mars 1823 (Àrchibald Conslable, vol. IIl, p
le public? Constable s'inquiète parfois : un de ses confrères Tavertit que « les billets de la Banque d'Angleterre baissent quand il y a excès d'émission ^ » Mais alors ce n'est plus l'éditeur qui pousse l'auteur, c'est l'auteur qui entraîne l'éditeur. « Je suis franchement hostik, déclare Walter Scott, à toute interruption dans ma production. J'ai cinq ou six sujets en tête.... Une autre personne peut entrer en lice; il me faudrait donner alors de furieux coups d'aviron pour la rattraper.... Je suis encore jeune, sain et vigoureux : dans deux ou trois ans, qui sait où j'en serai '^Z » Ainsi courent les deux hommes d'aflaires, emportés l'un par l'autre vers la catastrophe finale.
Les écrivains sont devenus de riches bour- LES ROMANCIERS • t. , • i , ,• ,,
geois. Ils n appartiennent plus a la clientèle
du roi ni de l'aristocratie. Ils ne dépendent plus que de leurs lecteurs. C'est pour eux que, d'accord avec les éditeurs, ils fabriquent les produits dont ils supposent que la vente sera plus rémunératrice. Le public demande des romans : auteurs et éditeurs répondent à cette demande par une offre presque surabondante. Il paraît plus de romans ,>^ dans les premières années du xix* siècle qu'il n'en paraissait au teriips de Fielding, de Richardson, de Smollett et de Sterne. Mais le public ne demande pas en 1815 les mêmes romans qu'au milieu du xviii*' siècle. En conséquence, le genre s'est profondément modifié.
Horace Walpole a inauguré une révolution littéraire le jour où, on 1764, il a publié son « Château d'Otrante ». Roman imbécile, qui ne vaut pas mieux, littérairement, que ne vaut, en architecture, le château gothique de Strawberry Hill; il faut pourtant en expliquer le grand succès. Walpole, un dilettante et un sceptique, a eu le sens de l'opportunité ; il a compris que le moment était venu de réagir contre le prosaïsme du roman anglais, d'une part, et, d'autre part, contre le classicisme français. 11 a, du premier coup, planté le décor du roman fantastique, « romanesque » ou <v romantique » : un château féodal, dont une aile ruinée est inhabitée, ou habitée seulement par un spectre. Il a distribué les rôles : l'épouse opprimée, l'époux persécuteur, l'innocent séquestré, le domestique poltron et bavard. Il a formulé les recettes qui, pendant cinquante ans, vont permettre aux romanciers de 1' « école de la terreur » de jeter l'effroi dans l'âme des lecteurs, à coup sûr et sans grand effort. Miss Clara Reeve, avec son OUI English Baron, « histoire gothique », a marché la première dans la voie frayée par Walpole. Sur ces entrefaites, d'autres causes