Comm
civils de l'Artillerie et de la Guerre, dirigés par des membres du Parlement, se dressent les bureaux militaires des Horse Gaards, où gouverne un prince du sang. VAdJuiant General et le Quartermaster General deviennent comme ses chefs de bureau, et profitent de la manière confuse dont la loi a défini les fonctions du Commandant en chef pour étendre sans cesse leurs attributions aux dépens des autres départements. Le duc dTork, qui a fait à Berlin son éducation militaire, essaie d'introduire dans l'armée anglaise les principes et les usages prussiens. Son activité le rend populaire dans le parti de la Cour et parmi les professionnels. Elle inspire, en revanche, de la défiance aux hommes de la vieille Opposition, qui lui déclarent une guerre sans merci. Fox, devenu membre du Cabinet en 1806, obtient la constitution d'un « conseil militaire^ », pour assister et surveiller le duc d'York dans l'exercice de ses fonctions administratives ; et les débats parlementaires, tant que dure le ministère, laissent voir quelles rancunes cette exigence du parti whig a provoquées à la cour^. Trois ans plus tard, sous un ministère tory, les whigs reviennent à la charge.
C'est le moment où, sur le continent, toutes les expéditions viennent à mal tourner. C'est le moment où éclate le grave scandale, exploité par l'Opposition, qui oblige le duc d'York à donner sa démission. Le ministre de la guerre d'alors, le jeune lord Palmerston, essaie de profiter de la disparition du duc d'York pour éviter une subordination totale des services administratifs qu'il dirige à ceux du Commandant en chef. Il voudrait obtenir qu'une convention réglât à l'amiable le parlage des fonctions : du Commandant en chef relèverait tout ce qui concerne la nomination des officiers et la discipline militaire, au ministre de la guerre reviendrait sans réserve le contrôle des finances de l'armée^. Mais il ne réussit pas à obtenir que la ((uestion soit nettement résolue, et deux années ne sont pas écoulées qu ■ ir duc d'York est rentré en fonctions. Il a sa part de gloire dans les succès que remportent les armées pendani les dernières années de la guerre.
1. Uéclamé dfipuis 1803 pnr lui-iiiôinc. Voir//. o/C, 9 décoiiilin- ISo.l ; Ik; thouj::lU it iiccpssary lliat thero tsliould lie a rcsponsiblo mililary council, to govorii llio vvhole aiïairs of tho war dcparlrnonl; allhouf,'h ho fell a grcat persoiiai n-spect i'or llie commauder in chief, ho should not so l'ar flatter hiin, as io say that hc was aloiio capable of governing that dcpartrnent. If was évident besidrs, tli.il iii- lii-li luiUi put him above responsibility (Ann. Reg., 1804, p. 21).
2. //. of C, 3 avril 1800; discours do lord Castlorcaj^li (Military Estal)lishniont!s of Iho Country) ; 17 avril 1806, du pùn^jral Tarloton (Military opinions relative to tho Anny); 30 avril 1800, do Canning (Rcpoal of Additional Force Bill). (Pari. Deb., vol. VI. pp. G!)l, 783, «77).
3. lîuhvor, life of lord Palmerston, vol. I,.pp. 12i sqq. — Cf. Lord Palnu . randumon the office of Secretary al War, 10 Aug. 1811 (Clodo, Military /■(„ . . ,|, pp. 089 Hqq.).
Ce qu'il veut maintenant — en 1820, ses vœux seront exaucés — c'est que son « secrétaire militaire » se fasse élire membre du Parlement. Ainsi — telle est du moins son espérance — le ministre de la guerre ne sera plus seul à traiter, devant la Chambre des Communes, au nom dvi pouvoir exécutif, des choses de l'armée : à côté de lui, en face de lui, le Commandant en chef aura son porte-parole ^
A ce renforcement du pouvoir exécutif en matière d'organisation militaire, correspond un abandon rapide des vieilles traditions antimilitaristes. Pas de casernes, de barracks, disait-on au xviii^ siècle : il faut que les soldats, en dehors de leurs heures d'exercices, restent peuple et vivent avec le peuple. En 1792, Pitt crée par Wan^ani — par décret, dirions-nous — le poste militaire de Barrackmaster General et, sur les fonds « extraordinaires » du budget de la guerre, se met à construire des casernes sans autorisation préalable du Parlement. Le procédé indirect auquel il a cm devoir recourir prouve la violence des résistances auxquelles il redoutait de se heurter au cas où il aurait demandé, en premier lieu, l'agrément de la Chambre des Communes. Mais, si l'Opposition parlementaire a protesté effectivement, si elle a obtenu, après de nombreuses enquêtes, la répression des gaspillages et la réforme de l'organisme administratif institué en 1792, il n'en est pas moins vrai que Pitt a, sur ce point, remporté la victoire. Au début de la guerre, l'État anglais avait seulement, dans quarante-trois forteresses et villes de garnison, le logement nécessaire pour 20 847 hommes d'artillerie et d'infanterie^; en 1815, 155 casernes récemment construites peuvent loger 16854 cavaliers et 138410 fantassins^. Le vieux système, qui consistait à mettre les hommes en pension chez l'habitant, est décidément tombé en désuétude . Pas d'armée permanente, disait-on encore; ou du moins, s'il faut avoir une armée professionnelle, pas de grande armée permanente. Mais, au cours de la longue crise militaire que l'Europe vient de traverser, les deux partis sont tombés d'accord qu'il était impossible de se passer d'une grande armée, et, pour obtenir le résultat désiré, ont profondément modifié les relations qu'une tradition séculaire avait établies entre la milice et l'armée permanente.
Nous avons vu que la milice anglaise, dès les premières années du règne, n'était plus, à proprement parler, une armée citoyenne : elle