John Sluart Mill, Autobiography , pp
rirlande tout entière : convertir l'Irlande catholique était son ambition avouée. Mais, si les méthodistes wesleyens, les méthodistes calvinistes plus encore, font des prosélytes en Irlande, c'est seulement parmi les colons d'origine anglaise ou écossaise, parmi les protestants des sectes, presbytériens ou quakers*. Wesley avouait que, sur cent catholiques irlandais, quatre-vingt-dix-neuf restaient fidèles à la religion de leurs pères; Wakefield, en 1814, déclare n'avoir jamais entendu citer un seul cas de conversion d'un catholique^.
Quand les prédicateurs ambulants du méthodisme, les Swaddlers, les Cavalry Preachers, comme on les appelle ici par sobriquet, s'en vont deux par deux à travers les villages, l'un prêchant en anglais, l'autre en irlandais, les prêtres catholiques interdisent expressément à la population de s'attrouper pour les entendre; si par aventure ils ne sont pas obéis, ils prennent un fouet, et dispersent l'assistance ^ En 1816, dans le comté de Kerry, une certaine Catherine Healy se fait appeler la « Sainte Femme », et prétend apporter au monde des lumières nouvelles sur le dogme chrétien. En Angleterre, elle aurait peut-être fondé une secte. Mais l'évêque de Limerick la condamne par un mandement lu en chaire, et Catherine Healy reste isolée*. En fait, à quels besoins répondrait ici l'évangélisme méthodiste ? Le bas peuple irlandais ne possède-t-il pas, à la différence du bas peuple anglais, un clergé pauvre, résident, consciencieux, un culte où le merveilleux abonde et qui parle chaque jour à son imagination*? La dévotion catholique reste imperméable au mysticisme protestant.
Or, la population catholique constitue, dans l'ensemble du Royaume- Uni, une minorité formidable. En Irlande, ils sont la majorité. Dans quelle proportion? C'est ce qu'il est difficile de dire avec exactitude. Ils seraient les quatre cinquièmes de la population totale suivant Newenham; les six septièmes, et même davantage, suivant Wakefield. Ils sont plus de quatre millions, plus de cinq millions peut-être'. C'est seulement dans le Nord-Est, autour de Belfast, que les protestants et les catholiques se balancent en nombre ; si l'on descend vers le Centre, l'Ouest et le Sud, les protestants ne sont plus qu'une poignée. La
1. Lettre à HIackwell, Dublin, 13 août 1747 {Works, vol. XII, p. 157).
2. Wesley, Journal, Lo août 1747 (IVorks, vol. II, p. 67). — Wakeneld, IreUmd, vol. II, p. 67. — Cette rareté des conversions sincères, populaires, ne contredit pas ce que nous avons dit plus haut (p. 190), sur les conversions intéressées et politiques, assez fréquentes au xviii" siècle dans les classtîs riches.