Ghalmers, System of Parochial Schools, pp
tous, savent encore lire; mais le nombre de ceux qui ne savent pas écrire va croissant. Il faut alors que les philanthropes interviennent pour suppléer, tant bien que mal, à l'insuffisance du système officiel, en ouvrant des écoles gratuites dans les quartiers pauvres, ou bien, comme Dale et Ow^en, en essayant d'éduquer les enfants dans les usines mômes où ils sont mis au travail. Ce n'est pas dans les régions industrielles, autour de la Glyde, c'est dans les campagnes, et même dans les landes sauvages du Nord, que les voyageurs observent un contraste surprenant entre l'absence de confort matériel, une saleté presque « irlandaise », et, d'autre part, une avidité générale de s'instruire, les écoles regorgeant d'élèves, chaque village ayant son cabinet de lecture et sa bibliothèque'. L'Ecosse intellectuelle, c'est la vieille Ecosse calviniste et rurale; elle a sa capitale à Edimbourg, ville non d'industriels et de marchands, mais de théologiens, de légistes et de professeurs.
Rien de semblable en Angleterre. Les endowed schools sont des fondations pieuses : des enfants pauvres y sont gratuitement instruits, parfois logés, vêtus, nourris. Les plus anciennes remontent au moyen âge. La plupart sont vieilles d'un siècle environ; ce sont les charity schools, fondées par la Society for Promoting Christian Knowledge ". Mais beaucoup ont dégénéré : le schoolmaster titulaire transforme son poste en sinécure, touche la plus grosse part du traitement, et fait exercer les fonctions pai* un suppléant mal payé^ Elles ne sont d'ailleurs pas assez nombreuses pour satisfaire aux besoins d'une grande nation : 150000 enfants seulement y reçoivent leur éducation*. Les dame schools sont des institutions plus modestes. De vieilles femmes se créent un supplément de ressources en gardant les petits enfants et en donnant des leçons de lecture, moyennant une rémunération de 3 d.. environ par semaine. Lorsqu'on 1819 on essaiera pour la première fois de dresser une statistique scolaire, le nombre des enfants qui fréquentent les dame schools sera estimé à 53 000 environ '. Reste enfin un troisième type d'écoles, les schools of industrg, créées,
1. U. Ayton, Voyage round Great Britain, voL II, pp. 117; vol. III (continuation par W. Dnniell), p. 17; vol. IV, pp. 78-7!).
2. Locky. llist. of Eiujland in Ihe XVIIItk ccntury, vol. III, p. 32.
•\. H. of C, 20 juin 181G (discours de Brougham, Pari. Deb., vol. XXXIV, p. 1233); 7 juin. 1817 (discours du mftmf. Pari. Deb., vol. XXXVI, pp. 1.303-1304).
i. A Digest of Parochial Heturns... Education of the Poor, vol. 111, p. 224. Chiffres pour 181i) : 16r)4.33 sur lesquels 125 843 reçoivent leur éducation dans les écoles qui sont qualifiées d' « ordinaires », 3» .1H0 dans celles qui sont (lualiflées de « nouvelles » (sur le sens de cette appellation, voir plus bas, p. 508).
.'). Chiffre exact : .')3 624 {A Digest..., vol. III, p. 224). By « Dames Schools . are meant — explique l'avant-propos — not only Ihoso kept by females, but olso preparatory schools for very young childrea generaliy ».
dans certaines localités, pour donner quelques rudiments d'instruction, enseigner un métier aux enfants des indigents assistés. Mais on se rendra compte du médiocre développement pris par le système des schools of industry, si l'on considère que, sur 194 914 enfants, âgés de cinq à quatorze ans, et recevant l'assistance de la Loi des Pauvres, 21 600 seulement vont chercher dans ces écoles une éducation très imparfaite*. Et voilà les seules ressources dont l'Angleterre disposait, au xviii'= siècle, en matière d'enseignement primaire.
Bien des réformateurs assurément, depuis cinquante ans, s'émeuvent de cet état de choses : Adam Smith, professeur à l'Université de Glasgow*, puis Malthus ^ proposent l'Ecosse en modèle à l'Angleterre. Il semble même que les circonstances offrent au législateur anglais un moyen d'établir un système d'instruction primaire plus généreux que le système écossais. Au moment où Sir Robert Peel et Robert Ow^en utilisent les cadres de la vieille Loi des Pauvres pour organiser un commencement de protection du travail des enfants, ne serait-il pas possible de procéder de même pour l'organisation de l'enseignement populaire? de considérer l'instruction primaire comme un cas particulier de l'assistance publique? d'ouvrir partout des écoles gratuites, dont le Poor Rate paierait les frais? Mais c'est en vain que Pitt, en 1796, dans son grand projet de réforme de la Loi des Pauvres, propose la généralisation des « écoles d'industrie* ». C'est en vain que Whitbread, abordant dix ans plus tard les mêmes problèmes, demande l'ouverture, dans chaque paroisse, d'une école où les enfants, de sept à quatorze ans, auraient droit à deux années d'enseignement gratuit^. Le bill de Pitt n'est pas même mis aux voix. Le 6/// de Whitbread, voté pour la forme par la Chambre des Communes, est rejeté par la Chambre des Lords, Une seule intervention, très indirecte, de l'État, est à noter : en 1812, sur la motion de Wilberforce, le Parlement vote une loi en vertu de laquelle la Cour de Chancellerie pourra exercer son contrôle sur les endowed schools, et veiller au