‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 241 sur 387 · réveil méthodiste sur la vie religieuse de la · texte numérisé non relu

réveil méthodiste sur la vie religieuse de la

\ GROUPEMENTS . ^t , ,• • ,

\ RELIGIEUX LES JUIFS ^^^^^^^- Nous avons vu les sectes dissidentes

i sorties de leur léthargie, augmentant immen-

1 sèment le nombre de leurs adhérents; nous avons vu, dans l'Église

L Wellington à Sir Henry Wellesley, Londres, 29 juillet 1814 (SuppL Disp., vol. IX, p. 165). — Cf. trois lettres de Wellington à Wilberforce, déc. 1814 {Papers of Wilberforce, p. 144 sqq.).

2. Correspondance ... of lord Castlereagh, vol. X, p. 73 : lord Castlereagh à Sir Henry Wellesley, 1" août 1814.

officielle, le parti de la « Basse Église « jouant le rôle d'une minorité agissante. Nous avons défini l'influence plus générale que le réveil évangélique a, par l'intermédiaire des églises, exercée sur la vie morale de la nation entière : le développement d'un esprit tout à la fois philanthropique et conservateur, réformateur et piétiste. Mais il existe dans le Royaume-Uni des groupements religieux sur lesquels l'action du réveil évangélique a été nulle : quelle a été en retour l'influence de ces groupements sur rintelligence et la moralité publiques?

Voici d'abord les juifs. Ils ne sont guère plus de vingt mille à Londres et dans les grandes villes de province *. Mais l'immigration augmente chaque jour leur nombre, juifs de Portugal ou juifs d'Allemagne. Leur richesse va toujours croissant, et cesse de se cacher; dans toutes les villes où des colonies israélites sont établies, des temples somptueux prennent la place des vieilles synagogues, jadis dissimulées dans des quartiers sordides ^ Ils ont été longtemps en butte aux mêmes persécutions que partout ailleurs : ils n'ont pas encore obtenu que la loi les mette, en matière de naturalisation, sur le même pied que les chrétiens. Pourtant leur impopularité est en baisse : Cobbett, un anti-juif déclaré, s'indigne en 1810 que, dans les pièces modernes, l'auteur donne si souvent à un juif le rôle du moraliste, du sage désintéressé'. Le système des emprunts publics a mis constamment les Chanceliers de l'Échiquier dans l'obligation de recourir à leurs bons offices. Les jeunes gens de l'aristocratie whig, criblés de dettes, leur ont, moyennant des avances d'argent faites à bon compte, ouvert les portes du grand monde. Les préjugés auxquels ils se heurtent doivent, en fin de compte, être moins forts dans un pays de marchands et de boursiers que dans des pays à constitution militaire, dans un pays où une foule de sectes religieuses vivent pacifiquement côte à côte que dans des pays où la pratique d'un culte d'État est imposée à tous les citoyens.

Une série de noms fameux illustre l'importance du rôle social que jouent les juifs anglais. Ce sont, dans le monde des affaires, Gideon

i. F. H. Goldsinid, Remarks on the Civil Disabililies of Brilish Jews, 1830, pp. 69 sqq., et J. E. Blunt, Jews in England, 1830, p. 75, donnent les chiffres suivants. Pour Londres, 18000. Pour le reste de l'Angleterre, !) 000. Total27 000. L'évaluation, très arbitraire, se fonde : 1° sur le nombre des enterrements israélites à Londres; 2° sur l'hypothèse suivant laquelle le nombre des Juif» provinciaux serait au plus égal à la moitié du nombre des Juifs londoniens.

2. Par exemple à Liverpool : érection de la synagogue de Steel Street en 1808 (Baines, Lancashire, vol. IV, p. 107); a. Birminghain : érection de la synafijof^Mic de Scvern Street en 1800 (Langford, Cenlury of Birmingham Life, vol. II, p. 237); 11 Matichesler : érection de la synagogue de Halliwidl Street (.Margoliouth, The Jews in Ënglund, vol. III, p. 124).

3. Polilical liegisler, 8 cet. 1818 (vol. XVIII, p. 522). — Voir notamment la comédie de Cumberland, intitulée //if yeu>.

