Geo. III, c
2, 24 Geo. III, c. 23 : considérants de l'art. 34. — Sur celte, poliliqui' -nuvrrnctncntale aux Indes Orientales, depuis 1784, voir H. of C, 11 avril IT'.II : di-iuius de lord Porchester {Pari. Ilist., vol. XXIX, pp. 125 sqq.).
3. Voir les débats sur le traité de Paris, //. of C, 29 juin 1814 : lord Castlereagh justifie l(;8 concessions coloniales faites à la France, en se fondant sur ce principe - that it was expédient fully to open to France the means of peaceful occupation, and that it was not the interest of tliis counlry to make her a military and a conquering, insti.'ad of a commercial and a pacifie nation », et la prise de l'ile Maurice, •< not on account of any commercial advantaf^es resulting from ils possession, but because in time of war il was a great inarilim(> nuisance, highiy delrimcntal to our commerce. In Ibe two past wars, the injury to our commerce by the occupation of thf> Maiiritius on the part of tlie encmy, as a cruising station, was incalculable ». (Pm-l. Deb., vol. XXVIII. p. 402.)
conviendrait-il pas de diriger un mouvement d'émigration vers les colonies nouvelles, vers quelques-unes d'entre elles tout au moins? Si l'on fait exception pour le cas très spécial de l'Australie, colonie pénitentiaire, où l'Angleterre déporte ses criminels, le gouvernement ne paraît pas songer encore à cette solution du problème de la surpopulation'. Quand bientôt le mouvement se dessinera de lui-même en dehors de toute intervention gouvernementale, le ministère ne verra pas la chose sans inquiétude. Tous ces colons de race anglaise vont demander l'assistance de la métropole contre les entreprises d'autres nations colonisatrices, ou contre les attaques des populations indigènes. Or, on ne veut pas, à Londres, faire les frais des expéditions militaires qu'ils pourraient réclamer. Ils vont encore revendiquer leur droit à là libre gestion des affaires locales, demander des Parlements et des ministres responsables. Or l'Angleterre sait quels tracas lui donnent, dans les vieilles colonies, les perpétuels conflits entre l'assemblée populaire et le « Conseil » qui émane de l'exécutif^; elle n'a pas oublié comment elle a perdu la majeure partie de ses colonies de l'Amérique du Nord. Pour éviter que l'accident se reproduise, elle s'attache à maintenir aussi étroite que possible la tutelle que le pouvoir exécutif exerce sur les colonies nouvellement acquises*. Les colonies ne doivent être, dans l'esprit des gouvernants, que des places fortes militairement administrées. L'aristocratie dirigeante pourrait trouver son compte à l'extension d'un domaine colonial où les sinécures lucratives abondent. Mais elle subit la pression constante de l'opinion des classes moyennes, des rentiers aussi bien que des industriels et des commerçants : les sinécures coloniales sont dénoncées comme les autres, et menacées de disparaître avec les autres*. En somme, après tant de victoires maritimes, nulle trace d' « impérialisme >> dans l'Angleterre de 1815.
1. Que déjà préconisent les Malthusiens : Qaarterly Review, vol. XII, p. 41 (oct. 1814); sur l'Australie.
2. Mem. and Corr. of lord Castlereagh, vol. VIII, p. 198 : au duc de Manchester, 11 fév. 1809 : ... The pretension of the Assembly (à la Jamaïque) to ail the rights and privilèges of the House of Gommons is quite absurd : they hâve no other privilèges than those naturally arising out or connccted with the colonial and limited purposes for which, by the act of the Crown, they hâve been created. The control of the army does not belong to them. Inquiries on their part into the conduct of military offlcers, in the sensé the Gommons inquire at home, are quite foreign to ther jurisdiction. — Difficultés du même ordre aux Barbades, 1818-1820 : Memoirs and Correspondance of lord Gombermere, vol. I, pp. 356 sqq.
3. Egerton, A short history of Brltish Colonial policy, p. 260.
4. Sur ces sinécures coloniales, voir Second Report... on Sinécure offices, 18 June 1811, et surtout Third Report... 23 avril 1812; — et débats sur le Colonial Offices Bill, H. of C, 22 mars, 28 mars, 29 mars, 18 avril, 25 avril. 6 mai 1814 {Pari. Deb., vol. XXVII, pp. 339, 365, 375, 434, 522, 731).
