‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 32 sur 387 · Pettigrew, Life of Nelson, vol. II, p · texte numérisé non relu

Pettigrew, Life of Nelson, vol. II, p

compensation pour les officiers que des combats glorieux ont laissés pauvres, le gouvernement tient en réserve les titres de noblesse, et des honneurs de toute sorte, médailles commémoratives, décorations militaires. L'ordre du Bain, qui ne compte en 1813 qu'un fort petit nombre de dignitaires, est une distinction très recherchée. Quant aux titres de noblesse, les règles selon lesquelles on les confère sont nettement fixées par l'usage. Un capitaine a-t-il, sur un ordre donné, accompli une action d'éclat, il reçoit le titre de chevalier, le knighthood. Un commandant d'escadre a-t-il fait preuve d'initiative dans son interprétation des ordres que lui donnait son amiral, et a-t-il été récompensé de son initiative par un succès décisif, ou bien encore a-t-il pris part en sous-ordre à une grande victoire, il devient baronet^. Il est permis enfin à un amiral, à un vice-amiral, à un contre-amiral, d'aspirer à la pairie. Si le nouveau lord est pauvre, une pension lui sera conférée, pour lui permettre de soutenir son rang. La liste des officiers supérieurs de la marine qui, sous le règne de George III, ont été promus à la pairie, permet de se rendre un compte assez exact des classes où se recrutent les états-majors de la flotte anglaise. Elle compte trois cadets de grande famille, trois de bonne famille : deux de ceux-ci, lord Collingwood et lord Duncan, appartenaient à la petite gentry provinciale. Deux sont fils de militaires qui ne parvinrent pas au grade de colonel. Deux sont fils d'avocats pauvres. Nelson et les deux Hoods sont fils de simples clergymen anglicans. Lord Exmouth est de naissance obscure : son père commandait un bateau chargé, dans le port de Douvres, du service de la postée

Autant donc le système appliqué par le gouvernement anglais au recrutement des équipages présente de défectuosités, autant paraît excellente, prise en soi, l'organisation du corps des officiers : l'apprentissage du métier est difficile, la carrière est ouverte au mérite, elle donne accès aux plus hautes dignités du royaume. Il n'en est pas moins vrai que les conditions où s'eflcctue l'avancement dans les états-majors de la flotte provoquent sans cesse, parmi les officiers, dcs^ plaintes, des querelles et des actes d'insubordination. L'opinion whig a toujours dominé dans la marine anglaise; on y considère que, l'armée de terre étant lu chose du roi, la flotte est la force parlementaire et

1. Voir une lettre curieuse de lord Saint-Vincont l'i lord Spcucor, 7 mars I7<.)D (Rrenton, Life, vol. II, pp. 348-34U).

2. On w peut considérer comme une pairie navale lo litre do baron Pierreponl ft viscount Newark, conféré en 1790 ù Charles Herbert Pierropont, ancien ?ost Captain, M. P. pour le coirité do Nollingham. — Si, d'autre part, aux (juiuze pairies navales anglaises on ajoutt; cinq pairies irlandaises, on constate que (piatre de ces nouveaux pairs irlandais appartiennent & de grandes familles : un seul, lord Shuldham, est fils d'un di'T^ymnn.

constitutionnelle par excellence : lorsque, il y a quelques années, le gouvernement a fait placer une couronne au-dessus de l'ancre dans les insignes de la marine, la chose a été, dit-on, ressentie comme une injure *. Ce sont les deux meneurs de la fraction la plus avancée du parti démocratique, lord Cochrane, lui-même un contre-amiral, et sir Francis Burdett, son ami, qui portent régulièrement à la Chambre des Communes les doléances des officiers de marine ^. Instinctivement, les gens de mer se défient des ministères, des bureaux, de l'intervention incompétente des terriens dans leurs affaires : et le whiggisme traditionnel de la flotte s'est renforcé depuis que le pouvoir semble détenu, à titre perpétuel, par le parti tory. Les marins savent l'influence que les considérations électorales exercent, à Douvres, sur le choix des pilotes : de là, prétendent-ils, tant de navires perdus en mer ou pris par l'ennemi ^. Ils se plaignent que les mômes influences s'exercent sur les promotions, et qu' « un trou dans la peau n'ait pas autant de poids qu'une voix au Parlement* ». Observe-t-on trop strictement les règles de l'ancienneté? C'est, disent-ils, qu'on veut habituer les jeunes gens de bonne famille à croire qu'ils ont droit, sans travail, à un rapide avancements Viole-t-on au contraire les règles de l'ancienneté? Ils crient à la faveur, à l'arbitraire.

Lorsque Nelson, en 1798, obtient le commandement de l'escadre de la Méditerranée, une véritable sédition d'officiers éclate, sous la direction des deux officiers supérieurs, Sir William Parker et Sir John Orde,

1. Moore, dans son journal (28 novembre 1818), rapporte le fait, sur le foi de Tierney, sans vouloir, il est vrai, s'en porter garant. Il continue : The Prince, at one time, thought of giving red vvaistcoats and breeches to the navy; at another time he is reported to hâve said, upon some consultation for a change of their costume : « D-n them; dress them now how^you will, you cannot make them look like gentlemen ».

