‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 302 sur 387 · J.-A. Froude, Thomas Carlyle, vol. I, pp. 20 sqq · texte numérisé non relu

J.-A. Froude, Thomas Carlyle, vol. I, pp. 20 sqq

toire, saii trouver, quoi qu'on dise, les moyens d'entrer en contact avec ses élèves. L'usage, introduit par Jardine à Glasgow, de consacrer une partie de chaque leçon, ou une leçon hebdomadaire, à des corrections de devoirs, à des interrogations orales, prévaut chaque année davantage ^ S'il n'existe nulle part d'examens éliminatoires, il existe en revanche à Glasgow, à Aberdeen, à Saint-Andrews, soit au début, soit à la fin de chaque session, des épreuves solennelles et publiques, propres à stimuler l'émulation des jeunes gens. Il en est de même pour les prix institués en faveur des étudiants qui ont rédigé les meilleurs essais : parfois les prix sont décernés par un vote des étudiants. Si le professeur écossais est moins absorbé qu'il ne l'est dans d'autres Universités par les besognes pédagogiques, les étudiants y gagnent d'avoir des maîtres éminents, à qui six mois de vacances donnent les loisirs suffisants pour s'illustrer par leurs travaux. Il est incontestable enfin que les études classiques sont négligées; mais c'est précisément parce qu'elles n'occupent pas ici une place prépondérante que l'enseignement des Universités écossaises présente un caractère philosophique et scientifique aussi marqué. Même le cours de rhétorique a quelque chose de dogmatique et d'abstrait. C'est, dirions-nous, un cours d' « esthétique » où, selon les termes d'un rapport officiel, le professeur s'efforce « de donner à la critique le caractère d'une science, en rapportant les productions du génie aux opérations de notre nature sensible et intellectuelle ».

Seules dans le Royaume-Uni, les Universités écossaises ont une école philosophique originale; la tradition en a été, continuée, depuis trois quarts de siècle, à Glasgow par Hutcheson, Adam Smith et Reid, à Aberdeen par Beattie, à Edimbourg par Dugald Stewart et Thomas Brown. Les philosophes écossais sont connus, dans l'histoire des doctrines, pour leur critique des systèmes de Berkeley, de Hume, et de Hartley ; il importe seulement de bien comprendre le caractère de leurs réfutations. Ils reprochent à Berkeley son subjectivisme, à Hume son scepticisme; en d'autres termes, ils rejettent les conséquences métaphysiques que l'un et l'autre ont cru devoir tirer de Tapplication de leur méthode. Mais ils ne rejettent pas cette méthode elle-même. Ils discutent les psychologues de l'école de Hartley, qui expliciuent toute la vie mentale par le mécanisme de l'association des idées, sans être pour cela des subjectivistes ni des sceptiques. Mais c'est unifiuement parce qu'ils trouvent les généralisations hartléiennes téméraires, et le système trop simple pour rendre compte de la com-

1. Appendiv lo Oeneral Report of Comnxissioners on the Univcrailies and Collèges of Scotland, 1831, p. 240.

plexité des phénomènes psychologiques. Thomas Brown, qui occupe depuis 1810 la chaire de Dugald Stewart, suit de tellement près les idéologues français, disciples de Condillac, qu'on Taccusera de plagiat ^ Sa fameuse analyse de l'origine de la notion d'espace est exactement conforme aux principes de l'école de Hartley, Bref, toute la question qui se débat entre Berkeley, Hume, les Hartléiens, et ces doctrinaires écossais qu'on a appelés les « philosophes du sens commun », est de savoir comment il convient d'appliquer une méthode à laquelle tous sont d'accord pour se référer, et qui est la méthode inaugurée par Locke. Pour tous, la philosophie se ramène à la psychologie; elle est essentiellement expérimentale et positive. Dans la grande « Dissertation sur le progrès de la philosophie » qu'il publie en 1815, Dugald Stewart, le plus illustre de tous les professeurs d'Ecosse, déclare qu'il faut entendre par métaphysique « non l'Ontologie et la Pneumatologie, mais la Philosophie Inductive de l'Esprit Humain*. »

L'enseignement des sciences est aussi bien organisé dans les Universités écossaises que l'enseignement de la philosophie. Tous les grands médecins anglo-saxons du xviii' siècle, à l'exception des frères Hunter, ont été des professeurs écossais. Le physicien qui, au xviii^ siècle, a le plus immédiatement préparé l'avènement de la chimie moderne et de la théorie moderne de la chaleur, Black, enseignait à Glasgow; et c'est dans le laboratoire de Black que Watt commença ses recherches, — Watt, le seul des grands inventeurs anglais qui ait procédé en savant plutôt qu'en praticien. Les travaux de Black sur la chaleur latente ont été continués après lui par Irvine, son élève, professeur à la même Université, puis par Crawford, dont les premières expériences ont été faites à Glasgow. Leslie, qui a publié en 1804 un livre classique « sur la nature et la propagation de la chaleur », fait un cours à l'Université d'Edimbourg. Robison, Playfair, sont des professeurs renommés. A tous, les Universités accordent des sommes importantes pour l'achat des appareils nécessaires à leurs expériences. En 1831, le professeur de physique d'Edimbourg, tout en se plaignant de l'insuffisance de son laboratoire, sera obligé d'admettre que nul établissement en Grande-Bretagne n'en possède qui soit comparable^.

Les Universités écossaises sont les foyers d'une vie intellectuelle intense ; les dernières années du xviii* siècle, les premières années du

1. Sir William Hamilton, Discussions on Philosophy and Literature, etc., 3* éd. p. 44.

2. Préface to the first Dissertation, Supplément to Enc. Brit., vol. I, p. 17.

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