Nul désir, à plus forte raison, de faire des conquêtes sur le continent européen. Le roi d'Angleterre est redevenu roi de Hanovre : mais l'union des deux couronnes va bientôt prendre fin, et les ministres responsables ne permettraient pas que le souverain anglais usât de sa puissance dans l'intérêt de son électoral allemand. Le gouvernement britannique prétend jouer ostensiblement en Europe le rôle de médiateur impartial. Tant que les hostilités ont duré, il a interprété le droit de la guerre au sens le plus favorable pour les habitants des pays envahis, le plus gênant pour lui-même : jamais il n'a permis aux armées anglaises de vivre, comme les armées napoléoniennes, sur le pays*. Toujours elles ont acheté argent comptant les provisions dont elles avaient besoin, ou bien les ont fait venir à grands frais de par delà les mers. Après la paix, l'Angleterre s'interpose entre vainqueurs et vaincus. En 1814, elle obtient que les puissances alliées signent un traité séparé avec la France : ainsi le gouvernement français se trouve reconstitué à temps pour avoir son représentant au congrès de Vienne, et collaborer au règlement des questions européennes. Wellington, à Paris, avant et après les Cent-Jours, s'érige en protecteur des Français après avoir été leur vainqueur, et fait obstacle aux brutalités des soldats prussiens, aux exigences des diplomates prussiens.
Personne cependant en Europe, sauf peut-être une poignée d'hommes d'État et de publicistes libéraux, ne sait vraiment gré à l'Angleterre de sa politique d'arbitrage. Dans l'impartialité même dont les Anglais font montre, il y a je ne sais quoi d'hostile et de glacé. Mis en face des Anglais, tous les Européens, Français et Espagnols, Latins et Germains, Germains et Slaves, sentent qu'ils sont en quelque sorte solidaires les uns des autres, que les guerres qui les ont divisés depuis vingt-cinq années, tiennent de la guerre civile, et se demandent en vertu de quel droit une nation étrangère vient s'immiscer dans leurs querelles privées, leur prêcher la moralité et la sagesse. Les troupes anglaises restent souvent déconcertées, après avoir libéré un territoire, de se voir en butte à l'animosité générale, pendant que le souvenir de la domination française devient peu à peu populaire'^. Calmer les soupçons obstinés des gouvernements et des peuples, voilà donc un premier problème qui embarrasse les diplomates anglais : mais ce problème se complique d'un second problème. L'Angleterre est, de tous les pays d'Europe, celui où l'opinion publique est le plus éveillée, le plus prompte à criti(}uer les actes gouvernementaux. Elle est le seul pays où toute la politique de l'Europe est chaque jour,
1. Pas môme aux Indes; Alison, Hitt. of Europe, vol. XI, pp. 108, 1(J«.
2. Foy, Guerre de la Péninsule; Brenton, Naval History, vol. IV, pp. 117-118.
selon des formes légales qui sont universellement respectées, l'objet d'une discussion publique ^ Bien qu'elle soit gouvernée par des tories, elle reste, parmi tous les pays d'Europe, le pays libre par excellence. La pression qui se trouve de la sorte exercée sur les diplomates anglais par l'opinion, il arrive qu'ils sachent en tirer parti : ils pourront, à l'occasion, traîner une affaire en longueur, se déclarer impuissants à rien conclure tant qu'ils n'en auront pas référé à Londres, et acquis la certitude d'être soutenus par la volonté du Parlement. Mais plus souvent le contrôle de l'opinion est pour eux une gêne, une diminution de pouvoir : elle leur rend ardue la découverte des formules propres à définir le nouveau pacte européen.
S agit-il, purement et simplement, de « res- DIFFJCULTE DU ,,, , , ^ .
PROBLÈME EUROPÉEN ^^^^^^ *^ ^ ^^^^ "^ choses antérieur à 1792, de rétablir sur leurs trônes toutes les dynasties « légitimes », afin d'effacer, autant que possible, le souvenir d'une longue convulsion révolutionnaire, de maintenir l'indépendance réciproque des nations, et en même temps de conserver intactes les vieilles traditions politiques et religieuses? C'est bien là ce que désirent, en 1814 et en 1815, les puissances alliées; mais des difficultés surgissent à Londres. Le parti anti-jacobin s'est constitué, en Angleterre, par la coalition du parti tory et d'une grande majorité du parti whig; et c'est un whig qui a formulé la philosophie politique de la nouvelle coalition. Suivant Burke et ses disciples, égalité est synonyme de despotisme, et aristocratie de liberté : un siècle après la mort de Louis XIV, les aristocrates anglais considèrent encore qu'en défendant leurs privilèges, ils défendent les libertés nationales et les libertés politiques de l'Europe. Le « légitimisme » anglais n'est pas de même qualité que le légitimisme continental.
