R. Aytoa, Voyage round Great Britain (1815), p
iiciel. Mais le fait même que ses appareils sant rudimentaires et les résultats obtenus approximatifs lui permet, dans bien des cas, de mettre sur le compte de l'instrument l'écart entre les résultats qu'il obtient et les exigences de l'hypothèse qu'il cherche à vérifier. Car il a le don de la généralisation scientifique; il est né, selon l'expression de son biographe, pour être « le législateur de la science chimique >>. Le succès récompense l'audace de ses conjectures.
L'étude de certains problèmes de météorologie l'amène à l'étude des vapeurs, et l'étude des vapeurs à l'étude des gaz. Seul ou en collaboration avec le docteur Henry, un médecin de Manchester, traducteur de Lavoisier et introducteur dans le Lancashire des nouvelles méthodes chimiques pour le blanchiment des tissus, il détermine les lois fondamentales qui règlent la dissolution des gaz dans les liquides et le mélange réciproque des gaz. Fidèle à la tradition newtonienne, il conçoit les gaz comme composés de particules, de « molécules » ou d' « atomes ». Ce mode de représentation, qui sert à expliquer le mélange des gaz, ne pourrait-il servir à expliquer leur combinaison chimique? Dalton, en 1802, constate que le gaz des marais et le gaz oléfiant contiennent, pour une même quantité d'hydrogène, des quantités de carbone qui sont entre elles dans un rapport multiple. Or cela va de soi, si l'on considère le carbone et l'hydrogène comme composés d'atomes, qui peuvent s'unir un à un, un à deux, un à trois, mais jamais dans des proportions intermédiaires, puisqu'on ne peut pas diviser un atome. Ainsi se trouvent introduites à la fois en chimie la loi des proportions multiples et la doctrine atomique, et du même coup la prévision devient possible en ce domaine. Connaissant le poids lelatif des « particules ultimes >), des « atomes », qui constituent la nature de certains corps, on peut prévoir sinon les propriétés, du moins la nature intime de toute une série de composés où les mêmes substances simples entrent à titre d'éléments '.
Dalton, en 1804, va exposer ses vues à Londres. Il n'y obtient guère de succès. Mais il reçoit la même année, à Manchester, la visite du chimiste Thomas Thomson, professeur à l'Université d'Edimbourg. Thomson n'est pas un inventeur : il n'a donc pas de préjugés personnels à opposer aux idées de Dalton. C'est un professeur, qui vient de publier un gros manuel de chimie en quatre volumes, dont le but avoué est de réagir contre le prestige exagéré de l'école française, et dr réhabiliter l'école anglaise^ : il se trouve donc porté à accueillir
1. Voir Vtixpoaii des vuo» de Daltou, par Uailoii, A new systein of chemical pliilosopliy, part. I, p. 2!1, chap. m. On Cliemical Synthesis.
2. A System of Chcmialry, 1" éd., 1802, vol. I, pp. viii sqq.
avec sympathie les vues nouvelles de son compatriote. Les critiques reprochent d'ailleurs à Thomson un goût excessif pour les hypothèses spéculatives sur la constitution de la matière * : c'est une affinité nouvelle entre son génie et celui de Dalton. Immédiatement, la doctrine atomique le séduit.
C'est à son instigation sans doute qu'en 1807 Dalton vient publiquement expliquer ses idées à Edimbourg et à Glasgow. Dans la troisième édition de son « Système de Chimie », parue la même année, Thomson expose la théorie de Dalton, que celui-ci n'a pas encore publiée*. La même année, au dîner du Royal Society Club, il essaie d'en faire comprendre l'intérêt aux savants de Londres; il convainc Wollaston, expérimentateur aussi minutieux que Dalton est généralisa leur audacieux; et Wollaston, en montrant que la loi des proportions multiples s'applique aux sels comme aux acides et aux alcalis, apporte à la théorie de Dalton une importante confirmation^. Gay- Lussac, en France, accepte la loi de Dalton et la complète par sa loi des volumes. Berzélius invente un système de notations abrégées pour exprimer les proportions multiples. De même que Lavoisier avait transformé en un corps de doctrine les expériences de Priestley, de même Dalton donne une forme plus rigoureuse aux théories de l'école de Lavoisier. Priestley était un unitarien. Dalton est un quaker. Tous deux appartiennent à la province anglaise, aux régions manufacturières du Centre et du Nord. On voit quel rôle a joué, dans l'élaboration de la chimie moderne, la combinaison de la culture protestante avec le nouvel industrialisme.
D'autres villes de province suivent l'exemple donné par Manchester. Il existe à Birmingham une Philosophical Society, fondée en 1800, propriétaire d'un immeuble depuis 1813 *. On s'y occupe « de philosophie naturelle, de philosophie morale, d'économie politique et d'esthétique ». On y fait des conférences de mécanique, de chimie, de minéralogie, de métallurgie. Newcastle possède une Literary and
1. Ed. Rev., avril 1804, n" VII, art. IX. Dr. Thomsori's System of Chemistry (vol. IV, p. 142).
2. Vol. III, p. 424: Though theauthor has not yet thought fit to publish his hypothesis, yet as the notions of which it consists are original and extremely interestiug, and as they are intimately connected with some of the most intricate parts of the doctrine of afflnity, I hâve ventured, with Mr. Dalton's permission, to enrich this vvork with a short sketch of it.
3. Les communications de Thomas Thomson, 14 janv. 1808 : On Oxalic Acid, et de W. H. Wollaston, 28 janv. 1808 : On 5uper-acid and Sub-acid Salts, sont liées l'une à l'autre, et ont, l'une et l'autre, pour objet de confirmer l'hypothèse daltonienne (Phil. Trans., 1808, pp. 63, 96). — Pour toute l'histoire de la propagation de la doctrine atomique, voir Th. Thomson, Hist. of Chemistry, vol. II, pp. 285 sqq.