Sampson, le grand banquier du temps de la guerre de Sept Ans, dont le fils est devenu pair d'Irlande; les deux frères Goldsmid, dont la grandeur s'est écroulée en 1810; Nathan Meyer Rothschild enfin. Intermédiaire entre le gouvernement anglais et les puissances continentales, toutes les fois qu'il y a un compte d'argent à régler, Rothschild est en 1815 le roi du Stock Exchange. Et ce n'est pas seulement à la Bourse que les juifs se distinguent. Gomperz est un bon mathématicien. Isaac Disraeli, le père du futur homme d'État, est un littérateur distingué. Ricardo est le chef de la nouvelle école économique. Mais on ne saurait dire qu'aucun de ces individus, financiers ou intellectuels, se livre, en tant qu'Israélite, à un prosélytisme quelconque, religieux ou politique, pacifique ou révolutionnaire. Souvent même ils abandonnent leur religion : la famille de Gideon Sampson est devenue chrétienne, Isaac Disraeli laisse baptiser ses enfants, Ricardo se convertit ^ Bref, les juifs ne semblent pas exercer, en tant que constitviant un groupe défini, une action d'ensemble sur la société religieuse. Par où leur groupement se distingue de deux autres groupements qui, l'un et l'autre, exercent une profonde influence sur les destinées morales de l'Angleterre, et sur lesquels, par conséquent, il nous faut nous appesantir davantage : ce sont, d'une part, les presbytériens d'Ecosse, et, d'autre part, les catholiques de Grande-Bretagne et d'Irlande.

La prédication méthodiste n'a guère exercé LES PRESBYTERIENS ,, .. ,1,1^ j A?r 1 <• •.

n'FfO^SF d action au nord de la Iweed. Wesley a lait

souvent le voyage d'Ecosse; mais son Journal de route, au cours de ces expéditions septentrionales, trahit l'impression qu'il est ici dans un pays étranger dont il s'efforce à grand'peine de comprendre les mœurs et les besoins^. Whitefield a prêché en Ecosse avec succès; il y a dirigé, avec l'assistance d'un certain nombre de ministres presbytériens, de vastes revivais^. Il reste cependant que le méthodisme ne s'est pas implanté en Ecosse : c'est tout au plus si, en 1815, on y compte 9 000 méthodistes*, contre 200 000 méthodistes anglais. Les sermons de Wesley et de Whitefield n'ofi"raient pas en Ecosse le même caractère d'opportunité qu'en Angie-

1. Suivant Margoliouth, The Jews in England, vol. III, p. 125, ces conversions seraient fréquentes. A Manchester, beaucoup de Juifs, au lieu d'aller à la synagogue, fréquentaient les chapelles sociniennes, et même les églises chrétiennes orthodoxes.

2. Voir notamment Journal, 2, 22 et 23 juin 1766 (Works, vol. III, pp. 239, 242).

3. Tyerman, Life of Whitefield, vol. I, pp. 497 sqq., et passim.

4. 6 000 membres, 9 000 y compris les enfants; 11 circuits; 18 preachers (Sinclair, Scotland, vol. IV, p. 9).

terre; TÉcosse avait d'autres traditions religieuses, d'autres aspirations.

L'histoire du presbytérianisme écossais, pendant toute la durée du xviii'^ siècle, c'est l'histoire de la lutte opiniâtre que se livrent deux grands partis ecclésiastiques, le parti « populaire >> et le parti « libéral ». Le parti populaire est le parti orthodoxe; il affirme l'obligation, pour tous les membres de l'Église d'Ecosse, d'accepter dans son intégrité le dogme calviniste. Mais on l'appelle « populaire », parce qu'il défend en même temps, contre les entreprises du parti adverse, le droit revendiqué par les fidèles d'élire leurs pasteurs : le calvinisme est la forme démocratique par excellence de la religion chrétienne. Or les prédicateurs méthodistes qui viennent d'Angleterre, peuvent-ils servir, dans l'Église presbytérienne, les desseins du parti populaire? Ou bien ils sont wesleyens, et par suite arminiens : c'est assez pour qu'ils soient suspects, aux yeux des piétistes écossais, d'hérésie, presque d'infidélité. Ou bien ils appartiennent au parti de Whitefield, et leur orthodoxie calviniste est indiscutable. Mais alors, en revanche, ils n'apportent aucune vérité nouvelle, et ne font qu'offrir, à un parti national fortement constitué, l'assistance, accueillie avec mauvaise grâce, d'un pays étranger. Sectateurs de Wesley ou de Whitefield, ils sont favorables à la forme épiscopale de gouvernement ecclésiastique, ou tout au moins indifférents en matière d'organisation ecclésiastique : d'où un manque d'harmonie entre leurs prédications purement religieuses et le zèle républicain des presbytériens orthodoxes. Ajoutons que les abus auxquels ils ont déclaré la guerre en Angleterre font généralement défaut en Ecosse. Ici un clergé pourvu de traitements convenables * s'acquitte de ses fonctions avec conscience : on ne connaît ni le cumul des postes ecclésiastiques, ni les curacies maigrement rétribuées, ni l'absentéisme des titulaires. Les méthodistes feront-ils à Edimbourg et à Glasgow de la propagande sabbatarienne? Bien au contraire, sur ce point, c'est l'Ecosse qu'ils offrent en modèle à l'Angleterre : la manière scrupuleuse dont les Écossais observent la loi du repos dominical est légendaire,

