‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 57 sur 387 · YoQge, Life of lord Liverpool, vol. II, pp. 226 sqq · texte numérisé non relu

YoQge, Life of lord Liverpool, vol. II, pp. 226 sqq

Pologne et la Révolution française. Il se plaint que, malgré la chute de Napoléon, le système napoléonien reste en vigueur : la seule différence, c'est que la dictature européenne est exercée par un triumvirat au lieu de l'être par un individu*. Les ministres interpellés ne savent comment répondre.

La question de Norvège agite la première l'opinion. En vertu d'un contrat passé avec l'Angleterre, Bernadotte, pour prix de sa défection, a obtenu que la Norvège, détachée du Danemark, soit annexée à la Suède. Les Norvégiens ainsi livrés se lèvent en armes. Si les Suédois n'avaient très rapidement achevé la conquête de la Norvège, le Parlement n'aurait peut-être pas permis au gouvernement anglais d'exécuter le traité et de prêter une assistance active à l'armée suédoise-. L'annexion de Gênes au Piémont provoque à son tour un mécontentement d'autant plus vif que lord William Bentinck, le plénipotentiaire anglais en Italie, un whig déterminé, a prodigué aux Génois les professions de foi émancipatrices^ En Allemagne, l'empereur de Russie et le roi de Prusse, étroitement unis, se sont arrangés pour le partage des territoires du roi de Saxe, qui a jusqu'au bout refusé de faire cause commune avec les alliés : la Russie aurait le Grand-Duché de Varsovie, et la Prusse, la Saxe elle-même. Cette entente dérange tous les calculs de la diplomatie anglaise, qui ne veut pas d'un pareil accroissement de territoire et d'influence pour la Russie : le tsar, devenu puissant par l'abaissement de la France, ne va-t-il pas s'allier avec les États-Unis pour défendre sur les mers les droits des neutres? former des plans de conquête vers la Turquie, peut-être même vers les Indes *? Ce que voudrait le Cabinet anglais, c'est une alliance étroite avec la Prusse et l'Autriche, ces deux États

1. //. 0/ C, 27 avril 181.5 : motion relating to thc transfer of Genoa (Pari. Deb., vol. XXX, pp. 891 sqq.) — Cf. les discours de Whithroad, 9 février, 13 février, 6 ra'ars {Pari. Deb., vol. XXIX, pp. 097, 726, et vol. XXX, p. 13); et, dans la séance du 13 février, le Chancelier de l'Echiquier ayant refusé de répondre, l'apostrophe de Ponsonby : ..."Mr. Speaker, I wish you would cast your eyes upon that bench, and say if there is a single person there who dares contradict what has been asserted? and if you do cast your eyes upon theni. I should be glad to know what your émotions are — whether you most pity or condemn them?(IIear, and iaughter.)

2. V. lettres de lord Liverpool à Castlereagh et à Wellington, 2 septembre 1814. (Yonge, Life 0/ lord Liverpool, vol. II, pp. 21-22, 24). — Sur la (juestion de Norvège, voir Ed. ficv., avril 1814, no. XLV. art. IV : Tranafercncc of Norway (vol. XXIll, pp. 102-103).

3. H. of C, 13 février, 27 avril 1815 : (!t 7 avril, Papers relating to Genoa, presentod by command of the Prince Régent (Pari. Deb. vol. XXIX, pp. 727 sqq.; vol. XXX, pp. 901 sqq. et .387 sqq.). Sur le rôle joué par lord William Hentinck en Sicile, voir Court of Ëngland under the Prince Begent, vol. I, pp. 199-200. — Voir encore les conseils de prudtmcc adressés par lord Casth^reagh ii lord William Hentinck, 3 avril et 7 mai 1814 (Mem. andCorr. of lord Castlerca(jh, vol. IX, pp. 429 sqfj.; vol. X, p. 18).

4. Quarlerly neview, oct. 181.'», arl. VIII : El[ihinslone's Account of Cnnhnl (Vdl. \\\\ pp. 154-155). L'auteur de; l'article tourne d'ailleurs ces alarmes eu dérision.

