‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 52 sur 387 · Dispatches, vol. VIII, pp · texte numérisé non relu

Dispatches, vol. VIII, pp

HIHTOinr. DU PBOPLE AM0LAI8. &

pour se battre, non pour faire l'ennuyeux métier d'un comptable ou d'un garde-chiourme. Personne ne se trouve donc désigné, dans la cavalerie ou l'infanterie britanniques, pour remplir les fonctions qui sont assignées, dans les armées continentales, aux officiers subalternes. Aux sous-officiers est abandonné le souci de tout ce qui fait la vie quotidienne de l'armée, la mise en marche des colonnes, l'installation des camps. Sous-officiers et soldats forment un monde à part, inconnu des officiers, recruté dans les plus basses couches de la population; et l'armée ne constitue pour eux une école de moralisation qu'en raison de leur dégradation antérieure. C'est à eux de se discipliner comme ils peuvent et comme ils veulent, c'est-à-dire très mal : et leurs officiers, quand par hasard ils veulent mettre l'ordre dans les rangs inférieurs des régiments, sont les plus ignorants et les plus maladroits des arbitres ^ Bref, c'est la constitution aristocratique de l'armée qui abandonne les soldats à l'indiscipline, non seulement parce qu'elle contient en elle les risques en même temps que les avantages de la liberté, mais surtout parce que les supérieurs ne connaissent pas les inférieurs. L'armée anglaise est une armée d'ancien régime, pareille à celle qui vainquit sous Marlborough, alors que, dans l'intervalle, Frédéric II et Napoléon ont créé un nouveau type d'organisation militaire.

Pourtant l'armée anglaise a vaincu. Huit LE TRIOMPHE FINAL. , , i • • . . «• , ,

WFT lîNCTON années de succès inmterrompus ont efïacé le

souvenir des revers humiliants subis, il y a

vingt ou quinze ans, dans les Flandres et en Hollande et affirmé, selon

l'opinion d'un écrivain tory, « la supériorité inhérente de la race

britannique ». Les Anglais ont commencé de vaincre au moment, ne

l'oublions pas, où déjà les Russes à Friedland, les Autrichiens à

Essling, montraient qu'il était possible de tenir les Français en échec.

ils ont vaincu dans un pays où, pour la première fois, les Français

étaient déconcertés de ne pas voir le bas peuple assister avec apathie,

sinon avec joie, à la chute de son gouvernement. Les circonstances

changées agissent diversement sur le moral des deux armées ; autant

le moral de l'armée anglaise monte, autant baisse celui de l'armée

française. Wellington est l'homme représentatif de cette période de la

guerre. Son nom ne marque pas une époque dans l'histoire de la

stratégie ou de la tactique moderne. 11 ne faut pas lui demander,

comme à Napoléon, de conduire une campagne à la manière d'une

1. Wellington, Mémorandum..., Dispatchcs, vol. VIII, p. 340. — Cf. Foy, Guerre de la Péninsule, vol. I, p. 241.

bataille, et de conquérir un royaume en quelques semaines, à date fixe, sur un plan donné. Chaque fois qu'à l'imitation de son rival il a voulu finir la campagne par une marche sur la capitale, en 1809, en 1812, ses imprudentes victoires ont été suivies par de dangereuses retraites. Si, en juillet 1809, Napoléon avait commandé son armée d'Espagne au lieu d'être à Wagram, c'en était fait peut-être de Wellington et de ses troupes. Si, en 1812, la Grande Armée n'avait pas été en route pour la Russie, Wellington serait-il resté sain et sauf en Portugal? Il n'est pas même un grand tacticien. Il compte seulement les jours de bataille, sur la valeur de ses hommes, leur impassibilité, leur résistance au choc, pour épuiser la fougue française. S'il voulait faire plus, il lui faudrait réformer cette armée solide, mais lourde, lente, toujours encombrée de bagages, et qui ne peut rien entreprendre sans être sûre de sa retraite et de ses communications avec la mer. Or il l'accepte telle qu'elle est. Il est l'homme des circonstances. C'est là, en somme, qu'est sa grandeur.

Il n'est pas arrivé au Portugal avec l'ambition de marcher de Lisbonne sur Madrid, puis de Madrid sur Paris. « Quels sont vos plans? lui demande en 1811 son principal lieutenant, Sir Brent Spencer : vous pourriez mourir, il m'incomberait alors de les exécuter? — Des plans? réplique Wellington. Mais je n'ai pas de plans. Je veux battre les Français, voilà tout. Si je ne puis le faire d'une manière, j'essaierai d'une autre manière ^ » Tour à tour, selon les circonstances, il espère ou cesse d'espérer : mais toujours il fait son métier. Napoléon, en poursuivant la conquête militaire de tout le monde civilisé, a entrepris une tâche surhumaine : pour vaincre, Wellington ne compte ni sur le génie de ses subordonnés, ni sur le sien propre, il compte sur la force des choses. Après Talavera, et avant l'entrée de Masséna en Portugal, il a été bien près de considérer la partie comme perdue. Mais l'efîbrt de Masséna échoue. Les Français n'agissent j)lus avec leur décision coutumière. Napoléon ne les commande pas en personne. Ils divisent leurs forces, s'attardent au siège des places, font une guerre d'ancien régime : et c'est autant de gagné pour l'armée d'ancien régime qu'est l'armée britannique. Voici 1812, l'année de la campagne de Russie et de la victoire de Wellington à Salamanque. Voici 1813, l'année de la campagne d'Allemagne et de la déroute du roi Joseph à Vittoria, Wellington passe la Bidassoa, et entre tm Franci; : le sens commun l'a (emporté sur le génie.

Il restait à W<.*llington <l(^ s(* rencontrer, face à face, avec Napoléon

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