Lettre à Murray, 1815 (Smiles, Murray, vol. I, p
3. Quarterly Review, oct. 1813, art. IX. Emma (vol. XIV, pp. 192-193).
le roman de l'Angleterre tory, contre-révolutionnaire, anti-française, chevaleresque et romantique. Le roman de Miss Burney, de Miss Edgeworth, de Miss Austen, c'est le roman de la nouvelle Angleterre bourgeoise et vertueuse, éprise de respectabilité et de sens commun, soumise aux influences combinées de l'évangélisme et de l'industrialisme.
Tout à coup, en 1814, un roman nouveau fait sensation dans le monde littéraire. Il n'est pas signé, et des années s'écouleront avant que l'auteur se révèle. Il raconte les aventures d'un jeune homme à figure indécise et flottante — Waverley — qui, au milieu du xviii" siècle, lors de la dernière insurrection jacobite, ballotté entre les whigs et les tories, se trouve transporté tour à tour en Angleterre et en Ecosse, dans les Highlands et les Lowlands. Par les descriptions d'une société barbare et héroïque, par les histoires d'amour, par les récits de guerre qu'il contient, le livre amuse. L'auteur persévère, et Waverley ouvre la longue série des « romans historiques » de Walter Scott.
Est-ce le roman a romantique », compromis par les extravagances de l'école de Mrs. Radclifl'e, qui ressuscite sous une forme nouvelle? Incontestablement l'œuvre de Walter Scott répond aux mêmes besoins; mais si Walter Scott renouvelle le roman romantique, c'est parce qu'il le rapproche du réel. Faire pour l'Ecosse ce que Miss Edgev^^orth avait fait pour l'Irlande *, utiliser la forme romanesque pour décrire un milieu social, pour raconter, avec autant d'exactitude que possible, l'histoire d'un temps et d'un pays, tel fut, il nous le déclare expressément, son dessein lorsqu'il publia Wavei'ley '^. Il est d'usage d'établir une antithèse radicale entre le roman de Walter Scott et celui de Balzac; en vérité cette antithèse est forcée. Non seulement il y a beaucoup de romantisme encore chez Balzac, mais il y a déjà beaucoup de réalisme chez Walter Scott. Au fond Balzac est, à beaucoup d'égards, le successeur et le disciple de Walter Scott : il transpose seulement le système de celui-ci, applique à la société contemporaine la méthode du roman historique, appliquée par Walter Scott aux temps passés. Il manque à Walter Scott la profondeur, le génie de Balzac; la psychologie des héros des Waverley Novels est tout juste à la portée de l'adolescence; et c'est elï'ectivement parmi les