‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 306 sur 387 · Cambridge Universily Calendar for the year iSlU, p · texte numérisé non relu

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7. G. Dyer, Hist. of the Univ. of Cambridge, 1814, vol. I, p. 220.

grands hellénistes d'Europe. Marsh, l'adversaire des Sociétés Bibliques, est le seul membre de l'Église Anglicane qui essaie d'appliquer aux livres sacrés les méthodes de la critique allemande. Si l'on veut une preuve, extérieure assurément, mais concluante, de l'esprit positif qui règne ici, on la trouve dans le fait que les critiques de la « Revue d'Edimbourg », si âpres dans les attaques qu'ils dirigent contre l'Université d'Oxford, ménagent — ou négligent, ce qui est encore une manière de la ménager — l'Université de Cambridge.

Tout cela dit, il faut reconnaître que les méthodes suivies à Cambridge pour l'enseignement des sciences sont à bien des égards critiquables, et appellent des réserves comparables à celles qu'appelaient, tout à l'heure, les méthodes suivies à Oxford. Comme à Oxford, les cours scientifiques ne sont pas obligatoires; simples conférences qui s'adressent à un public bénévole, ils présentent un caractère extrêmement élémentaire. La chaire de Newton est occupée par le théologien Milner, et le facétieux Gunning, l'historien anecdotique de Cambridge, nous dit que ses leçons d'optique étaient de simples « séances de lanterne magique^ ». L'enseignement mathématique subit en outre ici l'influence dune tradition routinière : ce n'est pas la scolastique aristotélicienne comme à Oxford, c'est la scolastique newtonienne qui prévaut^. On ignore délibérément tous les progrès accomplis depuis Newton en matière de calcul différentiel et intégral, on s'obstine à employer la notation surannée des fluxions : de sorte que peu d'Anglais sont capables de comprendre les grands travaux récents de l'école française. La mécanique céleste, la physique mathématique, sont inconnues à Cambridge; par contre-coup, le développement de ces sciences se trouve compromis dans l'Angleterre tout entière.

Bref, l'Université d'Oxford, où des améliorations notables ont été apportées à l'organisation de l'enseignement, est exclusivement littéraire et classique, méprise ou ignore les sciences. L'Université de Cambridge, de tout temps plus sérieuse, subit le contre-coup des progrès récemment accomplis par les sciences de la nature, mais ne saurait à aucun degré être considérée comme étant le foyer d'une culture scientifique intense. Les deux Universités souffrent, en dernière analyse, d'un mal commun, qui tient à la nature du public qui les fréquente. Sans doute, à Cambridge, à Oxford même, il y a, depuis <jU('l()uos années, une élite qui travaille beaucoup, qui parfois peut-

1. (iiiiiiiiug, lieminiscences of Cambridge, vol. I, p. 2.')9.

2. Sur 00 fétichiHmn nowtonien et sos conHéqueiiccs, voir /id. Hev., jftnv. 1808, u" XXll, nrt. ]. La Place. Traité de Mécanique céleste (vol. XI, pp. 24S) ^*(|q.)•, — et Peacock, Life

of y„iin>i. p. 180.

être se surmène pour la préparation des examens*. Mais la masse des étudiants est délibérément oisive.

Les deux Universités ne forment pas de médecins. Les avocats apprennent à Londres leur métier. Si les futurs médecins et les futurs avocats viennent passer quelque temps à Oxford ou à Cambridge, c'est ou bien parce que les règles de leur profession les y astreignent, ou bien parce que cela est de bon ton, et que la corporation dont ils aspirent à faire partie est une corporation aristocratique. Tous les candidats à l'ordination passent par l'Université ; mais nous avons vu que l'Église officielle ne se piquait pas d'être, en Angleterre, une église intellectuelle. Reste l'immense majorité des étudiants, recrutés dans l'aristocratie et la gentry ^. L'ambition des meilleurs, c'est déjouer un rôle dans la vie politique et parlementaire du pays. Un bagage suffisant de généralités philosophiques et historiques, de procédés oratoires, de réminiscences classiques, voilà tout ce qu'ils demandent à leurs maîtres. Pour les autres, l'Université est purement et simplement un cercle de jeunes hommes, venus là, au sortir du public school, pour apprendre l'art de dépenser leur argent. Pendant les sept mois que dure l'année scolaire, les plus riches dépensent plusieurs milliers de livres. Il est difficile de vivre, dans une ville où ils font la loi, à moins de 100 1. ou 150 1. '; l'étudiant pauvre est condamné à mener une existence précaire et humiliée, dans ce milieu nécessairement peu favorable aux études sérieuses. On voit pour quelles raisons l'importance sociale des Universités d'Oxford et de Cambridge est immense, pour quelles raisons aussi elle est hors de proportion avec leur importance scientifique. Existe-t-il, en dehors des Universités, d'autres corps constitués, sur lesquels on puisse compter pour travailler au progrès de la science?

1. Voir le témoignage favorable donné à son père, en 1811, au sujet de l'Université de Cambridge, par John Campbell, le futur lord Campbell {Life of John, lord Campbell, vol. I, p. 265) : venant d'un Écossais, les déclarations ne sont pas suspectes.' — Cf. Lyell, Travels in North America, 1845, vol. I, pp. 286-287.

2. D'où le petit nombre des étudiants, .3 000 à Oxford et Cambridge en 1827, suivant Lyell (Qaarterly Review, vol. XXXVI, p. 240) contre 4 000 dans les Universités d'Ecosse. Encore Lyell ajoute-t-il que le nombre des étudiants dans les deux Universités anglaises a « beaucoup augmenté depuis peu ». Ward (letters to Ivy, 27 déc. 1812, p. 18.3) compte à Oxford « 7 to 800 young people, ... including the représentatives of at least half the great families in the kingdom. »

3. Nous adoptons un chiffre moyen entre le chiffre que Huber (i/ieEngr/is/i Universities, vol. II, pp. 329 sqq.) donne pour le xviir siècle, et celui que donne, pour l'année 1843 son traducteur Fr. Newman (ibid, p. 230, note).