A la suite des armées anglaises, le parlementarisme s'est insinué dans toute l'Europe occidentale : et l'orgueil national des tories eux-mêmes est flatté de voir la Sicile, puis l'Espagne, puis la France et la Hol-
1. Sir James Mackintosh à Horner, Paris, 12 déc. 1814 : Nobody can be hère without feeliag the great hatred entertaiiied against us by ail ranks and parties. If bas been
littie abated during the last three weeks, by the debates of the House of Gommons, which hâve been more important, and I hope more bénéficiai, on the continent, than at any former period of our parliamentary history. The gênerai continent wanted an organ, and the only popular assembly in Europe partially supplied it. You gave the sanction of a public body to the principles of common sensé ; and you bave certainly contributed to ail the success which may attend Talleyrand in bis new office of assertor of justice and protector of vj^eakness (Mem. and Corr. of Francis Horner, vol. II, pp. 223- 224). Rentré à Londres, Mackintosh emploie presque les mêmes termes dans son grand discours parlementaire du 27 avril 1815 {Pari. Deb., vol. XXX, p. 891).
lande se donner des constitutions à l'anglaise ^ Assurément, ils hésitent à croire que les peuples continentaux soient dignes de recevoir, ou capables de comprendre, des institutions aussi excellentes. Ils trouvent la constitution sicilienne trop oligarchique 2, la constitution de Cadix trop jacobine^; ils craignent que le Parlement français ne soit qu'une imitation très gauche du Parlement anglais '*. Mais si les maladresses du parlementarisme continental inspirent aux tories anglais des sentiments de méprisante condescendance, la politique brutalement absolutiste des princes nouvellement rétablis sur leurs trônes les déconcerte et les consterne. En Espagne principalement toute la politique anglaise est en déroute depuis que Ferdinand VII a rétabli l'Inquisition, abrogé la constitution, emprisonné ou mis à mort les principaux libérales, c'est-à-dire ceux mêmes qui admirent avec le plus de ferveur les principes de la civilisation anglaise. Pour rétablir son autorité absolue, le roi d'Espagne emploie des troupes payées avec de l'or anglais, commandées par des officiers anglais ; l'Opposition proteste à Westminster avec violence; et c'est à peine si les ministres osent se défendre^. Ils savent
— ils en sont avertis par leur ambassadeur à Madrid^ — que tout ce qui est gagné dans la Péninsule pour la cause de T'absolutisme est
1. H. of C, 29 juin 1814 : discours de Canning (Pari. Deb., vol. XXVIII, p. 431).
2. Mr. à Court à — , Palerme, 5 janvier I8I0 (Mem. and Corr. of lord Castlereùgh, vol. X, p. 237); — lord Sheffield à Abbot, 6 nov. 1812 {Diary and Corr. oflord Colcliester, vol. H, pp. 408-409). — Cf. dans les lettres de lord Castlereagh (vol. VIII, pp. 217 sqq.) une curieuse note anonyme en date de 1810, intitulée « Some Account of the Présent State of Sicily », dont l'auteur suggère l'introduction d'institutions libérales dans la Sicile et les autres lies de la Méditerranée, sous une sorte de protectorat anglais.
3. Sur cette constitution, voir Ed. Rev., sept. 1814, art. V : Cartes of Spain (vol. XXIII, p. 361). — Lord Castlereagh à Sir Henry Wellesley, Paris, 10 mai 1814 (Mem. and Corr. of lord Castlereagh, vol. IX, p. 462). — Wellington à lord Bathurst, 27 janvier 1813 (Dispatches, vol. VI, pp. 235-2.Ï6).
