinguer entre les sectes.

6. Pour les Unitaires, le problème de l'organisation ne se pose en conséquence pas tout à fait de môme, puisqu'ils sont issus de la dénomination « presbytérienne », toujours plus hiérarchicjuemcnt organisée que les deux autres vieilles dénominations. Uni» Western Unitarian Society gouverne l'Ouest de l'Angleterre, une Southern Society Londres et les Home Countics, une Northern Society le» nouvelles régions industrielles. Cela dès la fondation de la secte. Mais, en 1806, malgré les défiances ([ue leur inspirent les procédés, ix leur gré trop grossiers, des prédicateurs méthodistes, ils ne cèdent pas moins à leur influence, et constituent an Unitarian Fund, qui a pour objet d'encourager la prédication populaire et d'envoyer des missionnaires en tournée à travers le pays. Sur le mouvement et les résistances de Belsham, voir Belsham, Memoirs of Lindsey, pp. :«)8-309; et Evangelical Magazine, 1807, p. 08.

mistes en matière d'organisation ecclésiastique s'affaiblissent; du même coup s'affaiblit aussi leur individualisme politique. Secte intermédiaire entre les sectes proprement dites et l'Église d'État, le méthodisme comble l'abîme qui séparait ces deux groupements rivaux. Les méthodistes — les méthodistes wesleyens en particulier, — bien qu'ils soient des nonconformistes de fait, refusent de se considérer comme ayant absolument rompu avec l'Église anglicane. Les membres de la connexion s'astreignent à l'obligation de communier selon son rite lorsqu'ils ne peuvent pas le faire dans leurs propres chapelles. Les ministres se présentent comme les assistants, ou les suppléants, d'un clergé indolent, plutôt que comme ses ennemis. Le même esprit pénètre, par contagion, les autres dénominations. Dans les quinze premières années du xix* siècle, ceux qui, dans les sectes dissidentes, demandent soit une réforme de la constitution de l'Église d'État, conforme à leurs préjugés en ces matières, soit la liberté absolue des croyances par la suppression de toute Église d'État, sont des excentriques et des isolés.

Non que la séparation des classes sociales où se recrutent respectivement les fidèles de l'Église d'État et des sectes dissidentes soit moins tranchée que par le passé. A certains égards on serait tenté de dire qu'elle l'est devenue davantage. De tout temps le nonconformisme a été la religion de la classe moyenne, et, plus précisément encore, de la petite bourgeoisie. Il y avait cependant encore au xvin^ siècle quelques Dissenters à la Chambre des Lords, et il arrivait que des jeunes gens de grande famille allassent achever leur éducation dans les séminaires des ministres dissidents. Les deux choses sont devenues impossibles. D'autre part le nombre des riches marchands ne tend pas à augmenter parmi les Dissenters : le Dissent, constamment et normalement, voit ses membres les plus opulents passer à l'Église anglicane. Pour pénétrer dans la société dirigeante, pour recevoir à sa table, si l'on est propriétaire d'une maison de campagne, le haut clergé ou la gentry des environs, pour obtenir des titres honorifiques ou des charges administratives, il ne faut pas appartenir au Dissent. Le riche Dissident n'est donc que trop tenté de céder aux sollicitations de sa femme, qui peut-être est née dans une famille « épiscopale », ou de ses fils, impatients de voir la situation sociale de leur famille répondre à la richesse dont ils jouissent, et à la bonne éducation qu'ils ont reçue. Il saisit le premier prétexte venu pour se quereller soit avec le pasteur, soit avec un des gros bonnets de sa congrégation. Il échappe à la tutelle morale souvent très gênante qu'exercent sur lui les autres membres de la dénomination, et s'en va prendre part au culte de

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l'Église officielle, où la ferveur religieuse n'est pas une obligation et que fréquente le squire. Le nonconformisme puritain tend sorte à devenir une religion de passage, une étape dans 1 d'une famille anglaise. Le manœuvre qui devient ouvrier qualifié, artisan, petit patron, bourgeois de fortune moyenne, sort de la barbarie où la plèbe est plongée, devient nonconformiste. S'il s'élève encore ou si ses enfants s'élèvent après lui dans la hiérarchie sociale, lui ou les siens passent à l'anglicanisme.