HISTOIRE DU PKUPLI AMOLAIB. ^

formant tampon entre l'ouest et Test de l'Europe. Puisque cette alliance est impossible, il se résigne à une entente avec la France et l'Autriche, contre la Russie et la Prusse. Dans les premiers mois de janvier, un traité d'alliance est signé; une démonstration, peut-être une expédition militaire en commun, est prévue. Mais ici encore, on se heurte à des difficultés. Murât, en Italie, a réussi à sauver son trône, avec l'appui de l'Autriche, qui non seulement lui en a formellement garanti la possession, mais lui a promis quelque agrandissement de territoire vers le Nord. Or l'Angleterre et la France redoutent une conspiration possible entre Murât, roi de Naples, et Napoléon, enfermé dans l'île d'Elbe; elles veulent la restauration des Bourbons de Naples, clients du Cabinet de Saint-James et parents de Louis XVIII. De toutes ces questions de politique extérieure, qui menacent à chaque instant de provoquer une guerre, l'opinion publique tire prétexte à Londres, pour critiquer le ministère. Lord Castlereagh, le plénipotentiaire anglais à Vienne, est, en janvier, précipitamment rappelé. Le Parlement est sur le point de se réunir; la situation politique est détestable ; le ministère n'oserait pas affronter les débats, si lord Castlereagh ne venait en personne justifier devant la Chambre des Communes les démarches de la diplomatie anglaise.

Faut-il croire qu'un conflit armé ait été imminent dans les premiers mois de 1815? Le ministère anglais y répugne; et toutes les fois que W^ellington à Paris, lord Castlereagh à Vienne, se laissent séduire par la perspective d'une guerre, ou seulement d'une alliance oft'ensive, lord Liverpool, de Londres, leur écrit pour les apaiser : « 11 n'y a pas une seule manière d'arranger les affaires de Pologne, d'Allemagne et d'Italie, pourvu que l'arrangement soit conforme aux stipulations du traité de Paris, qu'il ne faille préférer, dans les circonstances présentes, à un renouvellement d'hostilités entre les puissances continentales * ». Car toute guerre éclatant sur un point quelconque de l'Europe se généraliserait aussitôt et dégénérerait en guerre révolutionnaire. A la fin de 1814, lord Liverpool espère encore que deux ou trois années de paix suffiront à calmer partout les esprits, et qu'alors les diplomates pourront recommencer, sans péril pour l'ordre établi, à provoquer « des guerres semblables, par leur caractère et leurs effets, aux guerres qui se produisaient au xvir et au xviiie siècles, avant la Révolution française^ ». Mais les Cent-Jours détruisent cette illusion. Tous

1. Lord Liverpool à 'lord Castlereagh, 23 déc. 1814 (Yoage, Life of lord Liverpool, vol, II, p. 85).

2. Lord Liverpool à lord Castlereagh, 2a sept. 1814 (Yonge, Life of lord Liverpool, vol. II, p. 31). — 11 s'exprime presque dans les mémos termes, dans une lettre à

les souverains se trouvent d'accord pour amoindrir la France, la frapper d'une lourde contribution de guerre, ramener en arrière ses frontières, établir à poste fixe leurs armées sur son territoire. La peur commune du péril napoléonien efface tous les dissentiments d'intérêt, et la paix européenne se trouve ainsi consolidée : le temps des guerres dynastiques est passé. L'Opposition populaire, de son côté, ne poussera-t-elle pas à la guerre, si cette guerre doit être une guerre pour l'affranchissement des peuples, dirigée contre la ligue des princes? L'Angleterre connaîtra un jour ce libéralisme belliqueux; et c'est un mouvement d'opinion qui pourra devenir redoutable lorsque le monde des affaires trouvera son intérêt à semer la division sur le continent. Mais, en 1815, le désir d'une politique de paix et d'économie prime tout. L'Opposition se trouve d'accord, contre le ministère, avec la majorité du parti ministériel, pour demander l'allégement des charges fiscales : allégement impossible tant qu'on maintiendra l'armée anglaise sur le pied de guerre, tant qu'on paiera des subsides aux puissances continentales. « Très peu de gens, écrivait le 16 janvier lord Liverpool à lord Gastlereagh, s'inquiètent ici de ce qui se passe à Vienne, si ce n'est dans la mesure où cela intéresse les dépenses » ; et, le 20 février, il 'insistait, dans une lettre alarmée : « Même parmi nos meilleurs amis, beaucoup ne pensent qu'à la réduction des impôts et à la diminution des effectifs. The coiintry at this moment is peace mad ^ . »

De toutes les observations qui précèdent, POUVOIR EXÉCUTIF

FAIBLESSE DU .. , . ,-, v A 'a

il ressort que la constitution du pouvoir exé

cutif en Angleterre aux environs de 1815 doit être considérée, malgré les velléités réactionnaires du parti tory, comme une constitution libérale.

