U 8 W. III, c. 21 ; 7 Aan. c
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livrer à TAmirauté, qui en fera des marins de la flotte, certaines catégories de vagabonds et de délinquants. La flotte de l'État devient ainsi, pour les grandes villes du Royaume-Uni, une sorte de bagne, ou de prison, à bon marché.: une grève éclate-t-elle dans un port parmi les équipages de la marine marchande, les armateurs et les agents de la presse se mettent vite d'accord pour enlever et faire disparaître les meneurs ^ Les marins obtenus par ces méthodes ne sont pas toujours les plus mauvais : les contrebandiers de la côte du Kent sont des pilotes très appréciés par les commandants de la marine britannique. Mais enfin que peut valoir, en règle générale et toutes exceptions faites, un équipage ainsi composé?
Ces ressources ne suffisent d'ailleurs pas à l'Amirauté. Il lui faut plus d'hommes encore; ne les trouvant pas en Angleterre, elle va les chercher au dehors. En 1793, le Parlement a suspendu l'opération d'un article du Navigation Act, qui imposait à tous les vaisseaux anglais des équipages purement anglais ^ : mais ce n'est pas seulement dans la marine marchande, c'est aussi dans la marine militaire qu'on a voulu faire venir, de tous les pays, des recrues. Vainement le Directoire décrète que tout marin non anglais fait prisonnier sur un vaisseau de guerre anglais sera puni de mort : menace puérile, puisque le Directoire ne fait jamais de prisonniers sur mer. En 1796, Gollingwood, qui croise devant Toulon, enlève sur des bateaux français un certain nombre de déserteurs et de prisonniers autrichiens, que Masséna transportait de Gênes à Toulon. Masséna allait en faire des soldats français, Gollingwood en fera des marins anglais. « J'ai dans mon équipage, écrit-il à un ami, un peu de tous les États d'Allemagne — des Autrichiens, des Polonais, des Groates, et des Hongrois — a molley tribe^l » Quand les Anglais se plaignent, un peu plus tard, que leurs marins désertent, et aillent chercher une vie plus lucrative dans la marine de
1. Whitbread dénonce le fait à la Chambre des Communes (1" juin 1814) : ... Three men had been impressed as riotous persons, at the désire of some other persons. Thus was this power of impress, illégal and oppressive as it was in itself, perverted from ils legitimate object. — Croker se défend : « The Adrairalty was innocent.... The exécution of the impress warrants restod with the offlcers of the ports only.... It was a favour to a master of a merchant ship, when the impress offlcers were obliged to take some men from his vessel, to allow him to choose those whom he would wish to remain (Pari. Deb., vol. XXVII, p. 1039). — Voir, d'autre part, Newcastle Chronicle, 20 fév. 1812 : Monday, near thirty riotous seamen were taken on the Tyne at Shields, and lodged safe in Ilis Majesty's ship Transit. The place of this port has frequently been disturbed, under pretence of demanding more wages; but now positive orders are given by the Admiralty to the commanding offlcer hère to impress such lawless hands, and send them to the Nore.
2. 33 Geo. III, c. 26, autorisant les vaisseaux de commerce à admettre des étrangers dans leurs équipages jusqu'à'concurrence des trois quarts.
3. A J.-E. Blackett, 25 sept. 1796 (Life, vol. I, pp. 43-44).
commerce américaine, les Américains répliquent qu'un nombre égal de leurs compatriotes sert sur la flotte anglaise. Collingwood, en 1807, avoue que le fait est exact ^ Encore une fois, quelle peut être la valeur militaire d'un pareil ramassis^?
En 1797, au moment où la flotte anglaise est à la veille de remporter ses plus éclatantes victoires, la révolte éclate dans toutes les escadres. Les troubles commencent sur l'escadre de la Manche, en rade de Portsmouth. Les marins de la flotte ont vainement présenté à l'amiral Rowe des pétitions demandant le relèvement de leur solde; pour obtenir satisfaction, ils se mettent, à proprement parler, en grève; et la grève, qui paralyse complètement, devant Brest et devant Cherbourg, l'activité de la marine britannique, dure un plein mois, du 15 avril au 14 mai. Le 20 mai, c'est l'escadre de la mer du Nord, mouillée près de l'embouchure de la Tamise, qui se met en état d'insurrection, jette les officiers dans les fers, proclame un simple matelot « Président de la République Flottante », bloque le port de Londres : elle ne capitule pas avant le 20 juin. Au mois de juillet, la contagion gagne l'escadre qui, sous les ordres de Sir John Jervis, croise devant Cadix ^ : en occupant les équipages par d'incessantes expéditions, en faisant les exemples nécessaires, en tenant compte aussi des justes revendications des marins, Jervis évite que la rébellion se généralise, que la flotte passe peut-être à l'ennemi : mais les désordres se prolongeront pendant quatre années encore. Il s'en faut de peu, en 1798, que les équipages révoltés du Pompée et du Neptune ne livrent les deux vaisseaux à l'ennemi : c'est ce qui arrive efl'ectivement la môme année pour un autre vaisseau, VHermione, devant Porto-Rico, et l'année 'suivante pour une corvette de vingt canons, devant Brest*. En 1801, lord Saint-Vincent constate encore « l'état déplorable de la discipline de la flotte^ ». Après la
1. Au Vice-Amiral Thornborough, 18 oct. 1807 {Life, vol. II, p. 66) : sur un petit nombre seulement de vaisseaux il compte 217 matelots américains.
2. On recourut encore au système des primes ofTertes à ceux qui s'engageraient volontairement (Brenton, Naval Hislory, vol. I, pp. 49, 168). Mais le procédé eut un succès médiocre. Voir Hrenton, Naval History, vol. I, p. 49 note : One of thèse wrelched objects, on coniing on board a ship of war wilh 70 1. bounty, wasseizcd by a Iwatswain's mate who, holding him up by the waistband of his trowsers, humorously exclaimed : « Hnro is a — that cost a guinea a pound ». There vvere few, if any, seamen among them; and the term « quota-man », or « lord-mayor's man », was supposcd to comprise every thing that was base and contemptible among sailors.
3. Collingwood à J. E. Blackett, 27 juin 1797 : ... The seamen, I am persuaded, would never hâve revolted from good ordcr : but consider, with such a fleet as wo havc now, liow large a proportion of the crews of the ships are miscreants of every description, and capable of every crime; and when thèse predominato, what evils may we not drcad from the demoniac councils, and influence of such a mass of mischief? (Life, vol. I, p. 63).
4. Brenton, Naval History, vol. Il, pp. 286, 435 sqq.; Chevalier, Marine française, vol. IV, p. 24.