‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 3 sur 387 · AVANT-PROPOS VIT · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VIT

vinces, fréquenter des milieux sociaux divers : une foule de choses qu'un Anglais, même non cultivé, sait en quelque sorte spontanément, il m'a fallu en acquérir la connaissance à grand'peine, d'une manière qui semble condamnée à demeurer factice. J'ai conscience de tout cela : et cependant les risques que j'ai courus valaient, j'en garde la ferme conviction, la peine d'être courus.

D'abord, dans la mesure même où la civilisation anglaise diffère de la civilisation de mon pays natal, je conserve, à l'égard de cette civilisation, une bienfaisante faculté d'étonnement. La société anglaise, pour un Anglais, c'est la société elle-même, la société par excellence : Buckle, dans un ouvrage qui fut célèbre il y a un demisiècle, ne considérait-il pas expressément toutes les civilisations humaines comme autant de déviations par rapport à la civilisation normale, qui est la civilisation britannique? Toute autre est l'attitude de celui qui observe un peuple du dehors, ou, si l'on veut, de l'étranger. Une foule de traits qui, familiers aux indigènes depuis leur naissance, font partie inhérente de leur nature intellectuelle et morale, lui paraissent surprenants — admirables ou choquants, peu importe, — et réclament de lui une explication : en vérité, la nation anglaise est peut-être, parmi les nations d'Europe, celle dont les institutions doivent, à beaucoup d'égards, être considérées comme offrant le caractère le plus paradoxal et le plus « unique ». Bref, parce que je suis Français, une connaissance du milieu anglais est plus extérieure qu'elle ne serait si j'étais né Anglais; mais en revanche, et pour la même raison, elle est peut-être plus objective.

Quelles que soient d'ailleurs les différences entre le milieu anglais et le milieu continental, il faut se garder d'en exagérer l'importance. Nous éprouvons une sensation de dépaysement radical, lorsqu'après nous être embarqués à Calais nous mettons pied à terre à Douvres : mais comme le contraste doit paraître insignifiant à un voyageur asiatique, venu de Calcutta ou de Pékin! Il nous semble qu'entre le catholicisme latin et le protestantisme anglo-saxon, il y ait un abîme : mais (ju'ost co à côté do, la distance qui sépare le christianisme euro- |i<'mii. pris (Il ItNx . (I l'iiiiidouïsme? En vérité, les peuples européens d'aujoHrd'Inii sf trouvent placés dans une situation étrangement

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