Nulle difficulté à cet échange d'un culte contre un autre : la consti- .. tution de la connexion wesleyenne est là pour rendre les transitions \ insensibles. Ce qui caractérise le nouvel état d'esprit des sectes dissidentes, c'est qu'elles s'accommodent en fin de compte assez bien de^^ cette situation subordonnée. Le bourgeois nonconformiste se résigne à être regardé de haut en bas par les membres d'une Église, où d'ailleurs sa famille pourra un jour avoir accès. Il prend sa revanche en écrasant d'un mépris plus profond le bas peuple des campagnes et des fabriques, d'où sa famille a émergé.

Pourquoi l'Angleterre moderne, de tous les pays d'Europe eu l'histoire la moins révolutionnaire, la plus exempte de crises lentes et de changements brusques? Nous avons cherché vainement l'explication du fait dans l'analyse des institutions politiques ou de l'organisation économique de la nation. Les institutions politiques sont de nature telle, que l'ordre social pourrait dégénérer en anarchie, s'il y avait en Angleterre une bourgeoisie animée d'un esprit révolutionnaire. Un régime de production effectivement anarchique pourrait mettre le royaume en état d'insurrection, si seulement la classe ouvrière trouvait dans la classe moyenne des hommes pour lui donner un idéal, une doctrine, un programme d'action définie. Mais l'élite de la clas.se ouvrière, la bourgeoisie laborieuse, sont, par l'effet du réveil évangélique, animées d'un esprit qui n'a rien de dangereux pour Tordre établi.

Assurément, les Dissidents anglais restent hostiles à une réaction autoritaire. Sans la liberté d'association, ils ne pourraient pas être. Mais les sectes, dans leur libre diversité, sont toutes d'accord entre elles, et d'accord avec les pouvoirs publics, pour imposer à la nation un rigoureux conformisme moral, et le respect au moins apparent de l'ordre social chrétien. La passion de l'organisation se combine en elles avec la passion de la liberté, finit par prendre le dessus sur celle-ci : de sorte qu'en fin de compte, la liberté d'association limite la liberté individuelle, et que le despotisme des iikihis remplace, rend presque inutile le despotisme des lois. Telle est 1 Aiigit^lerre moderne.

HIBTOIRE DU PEUPLE ANOLAIS. 26

j Les Européens du continent tantôt reprochent aux chefs du mouvement ouvrier anglais une moralité trop bourgeoise et un sens pratique un peu plat, tantôt exaltent le sérieux de leurs mœurs et la sûreté de leur instinct organisateur. Qualités et défauts inséparables peut-être les unes des autres, et qui ont, en tous cas, une origine commune. Les chefs du grand mouvement syndical qui va naître en Angleterre peu d'années après 1815, appartiendront pour la plupart aux sectes dissidentes. Ce seront souvent des local preachers, presque des pasteurs. Les fondateurs du méthodisme sont leurs ancêtres spirituels. Dans le grand travail d'organisation sociale qui est une des caractéristiques du xix" siècle anglais, il est difficile d'exagérer l'importance du rôle joué par le réveil wesleyen.

