‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 50 sur 387 · AlisoM, Uist. of Europe, vol. Xll, p · texte numérisé non relu

AlisoM, Uist. of Europe, vol. Xll, p

La disciplino de l'armée anglaise est médio- L'INDISCIPLINE DANS , \ , . , -, , , tt i, , .r..^

L'ARMÉE ^^'^' " Anglais, écrit lady Holland en 1800,

sont les premiers soldats du monde pour le pillage et la rapine; en vérité, si on compare l'armée anglaise à toutes les armées européennes, l'armée du pape exceptée, c'est la seule excellence qu'on puisse en toute candeur lui permettre de revendiquer ^ » Depuis le moment où lady Holland écrivait, les Anglais ont appris à vaincre; mais leur indiscipline est l'objet constant des plaintes de Wellington -. Toutes les réformes qu'il expérimente pour rendre plus promptes et plus certaines, en temps de guerre, les décisions de la justice militaire, restent inefficaces. Les soldats se débandent après l'échec de Burgos, au cours de la retraite sur Giudad Rodrigo, comme ils se sont débandés, trois ans plus tôt, après la victoire de Talavera, au cours de la retraite sur Badajoz; et jamais Wellington n'a publié d'ordre du jour plus sévère que celui qu'il adressa alors aux officiers et aux sous-officiers de son armée. Les soldats se débandent après Vittoria, presque à la veille d'envahir le territoire français, comme ils se sont débandés quatre ans auparavant, lorsqu'ils forcèrent Soult et son armée à évacuer la province d'Oporto. Armée sans rivale au moment du combat; mais armée impossible à maintenir en bon ordre, pendant les longues marches qui précèdent et suivent les batailles. Les généraux anglais n'ont jamais eu à réprimer une insurrection organisée de leurs troupes, comparable au soulèvement de la Nore. Le simple soldat

1. Journal of lady Holland, 22 mars 1800, vol. II, pp. 61-62.

2. A J. Villiers, 31 mai 1809 {Dispalches, vol. III, p. 262) : ... I hâve long beeu of opinion that the British army could bear neither success nor failure, and I hâve had manifest proofs of the truth of this opinion in the first of its branches in the récent conduct of the soldiers of this army. They hâve plundered the country most terribly ...

— Au même, 8 sept. 1809 {Dispalches, vol. III, p. 488) : ... I really believe that more plunder and ontrage hâve been committed by this army, than by any other that ever was in the field. — A lord Liverpool, 24 janv. 1810 (Dispalches, vol. III, p. 701) : ... the conduct of the army is infamous ... — Au mémo, 10 juin 1812 (Dispalches, vol. V, p. 704) : ... The outrages committed by the British soldiers belonging to this army hâve become ...enormous. — A lord Bathurst, 2 juillet 1813 (Dispalches, vol. VI, p. 575) : ... It is quite impossible for me or any other man to command a British army under the existing System. We hâve in the service the scum of the earth as common soldiers; and of late we hâve been doing every thing in our power, both by law and by publications, to relax the discipline by which alone such men can be kept in order ..., etc., etc.

— Voir, d'autre part. Report from Commissioners ... inlo mililary piinishments, 1836, Min. of Ev., pp. 316-327, la déposition de Wellington, très favorable à l'armée péninsulaire sous le rapport de la discipline. Sans doute il faut tenir compte du fait que cela a été dit à plus de vingt ans d'intervalle. D'autre part, même le témoignage contemporain de Wellington ne doit pas être admis sans quelques réserves. 1° Il est un homme du monde, non un soldat de fortune, et les désordres de la vie des camps le scandalisent plus qu'ils ne feraient à un général de l'armée de Napoléon. 2° Il cesse de se plaindre de l'indiscipline de ses troupes à partir du moment où il entre en France : l'Espagne porte à l'indiscipline et au brigandage.

anglais n'est pas un révolté conscient, un raisonneur*. Mais le désordre, rivrognerie, la maraude sont un mal chronique du corps expéditionnaire, en Portugal et en Espagne; et Torganisation aristocratique est une des causes, sinon la cause essentielle, de cet état permanent d'indiscipline.

