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L'ÉCONOMIE POLITIQUE. LA PHILOSOPHIE UTILITAIRE

C'est par le livre d'abord que l'instruction BIBLIOTHÈQUES ^^ ^^ bourgeoisie se fait d'une manière en

ET UNIVERSITES , ^ . . , ta • i •

POPULAIRES quelque sorte spontanée . Depuis un demi-

siècle, la littérature scientifique s'enrichit chaque jour de publications nouvelles, les unes plus techniques, les autres plus populaires, adaptées aux besoins de publics différents.

L' « Encyclopédie Britannique », conçue sur le modèle de l'Encyclopédie de Diderot et de D'Alembert, a eu, depuis 1771, cinq éditions. La première était en trois volumes, la cinquième, toute récente, comprend vingt volumes ; et l'éditeur Constable vient de commander aux plus éminents de ses contemporains un vaste « Supplément » à la

raineté absolue dans le monde des sciences, exercerait sur les autres sociétés une sorte de droit de suzeraineté. Mais le système ne se généralise pas. La « Société Géologique » refuse de suivre l'exemple de la « Société de Chimie Animale » et conserve entière son autonomie (Weld, Hist. of Royal Society, vol. II, pp. 237 sqq., 243. — Woodward, Hist. of Geological Society, pp. 25 sqq.). — Suivant F. Galton, Biometrika, oct. 1901 (vol. I, p. 9), la Geological Society serait née d'un mouvement de révolte consciente contre l'autoritarisme de Sir Joseph Banks.

dernière édition, recueil de notices approfondies qui visent à présenter un tableau complet de Fétat des connaissances humaines aux environs de 1815. La vieille Cyclopedia de Ghambers, qui jadis avait servi de modèle à « l'Encyclopédie » française, a eu elle-même plusieurs éditions; Abraham Rees, après l'avoir revisée une première fois en 1778, vient d'entreprendre, sur l'invitation de Longman, une nouvelle édition, qui commencera de paraître en 1819, et comprendra trente-neuf volumes.

A côté de ces œuvres d'ensemble, de nombreuses publications périodiques mettent le public au courant, année par année, presque mois par mois, du progrès des sciences. Le Journal de Nicholson a commencé de paraître en 1797*; le chimiste Thomson vient de fonder les Annals of Philosophy-. Le Repertory of Arts, Manufactures and Ayriculture, le Relrospect of Philosophical, Mechanical, Chemical and Agricultural Discoveries, sont deux publications de rang inférieur, où les éditeurs se bornent à donner la liste des derniers brevets, et des extraits de publications savantes, anglaises ou françaises. Le Philosophical Magazine de Tilloch vise à amuser en même temps qu'à instruire; et tel est, à un degré beaucoup plus marqué encore, le caractère du Repository of Arts, Literature, Manufactures, Fashion and Politics. Le genre de la vulgarisation scientifique est créé.

On comprendrait mal, à vrai dire, le succès de ces ouvrages si l'on ne tenait compte des innombrables institutions qui se fondent pour en faciliter la circulation. Des bibliothèques publiques s'ouvrent, permettent aux souscripteurs de lire une foule de livres qu'ils ne sauraient acheter individuellement ; et, si les circulating libraries sont des boutiques, dirigées par des marchands, où l'on débite de mauvais romans, les book clubs, au contraire, sont organisés par des associés désintéressés, qui visent à acquérir de bons livres et des connaissances utiles*. Peu de villes, grandes ou petites, qui n'aient leurs book clubs. Dans les centres importants, comme Liverpool, l'organisation des bibliothèques populaires touche à la perfection. VAthenaeum, avec ses huit mille volumes, a été fondé sur le produit d'une souscription qui, en une journée, a donné 4 000 1.. Cinq cents proprielors paient annuellement deux guinées et demie pour en avoir la jouissance. Le Lyceuni, dans la même ville, avec ses onze mille volumes, a coûté 11000 1. aux premiers souscripteurs; il suffit, pour avoir le

1. Tilnî coinpli'l : A Journal of Nalaral Philosophy, Chcmistry, and olher Arts.

2. Annals of l'hilosophy : or Magazine of Chcmistry, Mineralogy, Mcchanies, Nalural Uislory, Agriculture, and thc Arts, vol. 1, juiiv.-jiiiii 1813.

3. Voir, sur l'or/^ftniHiilion de oc» boolt clubs, Thc Critic, 7 uvril 1860, p. i35.

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droit d'y emprunter des volumes, de verser une cotisation annuelle d'une demi-guinée '. Étant donnés les progrès accomplis par l'industrie du livre, pourquoi les bibliothèques ne finiraient-elles pas, à la longue, par jouer le rôle que jouaient les Universités aux temps où les livres étaient rares, et où la parole était, pour les hommes, le moyen normal d'échanger leurs pensées? Mais elles offrent ce défaut fondamental de ne pouvoir être des centres de recherches originales, des laboratoires. D'ailleurs, malgré la multiplication des ouvrages imprimés, l'homme éprouve un goût persistant pour la transmission orale des connaissances. La province anglaise, pour répondre aux besoins auxquels les bibliothèques publiques ne répondent pas, fonde des institutions d'un type nouveau.

A Manchester d'abord, au centre de l'industrie cotonnière, une sorte d'académie locale, de club littéraire et scientifique se constitue. L'idée en appartient aux vieux Dissidents libéraux, aux hommes de l'Académie de Warrington, qui vient d'être transportée à Manchester : citons le nom du médecin philanthrope Perceval. La Liierary and Philosophical Society prend sa forme définitive en 1781, et organise en même temps le Collège of Arts and Sciences, où se donneront des cours sur « les mathématiques appliquées, et les principales branches de la physique », sur « la chimie, considérée dans ses rapports avec les arts et les manufactures », sur « la théorie et l'histoire des beaux-arts », sur « l'origine, l'histoire et le progrès des arts, des manufactures et du commerce, sur les lois commerciales et les règlements de divers pays, la justice commutative, et les autres branches de la morale commerciale ». L'Institution a pour objet l'instruction des jeunes gens de la ville, entre leur sortie du school et leur entrée dans les affaires; chaque conférencier est payé par ses élèves. Après deux hivers, elle avorte. Mais la Société persiste, elle commence en 1785 la publication de ses « Mémoires ». Elle devient glorieuse à partir du moment où Dalton lui communique le résultat de ses recherches.

Fils d'un paysan du Westmoreland, Dalton a été successivement moniteur d'école primaire, instituteur, professeur de mathématiques au Collège of Arts and Sciences; maintenant que le collège est fermé, il a pour seul moyen de subsistance les leçons privées qu'il donne à Manchester, les conférences qu'il fait aux environs. La « Société Philosophique et Littéraire » lui fournit un laboratoire. Il n'y dispose que d'instruments médiocres, il est un expérimentateur impatient et super-

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