DE LA FLOTTE
LES OFFICIER "S autant a désirer, est-ce que 1 excellence des
états-majors compense ces vices d'organisation? Les Anglais le croient et, à bien des égards, ont raison de le croire. S'il faut, en principe, pour devenir officier de marine, appartenir aux classes dirigeantes de la nation, à l'aristocratie ou à la genb^y, la règle n'est pas absolue. Il n'est pas nécessaire d'être noble pour devenir aspirant; il n'est pas même nécessaire d'être riche, il suffit d'obtenir l'agrément d'un commandant ^. Un petit garçon, âgé de quatorze ou quinze ans, parfois de onze ans seulement, est confié à un parent, à un ami, commandant d'une frégate ou d'un vaisseau de ligne. A bord, sous la surveillance de son patron, il apprend tout à la fois la théorie et la pratique de son métier. Il sort quatre ans comme landman ou able volunieer, deux ans comme midshipman ou masler's maie, et se trouve alors, après six années révolues, mûr pour passer
1. The Natural Defence of an Insular Empire, cité ap. Quarterly Revicw, art. cité, vol. IV, p. 32». — Autres critiques : miss Edgeworth , Patronage, chap. xxni; — //. o/C, 18 mars 1824; pétition de G. W. Rutl(!r; discours do Hume et de Sykes (Part. Deh., nevv séries, vol. X, p. 1220). — Ed. Rcv., octobre 1824 : art. VIII : Abolition of Impressinenl (vol. XLI, pp. l.")l sqq.).
2. H. of C, 24 avril 1815 : discours de Whitbread (Pari. Deb., vol. XXX, p. 812).
:j. Un order in council a même défini les conditions dans lesquelles un qunrtierinaltre ou un pilote peut devenir lieutenant sans avoir passé par le rang d'aspirniil (Adolplius, liritixk Empire, vol. H, p. 233) : et on cite le cas du capitaine Coghlan (|iii appartenait à la marine marchande avant de passer sur la flotte de triierrc cl de (li'venir un coinmandant émérite (Hrentoo, Naval Ilistory, vol. 11, p. 510; vul. \ , |i, |(»m.
ses examens de lieutenant. Jadis certains subterfuges permettaient de reculer le moment de l'embarquement : l'enfant était inscrit, à onze ou douze ans, sur le livre de bord, mais l'inscription n'était qu'une formalité, et deux ou trois ans pouvaient s'écouler avant qu'il s'embarquât effectivement ^ Mais ces pratiques ont complètement disparu; et ce sont les grands chefs qui, vers 1815, seraient disposés à s'inquiéter plutôt, de l'âge prématuré où commence pour trop d'enfants la vie du bord, et de leur insuffisante préparation théorique au métier d'officier de marine 2. Quelques-uns parmi les aspirants se rebutent, quittent la marine pour l'armée de terre ^ Ceux qui persistent comparent orgueilleusement leur initiation difficile avec la manière dont la faveur et l'argent donnent accès aux grades de l'armée.
A dix-neuf ans, l'aspirant passe les examens qui font de lui un lieutenant. Il peut ensuite devenir, soit à l'ancienneté après dix années révolues, soit à la suite d'une action d'éclat après au moins deux ans de service, commandant d'une corvette. Un an encore, et il passera peut-être post-captain, capitaine de frégate ou de vaisseau. Il ne lui reste plus alors qu'à obtenir le commandement des escadres : il deviendra, s'il le peut, commodore, puis contre-amiral, vice-amiral, amiral, enfin amiral de la flotte. Ces postes sont l'objet d'après compétitions : mais aussi les fonctions sont singulièrement ardues.
Il ne faut pas seulement que le commandant d'escadre soit un stratégiste habile, un bon tacticien. A la tête de sa petite cité flottante, qui peut compter jusqu'à dix mille ou vingt mille âmes, il faut qu'il se comporte en véritable chef d'État. Il faut qu'il fasse régner l'obéissance parmi les simples marins et l'harmonie parmi les officiers de tous les grades. Il faut qu'il assure la subsistance de tous, sache prévoir où et quand les équipages iront se munir, à terre, de la viande fraîche et de l'eau douce dont ils ont besoin. Il faut qu'il traite, au nom de sa flotte, au nom de sa patrie, avec les puissances dont il longe les