Geo. II, c
2. La grande loi de consolidation sur la milice, de 1786 (26 Geo. III, c. 107, § 5), modifle cette hiérarchie pécuniaire. Pour les colonels et lieutenants-colonels, elle relève le cens respectivement à 1000 et 600 1.; pour les majors et les capitaines, il est de 200 1.. Pour les lieutenants et les enseignes, il est abaissé à 50 1. et à 20 1. : un individu est même qualifié pour ces deux grades, s'il possède un revenu mobilier de 1 0001. ou de 500 1..
commandée par des gentilshommes campagnards, par des hommes qui ont du bien, des ancêtres, des relations de famille, une influence personnelle : on ne conçoit pas de circonstances où leurs armes puissent se tourner contre leur pays K »
Il était inévitable, cependant, qu'un gouvernement désireux d'intervenir activement dans la politique européenne, de faire des expéditions sur le continent, d'acquérir des colonies, ne se contentât pas d'une milice. D'ailleurs, l'organisation de la milice elle-même implique une nation rurale, composée uniquement de grands et de petits propriétaires et de leurs tenanciers. Que peut devenir cette organisation dans un pays qui s'industrialise et se couvre de vastes agglomérations urbaines, où sont effacées, abolies, les anciennes hiérarchies de la société campagnarde? Ajoutez que l'antimilitarisme des masses anglaises, si développé au xviir siècle, rend difficile une application satisfaisante des lois sur la milice. L'espèce de « conscription » établie par la loi de 1757 provoque un vif mécontentement, des murmures, des commencements de sédition. Ceux que le tirage au sort désigne se prévalent en foule de la faculté qui leur est offerte par la loi d'acheter un remplaçant. Or, une milice de remplaçants, est-ce une milice véritable? C'est, en ce qui concerne les hommes de troupe, une armée de professionnels, avec cette différence que leurs services, au lieu d'être achetés par l'État, le sont par des individus tirés au sort, et que le prix n'est pas inscrit au budget de la guerre. En haine des institutions bureaucratiques, les Anglais du xviii* siècle ont refusé de remplir les conditions qui leur auraient permis de se constituer une armée citoyenne. Il a donc fallu que l'Angleterre whig se donnât une armée permanente. Le Parlement s'y est résigné; il s'est efforcé seulement, par l'application des principes dont nous avons vu plus haut Montesquieu dégager la formule, d'atténuer un mal reconnu nécessaire.
Le Muliny Act, annuellement voté par le Parlement, fixe le nombre d'hommes que le pouvoir exécutif aura le droit d'appeler sous les armes. Le chiffre ainsi fixé est un maximum, qui ne doit pas être dépassé, mais qu'il n'est pas nécessaire d'atteindre : le maximum légal est toujours aussi bas que possible, et l'effectif de l'armée anglaise n'était guère supérieur à 17 000 hommes avant la guerre d'Amérique. Le Muliny Act fixe en même temps le montant des crédits qui seront alloués au pouvoir exécutif en vue de l'entretien de l'armée permanente pendant un an; de sorte que, par une espèce de fiction légale, l'armée [)rofessionnelle n'est pas une véritable armée permanente : elle est
1. //. ofC, 19 juin 1798 (Pari. Hisl., vol. XXXIII, p. 1 508).
HISTOIRE DU PEUPLE AttOLAIS. S
engagée et payée à l'année. Les troupes sont, commente Blackstone, '( licenciées ipso facto, à l'expiration de chaque année, à moins que le Parlement ne les conserve' ». De même encore, à la différence de ce qui se passe dans la marine, force constitutionnelle du royaume, il n'y a pas de loi permanente, votée une fois pour toutes par les deux Chambres, qui définisse les délits militaires, et fixe l'échelle correspondante des peines, la procédure à suivre, la composition des tribunaux. Le Muliny Act donne chaque année, et pour une année seulement, au pouvoir exécutif le droit de punir, dans ses conseils de guerre, selon sa procédure et ses lois, les actes de désertion et d'insubordination. Enfin, un préjugé tenace veut que les soldats ne soient pas logés dans des casernes. Afin qu'il y ait aussi peu de séparation que possible entre la vie de la troupe et la vie de la population civile, les soldats anglais, pendant toute la durée du xviii'' siècle, prennent pension chez des logeurs, qui sont, en règle générale, les débitants de boissons. C'est ici l'un des traits singuliers par lesquels l'Angleterre se distingue du reste de l'Europe, et se prouve à elle-même qu'elle est une nation libre. Blackstone, qui le plus souvent se borne à exposer et à justifier les institutions existantes, ne trouve pas encore suffisantes tant de précautions prises contre le militarisme. Il voudrait qu'une fraction déterminée de l'armée, après l'expiration des engagements, fût obligée de rentrer dans la vie civile. Il se demande si les conseils de guerre, tels qu'ils fonctionnent dans l'armée anglaise, sont indispensables : depuis que leur compétence a été étendue à la milice, il les trouve périlleux pour les libertés du royaume -.
Telles étaient les institutions militaires de E^tI^ARMéT ^^^^ ^^ Grande-Bretagne quand George III est monté sur le trône, annonçant le dessein de réformer un système expressément organisé pour affaiblir le pouvoir royal. Pendant toute la première partie de son règne, c'est en vain qu'il a cherché, dans son empire colonial, les ressources nécessaires pour l'entretien d'une grande armée permanente, affranchie du contrôle parlementaire. Il a échoué, et l'Angleterre a perdu ses colonies d'Amérique. Mais il semble qu'il ait été plus heureux, à partir du moment où, en 1792, la guerre avec la France a commencé.
Il a remporté un premier avantage lorsqu'on 1795 il a su faire occuper par son fils, le duc d'York, le poste nouvellement créé de Commandant en chef de l'armée. Dorénavant, en face des bureaux