Appendix to General Report ... 1831, p
XIX' siècle, marquent l'apogée de leur grandeur. Ce n'est pas seulement un public d'étudiants, c'est tout le public éclairé d'Edimbourg, qui vient prendre des notes au cours de Dugald Stewart*. Autour des Universités foisonnent les dehating socieiies où les étudiants, en vertu de traditions à peine contestées, ont pleine liberté de discuter toutes les questions qu'il leur plaît de soulever, qu'elles soient d'ordre théorique ou pratique^. Telle, à Edimbourg, VAcademical Society, fondée en 1796, et qui décline. Telle la Spéculative Society, qui remonte à 1764 et qui est en pleine prospérité. C'est à la « Spéculative » qu'aux environs de 1800 les jeunes gens des deux grands partis politiques se sont livré des batailles retentissantes : lord Henry Petty, que son père, le marquis de Lansdowne, avait envoyé passer quelque temps à l'Université d'Edimbourg, assistait à ces débats, et a appris à y connaître ceux qui devaient plus tard devenir, comme orateurs, comme publicistes, les principaux auxiliaires de l'Opposition libérale, Brougham, Horner, Jeffrey. Car les Anglais, s'ils critiquent l'organisation des Universités d'Ecosse, démentent leurs discours par leurs actes. Jadis il était de mode, dans les grandes familles, que les jeunes gens achevassent leur éducation par un « grand tour » fait sur le continent en compagnie d'un précepteur. Vingt-cinq années de guerre universelle ont rendu la chose impossible ; et c'est maintenant à Edimbourg que souvent, en sortant du public school, ils vont chercher un complément d'instruction, avant d'aller à Oxford ou à Cambridge. Nous avons eu l'occasion déjà de définir quel est en Ecosse l'esprit régnant, à la fois libéral et austère. Le calvinisme écossais donne à la molle Angleterre des leçons de sérieux moral et de sérieux intellectuel.
Tout autre est le système des études à ^^^^^^ Oxford et à Cambridge» . Voilà plus d'un siècle
CAMBRIDGE ^"^ ^^^ professeurs en titre n'y trouvent pas
d'auditoires pour suivre leurs cours : chaque Université dégénère en une simple agglomération de « collèges » autonomes, sortes de couvents laïques où logent ensemble les fellows célibataires et leurs pupilles. Nulle division du travail entre les collèges :
1. Cockhurn, Life of Jeffrey, pp. 119; Memorials, p. 174-175.
2. Cockburn, Life of Jeffrey, vol. I, pp. 51 sqq; Memorials, pp. 27 »q(|., 7-3-74; Memoirs... of Francis Horner, vol. i, p. 56.
3. Il faudrait, pour être complet, mentionner l'Université de Dublin. C'e«t une Université à un seul Collège, où les tuiorships dégénèrent en sinécures, les étudiants ayant pris l'habitude de ne pas résider, et de se présenter seulement h Trinily Collège pour y recevoir leur» degrés. Toute l'importance de Trinily Collège consiste en ce qu'il est une des forteresses du protestantisme anglais en Irlande.
chacun prétend enseigner tout ce qu'un étudiant doit apprendre. Peu ou point de division du travail entre les tutors d'un même collège : chacun a la charge d'un certain nombre d'élèves, dont il dirige toutes les études, soit par des leçons collectives, soit par des répétitions particulières. Le système semble devoir être défavorable à la culture. Les apologistes des Universités anglaises allèguent cependant qu'il présente de grands avantages moraux, établit un contact intime entre maîtres et élèves. Ils font encore observer que l'enseignement des Universités anglaises s'adresse à un public plus mûr que l'enseignement des Universités écossaises : le jeune Anglais a dix-huit ans, et non quatorze, quand il arrive à Oxford ou à Cambridge. Une chose est certaine, et c'est l'importance du rôle joué par les deux Universités dans la constitution intellectuelle et morale de la nation : le justifient elles? et comment'?
Oxford, c'est l'Université tory par excellence. Tous les mouvements nouveaux d'idées y sont suspects et détestés : le méthodisme, né à Oxford, mais qui, comme tant d'autres mouvements religieux, n'a pas prospéré dans son lieu d'origine; le jacobinisme des révolutionnaires français et de ceux qui, en Angleterre, sympathisent à quelque degré avec eux. Un certain nombre d'étudiants, suspects d'avoir subi la contagion v^resleyenne, ont été éliminés. Nulle ville anglaise n'a souscrit avec plus de zèle en faveur des prêtres français réfugiés. Malgré quelques manifestations d'indépendance — en 1809, lord Grenville, chef de l'Opposition, auteur de l'abolition de la traite, partisan de l'émancipation catholique, a été élu chancelier contre lord Eldon, confident et conseiller politique de George III, — c'est la « Haute Eglise » qui règne à Oxford. Non pas la « Haute Église » spiritualisée et quintessenciée qui va se révéler dans une quinzaine d'années seulement, mais la « Haute Église » du xviii'' siècle, platement conservatrice, inébranlablement apathique. Les témoignages de Gibbon^, de Bentham^, de Jeffrey*, ont rendu légendaire la torpeur intellectuelle d'Oxford. Aucune émulation entre les individus ou les collèges. Les postes d'undergraduates et de fellows ne sont donnés ni au concours ni même au choix; ils sont monopolisés par les grands /?M6/rc schools, qui les distribuent à leur gré et sans contrôle. Les étudiants riches
1. Voir un excellent tableau de l'enseignement qui se donne dans les Universités; défauts; progrès accomplis; comparaison avec les Universités d'Ecosse: Quarterly Review, juin 1827, art. VIII. State of the Universities (vol. XXXVI, pp. 216 sqq.). — L'article est de Charles Lyell (Smiles, Murray, vol. II, p. 267).
2. Autobiography, chap. m, éd. 1897, pp. 66-67. - 3. Works, éd. Bovvring, vol. X, pp. 36 sqq.