On peut suivre, de 1792 à 1815, à mesure que le temps passe, la décadence de l'esprit révolutionnaire dans les sectes. Pendant les premières années de la guerre, les Dissidents à tendances rationalistes et républicaines se livrent à des manifestations bruyantes. En 1792, Price et Priestley, ayant compromis la secte dont ils sont les grands hommes par l'imprudence de leurs déclarations républicaines, ont vu se former contre eux la coalition de la classe dirigeante et de la populace : des chapelles ont été saccagées, souvent les congrégations n'ont plus osé se réunir. Les hommes d'État du parti tory et les évêques anglicans ont pris soin d'exploiter l'impopularité des Dissidents démocrates au détriment du Dissent tout entier. Canning, dans son Anti-jacobin, ne se lasse pas de le dénoncer. Dans tout agitateur révolutionnaire il découvre un Dissident, ou un ancien Dissident, ou un ami des Dissidents. Dans les nouvelles associations formées par les Indépendants et les Baptistes pour organiser un itinérant ministry, il voit un détour inventé par les sociétés politiques pour prêcher, sous le faux dehors du christianisme, le républicanisme, le déisme, peutêtre l'athéisme ^ Horsley, évêque de Rochester, dans un mandement fameux, s'en prend aux méthodistes eux-mêmes, instruments conscients ou inconscients de la propagande athée et jacobine. Qu'est-ce que ces sociétés pieuses ou soi-disant telles, qui se rassemblent chaque soir, dans les villes et les campagnes? ces prédicateurs fanatiques et illettrés? ce mouvement de fédération des congrégations religieuses, au moment même où la fédération des associations politiques vient d'être interdite par la loi? « Les Jacobins de ce pays-ci, j'en ai grand peur, utilisent le méthodisme comme les illuminés de

1. Anti-Jacobin Review and Magazine, juilL, nov., déc. 1798, voL I, pp. 294, 590, 626, etc. — Cf. sur les dissidents gallois, Gentleman's Magazine, sept. 1799, vol. LXIX, p. 741.

Bavière utilisent la franc-maçonnerie : pendant ce temps, le vrai méthodiste, comme le vrai franc-maçon, est tenu dans une complète ignorance des menées scélérates dont il sert uniquement à dissimuler Tévidence K »

Cependant l'examen de ce qui se passe en réalité dans les Églises dissidentes ne permet guère de prendre ces dénonciations au sérieux. Les seules congrégations où vraiment le républicanisme prédomine sont les congrégations presbytériennes, c'est-à-dire les moins nombreuses et les moins florissantes; leur jacobinisme même en accélère le déclin. En 1798, un pasteur baptiste, le révérend John Martin, ayant déclaré dans un sermon que, « si les Français débarquaient, plusieurs dissidents, beaucoup de dissidents peut-être se joindraient à eux pour les encourager », toute la dénomination s'émeut; après une rapide enquête," Martin est exclu de la société ^ Parmi les Indépendants et les Baptistes, on peut affirmer que les révolutionnaires font exception ; les plus éloquents parmi les ministres se prononcent contre la philosophie jacobine. Robert Hall, le prédicateur baptiste de Cambridge, l'ami de Mackintosh, attaque en 1800, dans un sermon fameux, ce quïl appelle « l'Infidélité Moderne » : par où il entend les idées de la Révolution française ^. Le prédicateur congrégationaliste William Bengo Collyer s'illustre, en 1804 et en 1805, par les sermons patriotiques qu'il adresse aux volontaires; il compte, au nombre des souscripteurs à son « Cours sur les Preuves de la vérité biblique », lord Grenville, Robert Southey, et trois évêques anglicans *. Tous les témoignages contemporains confirment que, si les Dissidents des vieilles sectes restent attachés au whiggisme, ils appartiennent, en immense majorité, à la fraction la plus modérée du parti.

Lorsque les anti-jacobins, généralisant leurs accusations, s'en prennent aux prédicateurs méthodistes, alors l'injustice devient scandaleuse, l'imposture presque évidente. Car la secte est délibérément conservatrice. Dès le temps de la guerre d'Amérique, alors que Price, Priestley et tout le Wide Dissent prenaient parti pour les rebelles, John VVeslcy avait publié deux brochures, tirées à plusieurs milliers d'exemplaires, pour prêcher le loyalisme aux colons d'Améri({ue et au peuple anglais*. En 1792, les statuts de l'organisation wesleyenne ont expressément prescrit aux membres « le loyalisme et la soumission

1. Charge ... to Ihe clergy of his diocèse, ..., 1800, p. 20.

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