‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 5 sur 387 · AU XIX' SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XIX' SIÈCLE

1748 : Montesquieu, dans son « Esprit des Lois », propose les institutions anglaises en modèle aux gouvernements du Continent. Le parti whig est au pouvoir, et ce que Montesquieu admire dans la constitution politique du Royaume-Uni, c'est Tensemble des garanties qu'elle offre pour la liberté du sujet. Le meilleur gouvernement, le plus libre, c'est, dit-il, le gouvernement « mixte », ou modéré, dans lequel se trouvent combinés les principes distincts du gouvernement monarchique, du gouvernement aristocratique et du gouvernement démocratique : 1(; gouvernement anglais répond à cette définition. Le meilleur gouvernement, le plus libre, dit-il encore, c'est celui où se trouvent le plus nettement séparés les trois pouvoirs, qui sont la puissance législative, la puissance executive et la puissance de juger : le gouvernemont anglais répond aussi à cette définition.

1815 : voici le parti whig démoralisé, réduit à la situation d'un parti (I o[)position perpétuelle. Depuis plus de trente ans, presque sans interruption, les cabinets so recrutent dans les rangs du parti tory, •lélenseur de la prérogative royale. Aboukir et Tratalgar, Salamanque • 1 Vittoria, Waterloo, les deux traités de Paris, apportent à sa poli-

HISTOIBE DU PEUPLE ANOLAIS. »

tique rindiscutable consécration du succès. Que s'est-il donc passé depuis que Montesquieu écrivait? L'Angleterre a-t-elle traversé des révolutions, des coups d'état? En aucune manière.

La théorie de Montesquieu reste, en Angleterre môme, l'interprétation classique du dijoit public anglais : le grand juriste tory Blackstone s'est le plus souvent contenté, dans ses « Commentaires sur les lois de l'Angleterre » de suivre pas à pas 1' « Esprit des Lois », L'examen des institutions politiques anglaises, au début du xix* siècle, soulève donc un problème fort délicat : il s'agit de savoir comment une théorie, élaborée pour justifier une constitution considérée par le parti whig comme essentiellement libre, peut servir à justifier, cinquante ou soixante ans plus tard, une constitution dénoncée par l'Opposition whig comme oppressive et réactionnaire. Est-ce que la constitution, sans être positivement violée ou abrogée, a été appliquée de travers et faussée? ou bien la réaction se manifeste-t-elle non dans la constitution, demeurée intacte, mais dans l'opinion du pays, qui d'ailleurs s'exprime librement, selon les formes de cette constitution? Le libéralisme de 1748 n'est-il plus suffisant pour contenter les exigences d'un libéral de 18i5? ou bien la constitution est-elle réellement plus libre que ne le feraient supposer les plaintes de l'Opposition? La facilité même avec laquelle ces plaintes s'expriment, l'impuissance où se trouve le gouvernement à ne pas leur accorder une foule de satisfactions partielles, prouvent combien il est malaisé de définir, dans toute sa complexité, ce que les historiens ont appelé l'ère de la réaction tory

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