Ann. Reg., 1816. Chron., p
5. Voir d'intéressantes réflexions présentées par John Jebb à Southey en 1817, au moment où celui-ci prépan; sa vie de Wesley (Forsler, Life of Jebb, p. 134).
6. Sur le nombre des catholiques irlandais, voir Wakefield, Ireland, vol. II, p. 585 aqq., 591 sqq., 630-631. - Cf. Ed. Rev., juillet 1806 (vol. VIII, p. 317), cet. 1807 (vol. XI, p. 122).
population catholique se compose d'une vieille aristocratie, assez pauvre — elle a été dépouillée de ses biens par les envahisseurs anglais — , médiocrement cultivée, mais honorable et respectée ; d'une classe moyenne, où les riches sont nombreux, — ce sont ces graziers, ces middlemen dont nous avons parlé, haïs par les pauvres, méprisés par tous — ; enfin d'une plèbe immense, ignorante, misérable, superstitieuse et turbulente. L'organisation ecclésiastique a conservé la forme qu'elle avait au temps où l'Église catholique était l'Église officielle du royaume*. Vingt-six diocèses, administrés par quatre archevêques et vingt-deux évêques. Chaque diocèse régulièrement divisé en paroisses, administrées elles-mêmes par un millier de parish pinests, que plus de huit cents curâtes ou coadjutors assistent dans l'exercice de leurs fonctions. La servilité du bas peuple irlandais vis-à-vis de ses prêtres passe pour extrême; et un expédient auquel recourent souvent les propriétaires protestants consiste à les utiliser pour le maintien de l'ordre public. Si un vol est commis, c'est au prêtre qu'ils s'adressent pour trouver le coupable. Si des troubles populaires sont à craindre, c'est avec les prêtres qu'ils confèrent sur les meilleurs procédés à employer pour empêcher une insurrection. Les prêtres savent cependant que la docilité de leurs ouailles a ses limites.
Si les Irlandais aiment tant leur clergé, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont bons catholiques, c'est encore, et peut-être surtout, parce qu'ils voient dans leurs prêtres les défenseurs de leur nationalité. Assurément, l'Église catholique en Irlande n'a pas, comme l'ancienne Église gallicane, de privilèges consacrés. Tant qu'a vécu Charles- Edouard, le prétendant jacobite, c'est lui qui a fait les nominations; après sa mort, les officiers irlandais à la solde des grandes monarchies continentales ont donné à beaucoup de candidats, par l'intermédiaire des ambassades, d'efficaces recommandations. Mais vers 1785 la Congrégation de la Propagande a décidé que dorénavant il ne serait tenu nul compte des recommandations étrangères. Lorsqu'un siège épiscopal se trouve vacant, il est d'usage que le clergé du diocèse s'assemble, et « postule » la nomination d'un des leurs en remplacement du défunt; les évêques de la province se réunissent aussi et présentent au pape une liste de deux ou trois noms. Or, il n'arrive pour ainsi dire jamais que le pape néglige ces recommandations locales.
1. Sur l'orgaaisation de l'Église catholique en Irlande, voir Wakefleld, Ireland, vol. II, pp.' 548 sqq.; ci Mcm. and Corr. of Viscount Castlereagh, vol. IV, pp. 97 sqq. : Abstract of the returns of the several Roman Catholic Bishops of Ireland relative of the state of their church, 1801.
Dépouillé d'ailleurs de tous ses biens, le clergé catholique, en Irlande, est exclusivement rétribué par les libres contributions des fidèles : Wakefield estime que le peuple irlandais, en même temps qu'il paie la dîme à l'Église d'État, donne 500 000 1. à l'Église catholique'. Les évêques reçoivent des membres du clergé subalterne ce qu'on appelle le cathedraiicum, procuration, ou proxy : en général les prêtres paroissiaux donnent deux guinées, les curâtes une guinée. Ils grossissent encore leur traitement en se réservant, in commendam, le titulariat d'une ou de deux paroisses, en vendant des « licences » de mariage. Toutes ces ressources font, pour l'évêque le mieux rétribué de toute l'Irlande, un traitement de 550 1. ; le traitement moyen d'un évêque irlandais n'excède pas 300 1. ^. hes parish priests, qui eux-mêmes entretiennent à prix fixe les curâtes, reçoivent à Noël et à Pâques des contributions des fidèles, payées ^n espèces ou en nature, dont la valeur, variable suivant la fortune de chaque famille, va de un shilling à une guinée. Aux mariages, ils touchent quelque chose encore. La moitié de l'année, ils dînent chez leurs paroissiens. En moyenne, leurs émoluments, très différents selon les localités, peuvent être estimés à 651.'. La jouissance de ces revenus divers n'est, on le voit, garantie aux prêtres irlandais par aucune loi; ils se trouvent donc placés, financièrement, dans la dépendance des fidèles.
Parfois cette sujétion leur pèse. « Il faut, écrit l'un d'eux, que le prêtre suive le mouvement de la vague populaire, ou soit abandonné sur la grève pour y mourir de faim.... « Vivez avec moi, vivez comme « je vis; ne m'écrasez pas sous la supériorité de vos connaissances ou « de votre éducation; recevez avec gratitude ce qu'il me plaît de vous (( donner et sachez le gagner en conformant votre politique à la « mienne. » Voilà ce que le cottager laisse clairement entendre à son prêtre* ». Si différentes que soient leurs constitutions respectives, l'Église catholique en Irlande et l'Église presbytérienne en Ecosse offrent ce caractère commun, qu'elles sont deux Églises nationales. A défaut d'un Parlement propre, le paysan irlandais, comme le paysan écossais, trouve dans son Église la seule organisation qui oppose un obstacle infranchissable aux empiétemcmts du pouvoir central. Obéir à .ses prêtres, c'est, pour l'Irlandais catholique, un moyen, le seul qui