4. E. Cooke â lord Castlereagh, Foreign Office, 14 avril 1814 : ... Such a House of Lords! wilhout family, property, character. Sur la Chambre des Pairs, cf. lord Castlereagh à lord' Liverpool, Paris, 20 avril 1814 (Mem. and Corr. oflord Castlereagh, vol. IX, p. 481). — Wellington ù Dumouriez, Paris, 26 novembre 1814 : ... Tout est neuf ici, et vous savez que les choses neuves, surtout quand elles sont compliquées, ne vont pas bien ... Tout le monde est pauvre, et, ce qui est pis, leurs institutions empêchent qu'aucune famille devienne riche et puissante (Dispatches, vol. XII, p. 192). — Voir encore Ed. Rev., sept. 1814, art. XI : Paris in 1802-18()U (vol. XXIII, pp. 483-484), les citations du livre d'un voyageur anglais à Paris. — Et Diary of lord Colchester (pendant son séjour il Paris), 9 cet. 1813 : Arburthuot brought me a string of questions proposed by the French Ministers, about the principles and forms and examples of managing the practical partof the English government, proving their entire ignorance of the subject.
— 11 oct. : Heard an authenlic and curious account of the state of the French Ministry, and their utter ignorance of ail the forms and principles of the British Government, which thoy profess to emulate (vol. II, p. 337).
5. Le ministère en vient à admettre que, si une intervention était admissible vn Espagne, ce serait contre l'absolutisme : H. of C, 15 nov. 1814 : Mr. Baring's Motion for papers relating to Spain; réplique de Wellesley Pôle (Pari. Deb., vol. XXIX, p. 200).
6. Mem. and Corr. oflord Castlereagh, vol. X, pp. 309 sqq. —Cf. vol. X, pp. 25-2Q : lord Castlereagh li Sir Henry Wellesley, 10 mai 1814.
perdu pour l'influence anglaise. Dès 1815, bien avant le temps de Ganning et de rémancipation des colonies espagnoles, l'incompatibilité des principes est manifeste entre les Anglais et leurs alliés de 1813. Quatre mois à peine après Waterloo, les chefs des grandes Puissances demandent au prince régent de signer avec eux le pacte, personnel et secret, de la « Sainte-Alliance ». Lord Gastlereagh, chargé de communiquer le message, s'excuse de n'avoir pu se dérober et de devoir transmettre « à un souverain britannique » « ce document de mysticisme et de sottise sublimes » ; et le Cabinet, après délibération, déclare qu'il ne saurait conseiller au Régent d'adhérer. La Constitution interdit au chef du pouvoir exécutif de signer personnellement un traité d'alliance avec un souverain étranger sous sa propre responsabilité ; il ne peut que ratifier un traité régulier, antérieurement signé par un plénipotentiaire, et auquel le grand sceau se trouve apposée
La politique extérieure du cabinet tory s'est heurtée à d'autres difficultés encore, lorsqu'il s'est agi, en collaboration avec les cours alliées, de refaire la carte d'Europe. La refaire exactement telle qu'elle était en 1792, ne serait pas, selon le cabinet anglais lui-même, d'une politique prudente. Cette poussière de petits États; dans l'ouest de l'Allemagne, dans le nord de l'Italie, a trop longtemps laissé le centre de l'Europe exposé à l'influence et à l'invasion françaises. Pour assurer l'équilibre européen, il faut constituer une barrière d'États capables d'opposer à la France une résistance sérieuse, en d'autres termes retourner contre la France cette politique d' « arrondissements territoriaux » que Napoléon avait pratiquée dans un dessein très difTérent. L'Angleterre, d'accord avec toute l'Europe, demande que l'Escaut soit ouvert à la libre navigation, qu'Anvers soit neutralisé, que les anciens Pays-Bas espagnols forment dorénavant avec la Hollande un seul royaume. Seulement, ces résultats une fois obtenus, ni le gouvernement ni l'opinion publique n'ont, en Angleterre, un intérêt direct à voir se généraliser l'absorption des petits États par les grands. L'indiff'érence anglaise contraste avec la cupidité russe, prussienne ou autrichienne; et les orateurs de l'Opposition exploitent cette indifférence. Ils refusent de reconnaître dans les nouveaux États artificiellement fabriqués par la diplomatie internationale ces libres patries, ces personnalités collectives, dont on avait entrepris la défense contre les invasions napoléoniennes. Mackintosh fait, en termes très conservateurs, l'éloge de 1' « ancien et magnifique système » donné à l'Europe par la paix de Westphalie, compromis seulement depuis le partage de la