‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 299 sur 387 · Sir C. H. Maxwell Lyle, Eton Collège, pp. 321 s(|(j · texte numérisé non relu

Sir C. H. Maxwell Lyle, Eton Collège, pp. 321 s(|(j

bourgeoise, si le groupe des amis de Bentham, commencent à protester contre un enseignement dénué de tout caractère « utilitaire », mal adapté aux besoins d'un siècle positif, les parents dont les fils fréquentent les public schools sont insensibles à ces reproches. Ils n'élèvent pas leurs fils pour le négoce. Ils sont indifférents à la science. Ce qu'ils apprécient dans les grands internats de leur pays, c'est un système d'éducation aristocratique et virile, si tant est que l'on puisse parler de système, là où règne plutôt le mépris de tout système .

Les maîtres dirigent les classes, interviennent en cas de désordres graves pour donner le fouet aux délinquants; mais, le reste du temps, ils livrent les élèves à eux-mêmes. Point de maîtres d'études, chargés de veiller perpétuellement au respect de la discipline. C'est une tâche qui incombe aux « grands », à ceux qui font partie de la « Sixième Forme » : ils constituent, dans le public school, le sénat, l'aristocratie dirigeante. Peu ou point de domestiques : il faut que les élèves se tirent d'affaire tout seuls. Les plus jeunes, ceux des « formes » inférieures, sont les fags de leurs aînés; ils cirent les chaussures, font bouillir l'eau du thé, portent les balles et les battes de cricket. Une vaste corporation d'enfants, âgés de huit à dix-huit ans, qui se crée à elle-même ses lois non écrites, une république à peu près libre de cent, deux cents, cinq cents garçons, un club où l'on s'initie, avant même l'adolescence, aux mœurs d'une nation aristocratique : voilà ce quf est un public school anglais.

i L'aristocratie britannique est une aristocratie ouverte. Les public '^chools ne sont pas accessibles aux seuls fils d'aristocrates, fermés aux U roturiers ». Il suffit qu'un gros industriel, un riche banquier, renonce /pour son fils aux affaires, l'envoie dans un public school, puis dans une Université, pour que celui-ci fasse désormais partie de la classe gouvernante, et fraie sur un pied d'égalité avec les fils de nobles et de gentlemen qui ont été ses camarades. L'aristocratie britannique est en outre une aristocratie égalitaire , elle n'est pas hiérarchisée à la manière allemande; et c'est encore une leçon qui s'apprend au public \school. Le plus noble, le plus riche commence par élre fag; le plus ,' humble finit par commander; et le fait que tous appartiennent à la : même institution, en tirent le même orgueil, égalise les rangs comme •les fortunes ^ C'est lorsqu'un petit Anglais de huit ans quitte sa i famille pour entrer dans un public school que véritablement il est

1 . Rulwer, England and the English, p. 159 : Roys at a public school are on an equality ..., p. 160 : At no place are the démarcations of birth and fortune so faintly traced as ata school.

considéré par les siens comme entrant dans la vie K Son père ne Tembrassera plus sur les deux joues. Il le traitera dorénavant d'égal à égal, comme un homme traite un autre homme. Lorsque, dix ans plus tard, le même enfant, devenu adolescent, passera d'Eton ou de Winchester à Cambridge ou à Oxford, il aura le sentiment, poussé parfois jusqu'au ridicule, qu'il n'a plus rien à apprendre de l'expérience. Placez-le en face d'un contemporain qui, pour des raisons particulières, a reçu dans sa famille une éducation « privée », quel contraste entre l'assurance, l'infatuation de l'un, et la timidité, la gaucherie de l'autre ! Ils n'ont pas subi la même initiation, ils n'appartiennent pas au même monde-.

