‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 222 sur 387 · Carus, life of Simeon, chap. Vil. p[). l.'H sqq · texte numérisé non relu

Carus, life of Simeon, chap. Vil. p[). l.'H sqq

fonds nécessaires pour bâtir des chapelles, acheter des bénéfices*, et permettre de la sorte aux clergymen formés par Simeon d'appliquer librement, sous leur patronage, les nouvelles méthodes d'évangélisation, à l'abri des vexations épiscopales. Wilberforce, le grand parle- ^mentaire, le grand philanthrope, est leur chef. De 1795 à 1808, il a habité à Clapham, sur Battersea Rise, dans le voisinage des Thornton, les banquiers j)hilanthi^o£es, de Zachary Macaulay, le directeur du Christian Observer, de lord Teignmouth, Tancien gouverneur général des Indes, de James Stephen, le juriste. Ces hommes pieux se sont donné pour clergyman paroissial J©hn Venu, le fils du grand Henry Venu. A Clapham afflue, les jours de réception, une foule bigarrée de clergymen anglicans, de ministres dissidents, de membres de la gentry, d'hommes de loi, d'hommes d'affaires et de représentants de toutes les races opprimées : Hispano-Portugais des deux mondes. Nègres, Hindous. Il faut tout le tact et toute l'affabilité de Wilberforce pour faire vivre en bonne harmonie, même l'espace d'une soirée, des hôtes à ce point disparates.

Les gens de Clapham — la « secte de Clapham » — sont pour la plupart membres du Parlement; et d'autres hommes se joignent à eux — des country gentlemen comme jadis Sir Richard Hill, comme à présent Thomas Babington, des bourgeois nonconformistes comme Thomas Thompson^, le banquier méthodiste de Hull, comme "William Smith et Joseph Butterworth — pour former à Westminster une coterie austère, un orgueilleux petit tiors parti, le parti des « Saints », comme on les appelle par dérision. Si William Smith appartient à l'Opposition, les « Saints » sont en général des conservateurs, et votent avec Pitt et ses successeurs. Mais ils font profession d'indépendance et de vertu. En 1795, Wilberforce a parlé en faveur de la paix, bravant la colère de Pitt, mettant sa propre popularité en péril. En 1805, il a voté pour qu'un procès soit intenté à lord Melville; en 1809, pour qu'une enquête soit ouverte sur la scandaleuse affaire du duc d'York. Aux jours critiques, l'indépendance de Wilberforce et de ses amis peut menacer l'existence du Cabinet. Du fond du Gloucestershire, la fameuse Hannah More, romancière, théologienne et réformatrice des mœurs, qui évangélise les masses, fonde des écoles, traite sur un pied d'égalité avec les évêques, collabore à l'activité des « Saints » par ses écrits et par ses œuvres. Un tableau du parti évangélique ne serait pas complet, qui ne tiendrait pas compte de son immense notoriété : à

1. Sur les bruits qui courent à ce sujet, voir Zeal without Innovation, pp. 149-150.

2. Sur Thomas Thompson, fils d'un fermier, parvenu à la fortune grâce à la protection initiale de Wilberforce, voir Stevens, Hist. of Methodism, vol. III, p. 165.

côté de Wilberforce et de Simeon, elle est véritablement un des « grands hommes » du groupe.

Un parti religieux suppose une doctrine commune; les « évangéliques » appartiennent évidemment à la tradition calviniste ; mais leur calvinisme est fort atténué. Lorsqu'à la fin du xviii'' siècle une dispute théologique, très longue et très violente, s'est élevée entre les « arminiens » de l'école de Wesley et les « calvinistes » de l'école de Whitefield', les « Saints » ont pris garde à ne point s'y mêler. S'ils n'adhèrent pas à 1' « arminianisme » de Wesley, c'est qu'ils repoussent certaines opinions particulières de Wesley : la doctrine de la « conversion instantanée », suivant laquelle c'est d'un seul coup, par un miracle subit, que Dieu met les pécheurs en état de grâce; la doctrine de la « perfection », suivant laquelle le pécheur, une fois sauvé, ne peut plus déchoir. Mais d'autre part ce qu'il y a d'outré dans la pure orthodoxie calviniste leur répugne : ils rejettent le paradoxe, trop subtil et trop immoral pour leur plaire, de la vanité radicale de toutes les œuvres.

« Comme je hais, écrit Hannah More en 1802, ces petits mots néfastes d' « Arminien » et de « Calviniste »... Le Christianisme de la Bible, voilà ce que j'aime : celui-là n'impose pas des opinions théologiques indifférentes en elles-mêmes ^ » « J'ai commencé, écrit Isaac Milner, par être Arminien ; une réflexion plus attentive a ébranlé mon Arminianisme.... Mais je crois avoir compris où il fallait s'arrêter : Calvin est beaucoup trop systématique pour moi^. » « Bien que je sois moi-même un Calviniste modéré, je crois, écrit Simeon, que les Calvinistes, pris en masse, sont dans le faux*. » Wilberforce finira par écrire en 1822, qu'il se sent chaque année plus convaincu que u le système de Calvin est contraire à l'Écriture» ». Rien n'est plus propre à mettre en évidence le déclin de la vieille dogmatique calviniste que l'aversion manifestée, à l'égard de cette dogmatique, par les hommes qui ont provoqué, à la fin du xyiu" siècle, le dernier grand « réveil » protestant, par l'arminien Wesley et par les Calvinistes modérés du parti évangélique. Les « évangéliques » acceptent en gros le dogme de la justification par la foi; mais ils refusent de subtiliser là-dessus. Ce ne sont pas des théologiens, mais des hommes d'émotion et

1. Hiinl, Ueliyious Thouyhl ... vol. 111, pp. 2'J7 sq(i. - ijM'Vlun, lÀ'anjcUcal Movement ..,, pf). 120 sqq.

2. W. Roberls, Memoirs of the life and correspondencc of mrs. Ilaniuili More, vol. 111, p. 202 (extrait du jouninl, 8 juill. 1802).

'.i. Mary Milner, Lif,: of Isaac Milner, pp. 000.

-i. Carus, Life of .Simeon, p. il8 : Simeon au r6v. W. CaruH Wiisoii, Il or.t. 1815.

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