2. H. of C, 10 juin. 1807 : Discours de lord Cochrane {Pari. Deb., vol. IX, pp. 754 sqq.).

3. Lord Saint-Vinceut à John Robinson, Esq., 30 mars 1801 (Brenton, Life, vol. II, p. 61). — Lord John Russell, English Government, éd. 1823, p. 416 : The navy, being under the direction of a cabinet minister, is not so purely conducted [as the army, under a Prince of the Royal Family]. Many an offîcer owes his advance, many a civil servant his place, to an élection interest. — Sir Charles Napier, The Navy, pp. 2, 22-24. — An Inquiry into the ... state of the ... navy, by an Englishman, pp. 23 sqq., et 44-43 : The vvholo numbcr of post-captains who compose the présent list amounts to about 840; of thèse I estimate about 450 to bave attained their rank from merit and long service, leaving 390, Avho I really believe bave risen purely by private patronage, and borough interest. — Il ne faut pas croire, d'ailleurs, que ces nominations de faveur soient de nature à rendre plus aristocratique le corps des officiers de la marine. Tout le contraire arrive, quand les nominations sont inspirées par des considérations électorales. « It is no disgrâce, continn* l'auteur, to the post-captains of the English navy, who bave many lords amongst them, that there are also the worthy offspring of tailors, shoemakers, farmers, ale-house keepers sailors, pilots, haberdashers, drapers, milliners, and in fact every calling under the sun. »

4. Lord GoUingwood au Capitaine Glavell, 20 oct. 1809 (Life, vol. II, pp. 387-388).

5. Brenton, Life of Saint-Vincent, vol. Il, p. 60; Life of CoUingwood, vol. II, pp. 313,

qui considèrent leurs droits comme violés*. Au même moment, lord Saint- Vincent, dans TAtlantique, déplore le désordre qui règne sur son escadre. « Esprits factieux dans les classes inférieures, mécontentement dans les classes supérieures^ », il faut qu'il fasse front des deux côtés à la fois, et dans une lettre écrite peu après, il attribue « entièrement à la licence des officiers' » l'insubordination des équipages. C'est ensuite Nelson devant Alexandrie, qui s'offense de voir donner un commandement indépendant à Sir Sydney Smith, ami personnel de Pitt. Trois ans plus tard, il s'indispose, parce qu'on le fait servir sous les ordres du vieux Sir Hyde Parker, dont il attribue la promotion au favoritisme politique. En 1804, froissements du même ordre, dans le Pacifique, entre Sir Edward Pellew et Sir Thomas Troubridge*. En 1811, une lettre du contre-amiral Fremantle au marquis de Buckingham nous montre toute une flotte en état de conspiration ouverte contre l'amiral Cotton, et attendant avec impatience le jour où un changement de cabinet mettra un autre amiral à sa place*.

Les plaintes des officiers sont-elles toujours fondées? Peut-on blâmer le gouvernement d'avoir, en 1798, envoyé Nelson vaincre à Aboukir? L'impartialité dont souvent l'Amirauté fait preuve paraît au contraire remarquable. Voici en 1794 Sir John Jervis et Sir Charles Grey, rrî^mirres influents du parti whig, placés par William Pitt à la tête de l'expédition organisée contre les colonies françaises des Antilles. Voici en 1809 lord Gochrane, le violent orateur populaire, chargé d'un commandement important. Mais, justifiée ou non, l'indiscipline des officiers est réelle. Elle ne s'est jamais manifestée par des signes plus visibles qu'après la victoire de l'île d'Aix, en 1809. Le contre-amiral Eliab Harvey, qui commande en second, se répand ouvertement en invectives, sur le pont du vaisseau-amiral, contre le commandant en chef, lord Gambier : il faut que celui-ci le fasse passer en conseil de guerre, et mettre en disponibilité. De son côté, lord Gochrane, dont les brûlots ont assuré la victoire, accuse lord Gambier d'avoir, par la lenteur de ses mouvements, laissé aux débris de la flotte française le temps de chercher un refuge dans la Charente. Rentré à Londres, il se

1. Voir une longue U'.llm de Coiliagwood. .ip. nniilon, Life of Saint-Vincent, vol. I, |)|). 42:5-420.

2. Lottro à Iftdy Spencer, 27 déc. 1708 (Bn'Dtr.n, Life, vol. I, pp. 30y-370).

3. Lettre à A. MncDoriald, 10 mai 1801 (Brcnlon, Life, vol. Il, p. 005); cf. lellro nu marquis de Clniiricnrdc, ibid., pp. 70, 07. — Cf. plus tard {Life, vol. II, |)p. 250-257; lettre au contre-aniirn! Murkham, U avril 1801) : My opinion has long been Ihat the supplies of fresh beef hav(! heen too fro(|U('nt; but n discontinuancc uuder me vvould produce a clamournmongst llie ofdcers, from whence ail our evils hâve originated, and you well know how soon «edilious expressions are conveycdfrom the ward-room lo the gun-deck.

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