‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 263 sur 387 · Overton, English Church, pp · texte numérisé non relu

Overton, English Church, pp

3. Lady Holland, Memoir of thc Rev. S. Smith, 1835, vol. I, p. 49.

Les villes immenses qui se bâtissent de tous côtés sont uniformément laides ; et les capitalistes qui les bâtissent ne souffrent pas de cette laideur. Quatre murs de brique percés de fenêtres, bientôt noirs de fumée, voilà, suivant la diversité de l'aménagement intérieur, une maison d'habitation, une usine, un lieu de culte. Ces maisons sans style s'alignent au hasard, et c'est ainsi que peu à peu, les rues s'ajoutant aux rues, les villages deviennent des bourgades, les bourgades deviennent des villes. Nulle intervention d'une administration centrale, nationale, provinciale, ou municipale; nul plan d'ensemble; nulle manifestation d'une volonté collective. « Plus tard, se demande en 1800 lady Holland, quand cette petite île sera retombée dans son état naturel d'insignifiance, quand elle aura perdu la puissance fictive que lui confèrent le commerce, les colonies lointaines, et toutes les sources artificielles de sa richesse, combien l'archéologue ne sera-t-il pas intrigué quand il cherchera, dans les ruines de Londres, les vestiges de sa grandeur passée! » Elle explique « la médiocrité de toutes choses en Angleterre », par l'esprit d' « indépendance » et d' « égoïsme » qu'engendre une civilisation commerciale : « en conséquence, nulle ambition, nul désir de transmettre par des chefsd'œuvre son nom à la postérité* ». Les frères Adam, qui sont architectes, observent combien la « bigoterie fanatique » et la « pourpre superstitieuse » du catholicisme romain ont été favorables en Italie à l'essor des beaux-arts. « Ni la forme de notre gouvernement, ajoutentils, ni la simplicité décente de notre religion, n'ont provoqué de telles dépenses d'énergie; il en sera probablement ainsi tant que nous demeurerons un peuple libre et prospère '. »

L'esprit tory, réveillé en Angleterre depuis l'avènement de George III, réagit contre cette indifférence à la beauté, contre cet excès d'individualisme piétiste et mercantile. Cependant les résultats obtenus sont médiocres : nous savons combien, en somme, la réaction tory a été peu efficace. S'agit-il d'architecture ecclésiastique? Il ne se bâtit pas d'églises; on laisse le champ libre aux sectes nonconformisles qui multiplient leurs prosaïques meeting -houses. S'agit-il d'architecture civile? Le pouvoir se heurte à la jalousie et à la parcimonie de la Chambre des Communes; le percement de la somptueuse « Rue du Régent », qui va mettre en communication le palais de Carlton House avec les faubourgs du Nord, a .soulevé, soulève encore des protesla-

i. Journal, vol. II, p. 1S4.

2. The Works in Architecture of Robert and James Adam, voL 1, I77H, fasi inilc 4, Préface.

lions ^ Ajoutons que l'architecture du règne porte la marque de son origine tory : c'est un art académique et factice.

« Les constructions anciennes sont pour l'architecte ce que les œuvres de la nature sont pour les autres artistes : les modèles qu'il doit imiter, les règles selon lesquelles il doit juger". » Voilà le principe qui domine de jour en jour plus tyranniquementlegoûtdes architectes anglais. Le Somerset House de Sir William Chambers, construit à la fin du xviii^ siècle, était un monument de style classique, où l'invention s'alliait encore librement à l'imitation. Mais à mesure que le temps passe, on copie de plus en plus servilement les modèles gréco-romains. La « Société des Dilettantes^ », depuis près d'un siècle, subventionne des missions en Italie, en Grèce, en Asie Mineure. Davs^kins et "Woods publient leur « Baalbek », Adam son « Spalatro », Stuart son « Athènes ». Tous ces documents archéologiques servent de guides aux architectes anglais, La bourgeoisie des grandes villes suit l'impulsion donnée. Quand il lui faut un hôtel de ville, une bourse, un établissement public de crédit, elle plante au hasard, dans le chaos des rues étroites, un faux temple antique, livré sur commande par un membre de l'Académie Royale. A la Banque de Londres, les hommes d'affaires, après avoir passé sous l'Arc de Constantin, vont toucher leur argent dans le temple romain du Soleil et de la Lune.

Il est plus surprenant que les constructeurs anglais n'aient pas su créer un style original d'architecture domestique, adapté aux besoins de l'existence si belle, si large, si libre, que les grandes familles mènent sur leurs domaines. Plus de deux cents châteaux ont été construits au cours du xviir siècle; en 1815, le mouvement ne s'est pas ralenti. Mais tous ces édifices seigneuriaux ne présentent qu'un faible intérêt artistique. Dira-t-on que l'Anglais du xviii'' siècle, aristocrate ou bourgeois, est un individualiste, qu'il dédaigne d'étaler ses richesses aux yeux de l'étranger, qu'il réserve pour l'intérieur de l'édifice l'ingéniosité des dispositions et le luxe de l'aménagement? Le Hall central, invisible du dehors, adaptation du Patio méditerranéen à un climat froid et pluvieux, n'est-il pas en effet la grande innovation de l'architecture domestique anglaise*? Explication plausible si l'extérieur du château anglais était dépourvu de prétentions. Malheureusement les propriétaires cèdent aux suggestions de la corporation des

L H. of C, 15 février 1816 (Pari. Deb., vol. XXXII, pp. 576-577).

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