11 convient d'ajouter que, dans l'Église presbytérienne d'Ecosse, le parti populaire n'a cessé de perdre du terrain au profit du parti libéral. Une guerre, incessante, acharnée, se poursuit entre les deux factions dans ces assemblées demi-ecclésiastiques, demi-laïques, qui constituent l'organisation de l'Église. Les neuf cents paroisses d'Ecosse sont

1. Une loi de 1810 (.10 Geo. IIl, c. 84) a relevé à 150 1. le trailomcnt minimum d'un ministre écossais : le Trésor a fait les frais nécessaires (Grub, Eccl. Ilist. of Scotland, vol. IV. p. 15Ô).

divisées en « districts », ayant chacun son « doyen » laïque, son elder; et chaque paroisse est gérée par le conseil des elders, sous la présidence, la « modération », comme disent les Écossais, du ministre de la paroisse. Plusieurs paroisses réunies forment un Presbytery — un ministre et un elder par paroisse — ; et le Presbytery, cour ecclésiastique de second degré, jugeant en appel les questions tranchées une première fois par les conseils paroissiaux, a en même temps pour fonction essentielle d'apprécier les titres des candidats à l'ordination, de délivrer les « licences » de prêcher. Plusieurs Presbyteries groupés ensemble forment un « Synode » provincial. Enfin 1' « Assemblée générale » comprend des représentants de tous les Presbyteries, auxquels s'adjoignent des représentants de tous les burg/is royaux et de toutes les Universités.

Elle siège une fois par an à Edimbourg. Un Commissaire royal, le chef d'une grande famille, préside, après avoir ouvert les débats par un véritable Discours du Trône. Suit la discussion de l'adresse. Suit la besogne des commissions et des séances plénières, où l'on décide s'il y a lieu de soumettre à l'examen des Presbyteries telle ou telle question d'espèce ou de principe, d'organisation ou de dogme. Depuis que l'Acte d'Union de 1707 a privé Edimbourg de son Parlement, ce sont les querelles religieuses qui servent en Ecosse d'aliment à l'esprit de parti et aux passions politiques. Dans la vie sociale d'Edimbourg, la réunion de 1' « Assemblée générale » joue le même rôle que la session parlementaire à Londres ^ Par l'intermédiaire des Synodes et des Presbyteries, les querelles religieuses intéressent le pays tout entier, pénètrent jusqu'aux campagnes les plus reculées. Ainsi la religion contribue, avec l'étude du droit, à développer, en Ecosse, un esprit dialecticien et procédurier. Le christianisme des presbytériens écossais reste, à la différence de l'évangélisme anglais, raisonneur et argumenta teur ; et Wesley, dans l'observation de ce qui se passait en Ecosse, pouvait trouver une justification du sentiment de défiance qu'il éprouvait à l'égard de la dispute théologique : le raisonnement mène au rationalisme et à l'incrédulité.

La querelle entre les partis, dans l'Église d'Ecosse, se présente, nous l'avons dit, sous deux aspects. Elle porte en premier lieu sur le dogme; et, dès les premières années du xviii" siècle, les orthodoxes, les calvinistes, subissent des échecs. Il arrive que la majorité de l'Assemblée ou bien refuse de condamner des livres taxés par le parti orthodoxe d'arianisme ou de socinianisme, ou bien condamne des

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