Osier, Life of Admirai Viscount Exmouth, p. 218 sqq
5. Court of Entjland under the Prince fiegent, vol,;!, p[). 54-55; lettre du 1"' mars 1811.
déclare résolu, si on propose au Parlement de voter des remerciements à lord Gambier pour la victoire remportée, à voter et à parler, lui, membre de la Chambre des Communes, contre la motion : il faut que lord Gambier demande à passer lui-même en conseil de guerre, pour se justifier publiquement. Aucune loi n'empêche un officier en activité de faire partie du Parlement : on compte, en 1815, à la Chambre des Communes, dix officiers de marine, dont un amiral, trois vice-amiraux et trois contre-amiraux. Ils peuvent, dans l'intervalle des campagnes, prendre ouvertement le public à témoin de leurs querelles ^ La marine anglaise a su conserver, en dépit de la réaction tory, des traditions de liberté et de révolte, dont les manifestations sont déconcertantes pour le spectateur continental.
A ce tableau de l'esprit qui règne sur la flotte britannique, ajoutons un trait encore. Les marins révoltés de l'escadre du Nord se plaignent, entre autres doléances, « qu'on les empêche d'observer le Sabbat et qu'on permette aux violons de jouer le dimanche ^ ». Richard Parker, le chef des mutins, condamné à mort, donne à la flotte le spectacle d'une fin édifiante. Il boit un verre de vin « au salut de son âme et au pardon de ses ennemis », et s'agenouille pour prier ^. Nelson, après avoir donné ses ordres le matin de la bataille de Trafalgar, s'enferme dans sa cabine et compose une prière : « Puisse le Dieu tout-puissant, que j'adore, accorder à ma patrie, pour le bien de l'Europe entière, une grande et glorieuse victoire... Amen, amen, amen*. » Ce n'est pas ainsi que parleraient, que mourraient des marins français insurgés à Brest ou à Toulon. Ce n'est pas ainsi que Napoléon et ses généraux se préparent à la bataille. Un grand mouvement d'enthousiasme religieux, depuis cinquante ans, remue les profondeurs de l'opinion; et peut-être cet esprit d'unanimité religieuse, ce sentiment de respect et de crainte à l'égard du divin, commence-t-il à tempérer l'humeur insubordonnée des marins. Mais ce ne sont que les premiers symptômes d'un état d'esprit nouveau. Les escadres anglaises, aux environs de 1800, offrent encore le spectacle de la vieille Angleterre du xviir siècle, tumultueuse et désobéissante : les vaisseaux qui remportent la victoire
1. Les amiraux s'en inquiètent, et, sans être disposés à sacrifier leurs propres privilèges, demandent qu'on ne les étende pas aux simples capitaines : Saint-Vincent à lord Ilovvick, 18 octobre 1806 (Brenton, Life, vol. II, pp. 316-317) : ... If you will, my good lord, bring a bill iuto Parliament to disqualify any offlcer under the rank of rear admirai to sit in the House of Gommons, the navy may be preserved : but, while a little drunken worthless jackanapes is permitted to hold the seditious language he has done, in the présence of flag offlcers of rank, you will require a man of greater health and vigour than I possess to command your fleets.