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LES POETES

du roman anglais, a provoque la naissance de

l'école de la terreur, a exercé, dans l'histoire de la poésie anglaise, une action du même ordre, mais plus décisive et plus profonde. L'imagination des poètes a brisé les cadres du classicisme français, inventé des rythmes plus libres, cherché dans le moyen âge féodal et chrétien de nouveaux thèmes. L'origine allemande de ce mouvement romantique est manifeste : Walter Scott a fait ses débuts de versificateur en traduisant des ballades allemandes. Puis Coleridge, en publiant sa Christabel, a montré qu'il était possible aux poètes anglais d'exploiter, à la manière des poètes allemands, le vieux fonds des légendes nationales. Walter Scott s'est mis alors à éditer de vieilles ballades écossaises, jusqu'au jour où, se servant à son tour du rythme irrégulier que Coleridge avait employé dans Christabel, il a publié coup sur coup son Lay of ihe last Minstrel, sa Lady of the Lake^ son Marmion. Brefs romans d'aventures, où le décor est pittoresque, où le surnaturel intervient parfois. L'auteur est-il un grand poète? Il se défend d'en avoir l'ambition*. Mais ses vers sont vivants, dramatiques. Ils obtiennent un succès inouï. Les imitateurs surgissent en foule, provoquent bientôt la lassitude : brusquement un nouveau bric-à-brac vient prendre, dans la poésie anglaise, la place du bric-à-brac féodal mis à la mode par Walter Scott.

Les Anglais commencent à s'apercevoir qu'ils ne sont pas exclus, par la politique napoléonienne, du continent européen tout entier. Une armée anglaise n'a jamais quitté la Sicile. Une autre prend pied au Portugal. De garnison en garnison, on peut gagner la Grèce et, par delà la Grèce, Constantinople, le Bosphore, la porte. de l'Asie. En 1809, le jeune lord Byron, mécontent de l'accueil que son premier volume de vers a reçu, part, en insultant ses critiques, à la décou-

1. Rokeby, Préface : I shall not, I believe, be accused of ever having àttempted to usurp a superiority over many men of genius, ray contemporaries; but, in point of popularity, not of actual talent, the caprice of the public had certainly given me such a temporary superiority over men, of vvhom, in regard to poetical fancy and feeling, I scarcely thought rayself worthy to loose the shoe-latch. On the other hand, it would be absurd affectation in me to deny, that I conceived myself to understand, more perfectly than many of my contemporaries, the manner most likely to interest the great mass of mankind.

verte de TOrient. D'autres littérateurs anglais avaient déjà cherché là-bas des sujets d'inspiration. Le Vathek de Beckford était beaucoup moins un conte moral à la façon de Voltaire qu'un splendide récit asiatique; et Southey travaille à son Kehama. Mais Byron le premier révèle aux Anglais la civilisation méditerranéenne comme une réalité magnifique dont chacun peut, s'il veut, se donner le spectacle, où chacun, s'il en a l'audace, peut aller jouer un rôle actif. Les deux premiers chants de Childe Harold sont le récit de son voyage. Le Giaour paraît en mai 1813, la Fiancée (TAbydos avant la fin de l'année, le Corsaire au commencement de 1814, et, dans le courant de la même année, Lara. Le public anglais se familiarise avec un nouveau décor, un nouveau jargon : le Rhamazan et le Baïram, les Maugrebins et les Mamelouks, les Caïques et les Tophaïks, les Yatagans et les Jerreeds. Il apprend, avec notes à l'appui, qu'un émir se reconnaît à sa robe verte ^ et que, lorsqu'un Turc se met en colère, « sa barbe se frise de rage^ ». « Je me soucie de ma poésie comme d'une pomme, écrit Byron à son éditeur, mais pour ce qui est du costume et de mon exactitude en ces matières, je suis prêt à me défendre avec acharnements » En six mois, la mode poétique a changé. A Childe Harold, Walter Scott a répliqué par Rokeby, puis il a été submergé. Il renonce aux vers pour la prose; Byron le détrône, et se sacre roi à sa place. Sir Walter reigned before me...

Mais du romantisme de Walter Scott au romantisme de Byron il y a plus qu'un changement de décor. La poésie de Byron est éminemment personnelle, et la philosophie qu'il met en vers fait antithèse au vertueux idéalisme de Walter Scott. « Childe Harold », c'est Byron lui-même; et Conrad le Corsaire, c'est une incarnation orientale de Byron. Puis le Corsaire devient Lara. Quel pays habite Lara? A quelle époque appartient-il? Byron renonce au décor oriental, à toute espèce de couleur locale. Lara prépare directement Manfred et Caïn, poèmes philosophiques de la révolte, où se concentre un individualisme satanique.

Le héros byronien brave toutes les autorités, les rois, les grands, les riches : il pousse à l'insurrection les gueux d'Angleterre, les Grecs du Levant. Il méprise d'ailleurs cette tourbe d'opprimés à l'égal de leurs oppresseurs. Le chef d'insurgés se dégoûte du pouvoir même qu'il exerce : despote silencieux, Conrad disparaît une nuit, abandonnant pour toujours à ses destinées la horde de brigands sur laquelle il

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