Le Royal Collège of Physicians of London,

dont roriffine remonte au xvi* siècle, pourrait, CORPORATIONS , . ° . , , ^

SCIENTIFIQUES devrait, organiser à Londres, sous son con-

trôle, l'enseignement de la médecine et contribuer ainsi à Tavancement des sciences de la vie. Il a été fondé par Henri VIII sur le conseil de son médecin Linacre, afin de protéger le public contre les charlatans par la constitution d'une sorte de conseil de l'ordre médical. Huit Electi. se recrutant par cooptation et choisissant eux-mêmes tous les ans leur président, furent chargés de veiller à la discipline du corps des médecins de la capitale, des socii, ou « associés ». La constitution du Collège s'est hiérarchisée et compliquée progressivement; elle se compose maintenant d'un trésorier, d'un archiviste, d'un bibliothécaire, d'un bedeau, sans compter les quatre Censeurs élus annuellement dans les « Comices Majeurs ». Afin de lutter contre la concurrence, grandissante des médecins écossais, on a décidé que nul ne serait admis au rang d'associé, s'il n'avait pris ^ses grades à Oxford ou à Cambridge. Pour les autres, dont on est forcé de reconnaître les mérites professionnels, mais que l'on veut maintenir à un rang social inférieur, on crée un degré subalterne dans la hiérarchie corporative, le rang de permissif ou « licenciés ». Encore trouve-t-on moyen quelquefois d'obliger les candidats au grade de licenciés à passer deux mois à Oxford ou à Cambridge. Au total, une cinquantaine d'associés, une cinquantaine de licenciés.

Un tel exclusivisme relève incontestablement le prestige de la profession. Les médecins de Londres peuvent accumuler d'énormes fortunes : on en cite un, vers 1815, qui gagne plus de 200001. par an*. La profession médicale est peut-être un peu moins relevée que les deux autres professions « libérales - » ; il n'est pas d'usage qu'un cadet de l'aristocratie aborde la carrière médicale, un médecin n'entrera jamais à la Chambre des Lords. Mais un Dissident ne peut pas devenir « associé », puisqu'il faut appartenir à l'église anglicane pour prendre ses degrés à Oxford ou à Cambridge. Un « associé », au cours de ses années d'Université, s'est lié avec les futurs dignitaires de l'église et de la magistrature,

1. D'après Laetitia Ilawkins, Anecdotes, vol. L 1822, p. 149, 8 000 1. constituent un gros revenu pour un médecin à la fin du xviii' siècle; au moment où elle écrit, on cite le cas d'un médecin do Londres qui passe pour se faire un revenu de 22 000 I.

2. Beddoes, A Lelter lo Sir Joseph Banks on the ... Discontents ... in Medicinc. 1808, résumée par Stock, Mcmoir of ... Beddoes, p. 375 : Heuce ... has arisen the raarked distinction betvveen the Ihree libéral professions ... that while honours and distinctions avvait eminence or influence in the other two, the votary of medicino is considered as, of necessity, excluded from every public honour. — La distinction semble plus marquée encore en Irlande. Wakeflold, Ireland, vol. 11, p. 785 : It is exlraordinary that médical men in Ireland are not held in the same estimation, as gentlemen of the other libéral professions.

avec les membres de la classe dirigeante. Une fois établi à Londres, il appartient à leur monde. Il peut devenir knight, baronet. L'Angleterre, au début du xix'^ siècle, est, de tous les pays d'Europe, celui où les médecins jouissent de la plus haute estime.

Le Royal Collège of Physicians, avec les cent membres dont il se compose, est manifestement hors d'état de fournir aux provinces anglaises, et à la capitale elle-même, tous les médecins dont elles ont besoin. Les chirurgiens, membres d'une corporation subalterne, servent de suppléants aux médecins en titre, trop peu nombreux. Ils ont leur Boy al Collège, définitivement organisé en 1800*, gouverné par une « Cour des Assistants », vingt-trois membres au total, y compris le Master et les deux Governors. Nul ne peut être admis au Royal Collège of Physicians of London s'il reste membre du Royal Collège of Surgeons of England : ainsi se trouve marquée la hiérarchie des deux corporations. En retour, les chirurgiens excluent de leur « Cour des Assistants » quiconque cumulera l'exercice de leur profession avec celle d'accoucheur ou d'apothicaire. Cependant les apothicaires, qui se trouvent ainsi rélégués au dernier rang de Tordre médical, et dont on n'exige, pour la pratique de leur métier, nulle garantie professionnelle, se trouvent jouer, en Angleterre, un rôle très important. Car l'Angleterre manque de chirurgiens comme elle manque de médecins. Dans les campagnes, les apothicaires sont à peu près seuls à soigner les malades^. Dans les villes, à Londres même, les temps ne sont pas éloignés où les médecins ne voyaient jamais la plus grande partie de leur clientèle, se bornant à donner des consultations aux apothicaires qui venaient leur décrire les cas graves. Maintenant encore, les apothicaires restent, en temps ordinaire, les conseillers médicaux des familles : c'est seulement lorsque la maladie devient dangereuse qu'on se décide à appeler le médecin sur la recommandation de l'apothicaire *. L'apothicaire est au médecin ce que, dans la corporation des gens de loi, Vattorney est au barrister; et, de môme que bien des avocats célèbres ont fait leur éducation juridique dans des études d'attornies, de même c'est dans des boutiques d'apothicaires que

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