C'est en somme la vieille Angleterre du xviii« siècle qui s'épanouit dans les public schools; les nouvelles influences morales, que nous avons vues s'exercer avec tant de force sur les milieux bourgeois, n'ont pas encore pénétré ces foyers d'aristocratisme. De même que le type de l'enseignement n'est ni scientifique ni industriel, mais purement classique, de même l'évangélisme est ignoré aussi bien par les élèves que par les maîtres, des clergymen anglicans à l'ancienne mode; la religion n'est pratiquée, dans les public schools, que grossièrement ou point du tout. La morale qui règne ici est une morale de groupe, tyrannique et parfois barbare. Les brimades sont sévères, les fays sont souvent maltraités par les aînés qui leur commandent. Comme chez les jeunes Spartiates, certaines formes de brigandage sont permises, honorées ; et il faut que, dans les environs d'un public sc/iool, les propriétaires et les fermiers se résignent à de perpétuelles déprédations. Contre les maîtres les rébellions sont fréquentes : Byron a fait ses dél)uts de révolutionnaire dans la grande émeute de Harrow, dirigée en 1808 contre un directeur impopulaire'. Les sports sont pratiqués avec une sauvagerie anarchiquc : ils n'ont pas encore reçu l'organisation savante, presque pédantesque, qu'ils subiront d'ici quelques années. Le premier malch de cricket, entre Harrow et Etou, a eu lieu, en 1796, à l'insu des autorités des deux collèges, et la peine

1. Journal of lady Holland, vol. 11, p. 236 : On Monday, the i7th (janv. 1808), we took Chnrio» U) Eton. H(î is now launchcd into the sea of humau alTairs; Ihe world of a public, school ho will llnd very différent from that of the world seen from under the patenial roof.

2. Mis» Austen, Semc and Sensibility, chap. xzxvi : ... talking of his brother, aud lariionting the extrême gaucherie which he really believcd kept hini from niixing in proper society, he candidly and generously attribuled it inuch less to aiiy nalural dellciency, thnn to a misforliiiio of a private éducation; while he hirnself, Ihrough probably vvithout any particular, any inatcrial superiority by nature, inerely from the advantagc of a pulilic. school, wns as wcll fllled lo mix in Ihc world as any other man.

'.i. Percy M. Thorriloii, Harrow School and Surroundings, p. 210.

du fouet a été infligée à ceux qui y ont pris part K C'est en 1822 seulement qu'aura lieu le premier match officiel entre les deux établissements, et qu'Eton prendra des professeurs réguliers de cricket ^ Il ne faudrait pas cependant, croyons-nous, exagérer, comme sont portés à le faire beaucoup d'Anglais, l'importance des réformes qui vont être apportées, pendant la première moitié du xix® siècle, à la discipline des public schools. Lorsqu'en 1827 Thomas Arnold commencera son œuvre réformatrice, il procédera non en révolutionnaire, mais en adaptateur; il lui suffira d'utiliser une morale collective déjà existante sous une forme barbare, de faire appel à l'orgueil corporatif des petits et surtout des grands, de soumettre les usages de l'école au contrôle, parfois visible, plus souvent invisible, des maîtres, pour transformer Rugby, selon son expression, en une pépinière de « gentlemen chrétiens ».

Lenfant, sorti du schooL passe à l'Université. Il devient student dans une des quatre Universités d'Ecosse : Edimbourg, Glasgow, Saint-Andrews, Aberdeen, undergraduate à Oxford ou à Cambridge. A ces deux dénominations deux types distincts d'Université correspondent.

Les Universités d'Ecosse ne sauraient être LES UNIVERSITES , , .,, , j -x . i-

D'ECOSSE exactement considérées comme des établisse-

ments d'enseignement supérieure On y entre âgé de quatorze ans environ — plus jeune quelquefois : certains étudiants ont dix ans à peine, — au sortir soit d'un grammar school, soit même, dans la majorité des cas, d'une de ces écoles paroissiales où nous avons vu que l'on apprenait déjà le latin. Quatre années d'études sont de règle, ou, pour employer l'expression technique, quatre « sessions » consécutives. La première session a pour objet de compléter la connaissance très rudimentaire de la langue latine que les petits Écossais apportent à l'Université, et de commencer l'étude de la langue grecque. A partir de la seconde session, l'enseignement, sans cesser d'être élémentaire — il s'adresse à des enfants de quinze ou seize ans, — change de caractère. Le cours de logique est obligatoire ; et Gockburn nous raconte quelle révélation furent pour lui et ses condisciplines les premières leçons de Finlayson. « Avant de l'avoir entendu, peu d'entre nous savaient qu'ils étaient des êtres pensants;

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