- L'officier anglais est un homme du monde; il entend la guerre comme un sport, non comme une science. L'Académie de Woolwich est réservée aux officiers du génie; et c'est seulement en 1799 et en 1802, que le duc d'York a fondé, à High Wycombe et à Grcat Marlovv^, une école militaire, copiée sur le modèle français, autrichien et prussien -. On calcule, en 1815, que sur 276 élèves de la classe supérieure, 114 ont servi, ou sont en train de servir dans les états-majors; que 651 élèves de la classe inférieure sont déjà entrés dans l'armée ^. C'est peu de chose; et visiblement, pendant toute la durée de la guerre péninsulaire, l'institution nouvelle n'a pas eu le temps de porter ses fruits. Rien d'ailleurs n'oblige l'aspirant officier à passer par l'école gouvernementale : tout ce que sait un officier anglais moyen, en arrivant à son corps, c'est ce qu'il peut avoir appris, entre dix et quinze ans, dans un 'établissement d'édu^zation enfantine. Les états-majors de l'armée britannique sont encore en 1815, de l'avis de l'Europe entière, les plus incompétents du monde entier. « Personne, écrit Wellington, ne lit jamais un règlement ou un ordre, comme s'il devait y conformer sa conduite, et avec plus d'attention que s'il s'agissait d'un roman amusant : c'est pourquoi, lorsqu'il faut mettre à exécution des combinaisons compliquées,... chaque gentleman procède à sa fantaisie; et puis la combinaison échoue (elle ne peut pas ne pas échouer si le commandement n'a pas été strictement exécuté). On s'adresse alors à moi, on me demande de sauver la situation ; et ainsi ma peine se trouve décuplée *. »

Tous les officiers, jetés ensemble sur une terre lointaine, forment un vaste club aiislocratique, divisé en coteries, et où il n'y a pas de

1. Napier, Hisl. of the Peninsular War, vol. III, p. 271. — 11 faut faire exception pour l'armée des Inde», où depuis un demi -siècle les mutineries étaient fréquentes; mais, en faisant cette exception, il faut tenir compte du double fait : l» que l'armée des Indes se trouve placée dans des conditions très spéciales; 2" qu'il s'agit non de mutineries des soldats contre leurs officiers, mais de mutineries d'officiers de la compagnie, obéis par leurs soldats, contre le Commandant en chef et le pouvoir central. Voir, sur ces mutineries, un bon article du Quarterly Revicw, fév. 1811, art. VIII : India. Disturbnncesat Madras (vol. V, pp, 140 s<[(|.) et John Malcolm, Observations on the Disturbances in llic Madras Army, in 18(t«, 1812.

2. Adolphus, lirilish Empire, vol. Il, pp. 364-366. — Fortescuo, Hist. nf the Hritixli Army, vol. IV, part 11, pp. «2(J-U27.

3. //. o/C, 2 juin 1815 : discours de Sir John Ilope (Pari. Deb., vol. XXXi. j.. VU).

4. To Colonel Torrens. (i déc. 1812 {Uispalches, vol. VI, p. 201).

hiérarchie bien arrêtée. Sera-ce la hiérarchie des grades? Elle est contrariée par la hiérarchie des titres de noblesse; et d'ailleurs l'armée anglaise est la moins hiérarchisée de toutes les armées du monde, elle se compose de régiments isolés, qui ne sont régulièrement groupés ni en corps d'armée, ni en divisions, ni en brigades. Sera-ce alors la hiérarchie des titres de noblesse? Mais, depuis que Pitt les a multipliés, ils ont perdu de leur valeur; et le descendant d'une antique « famille du comté » ne se sent pas porté à marquer de la déférence vis-à-vis du fils d'un lord nouvellement fabriqué. Le général Foy constate avec scandale que « les duels entre grades inégaux, quoique punis sévèrement, ne sont pas rares' ». Le mess est une espèce de conseil de guerre tenu chaque jour, où chaque officier critique en toute liberté les actes du général en chef. Il y a là des tories, il y a aussi des whigs. Les whigs sont pessimistes, prédisent l'insuccès final, démontrent la vanité des victoires remportées, l'impossibilité d'opposer une résistance durable à la masse des armées napoléoniennes. Quand on bat en retraite, ils triomphent, et les mécontents de toute sorte viennent grossir, dans les états-majors, le parti de l'Opposition. Des lettres, écrites aux amis de Londres, sont bientôt reproduites par les journaux. Au temps où, en Portugal, on reculait devant l'invasion de Masséna, le désordre est devenu intolérable. « En vérité, s'écrie Wellington, l'humeur de certains officiers me donne plus de soucis que la folie du gouvernement.... Est-ce la faute de l'Opposition en Angleterre? ou bien la gravité des circonstances a-t-elle ébranlé leurs esprits et leurs nerfs? ou bien encore est-ce moi qui me trompe, et eux qui ont raison? le fait est qu'il y a un système d'alarmisme (croaking) dans l'armée, qui est absolument funeste au service de l'État : il faut que je le détruise, ou c'est lui qui nous détruira ^. » Le mal persiste

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