Il faut entendre par là, d'abord, que toutes les institutions administratives forment un système de précautions contre la centralisation bureaucratique et le despotisme militaire. Elles sont telles qu'il est impos.sible au chef du pouvoir exécutif d'opprimer, en s'appuyant sur une minorité de fonctionnaires, la majorité des sujets. L'Angleterre est une nation militairement très forte; mais l'élément principal de sa force militaire, c'est sa marine; el une marine, si puissante soit-elle,

\V«llinplon, qu(! Yoiigo place au moi« de novembre (vol. II, pp. 81-82). — Cf. lettres de lord Liverpool h Wellington, 2 sept. 1814; ù lord Gastlereagh, 2 nov. 1814; i\ lord Gastlereagh, 2.3 déc. 1814; a Wellitigton, 31 déc. 1814 (Yonge, Life of lord Liverpool, vol. II, pp. 24, 49, 51. 100).

1. A/cm. and Corr. of lord CasUereagh, vol. X, p. 241. — Suppl. Despatches of ... Wellington, vol. IX, p. 573.

ne saurait faire courir de dangers aux libertés publiques. Si les Anglais ont d'ailleurs fini, à contre-cœur, et sous la pression des circonstances, par entretenir une grande armée permanente, cette armée de mercenaires est hors d'état, n'a pas même la volonté de s'emparer du pouvoir et de changer la forme du gouvernement. Dire que l'Angleterre est, au sens que nous venons de définir, une nation libre, ce n'est pas dire — il s'en faut de beaucoup — qu'elle soit une nation démocratique. L'aristocratie anglaise est très ouverte, et se renouvelle sans cesse par 'des éléments empruntés, au barreau, à l'armée, au négoce; mais ce n'en est pas moins une aristocratie de riches propriétaires fonciers qui règne en maîtresse sur l'administration centrale et l'administration locale du pays. D'où il résulte que le progrès des institutions démocratiques est appelé à suivre, en Angleterre, pendant la durée du xix^ siècle, une courbe très différente de celle qu'il suivra dans les autres pays d'Europe. Sur le continent, l'État bureaucratique est déjà constitué : c'est un instrument qu'il s'agit seulement de faire passer en d'autres mains et d'utiliser pour des fins nouvelles. Ici, l'instrument lui-même est à créer.

Nous n'avons pas épuisé cependant, par cette première formule, la définition du libéralisme anglais. Si c'est un régime de prédominance aristocratique, ce n'est pas un régime d'aristocratie pure. Nous avons eu l'occasion déjà de constater que des influences font contrepoids, dans la constitution anglaise, à l'influence de cette aristocratie dirigeante, si fortement installée au pouvoir, si âpre à en recueillir les bénéfices.

Lorsque le parti whig, vers 1780, a engagé une campagne pour la réforme des abus administratifs, son but était d'enlever à la Couronne une des sources de sa puissance, et de fortifier indirectement par là même les privilèges politiques de l'aristocratie. Mais l'aristocratie tirant dans une large mesure parti de ces abus, elle perd, au moins autant que la monarchie, au progrès de la réforme administrative : une force extérieure, la pression de l'opinion publique, pousse les réformateurs en avant et les emporte plus loin que ne les conduiraient les considérations de l'intérêt personnel. Nous avons vu d'autre part, en étudiant la politique extérieure du royaume, que les diplomates et les hommes d'État anglais, élevés dans la tradition du Self Government, sont pour cette raison même, et en tant que membres d'une aristocratie gouvernante, déconcertés par les tendances absolutistes des monarchies continentales : mais il faut ajouter que bien souvent, dans leurs relations avec les pays du continent, ils se trouvent, sur les exigences de l'opinion publique, obligés de sympathiser avec une politique populaire, nulle-

ment conforme aux intérêts de leur classe. Nous avons vu enfin comment, dans les provinces, le régime du Self-Government aristocratique laisse à l'opinion populaire une part de contrôle sur l'exercice du pouvoir administratif. Sans police, sans force armée pour la défendre contre l'insurrection, la classe des propriétaires est astreinte, si elle veut que le régime dure, à tenir compte perpétuellement de l'opinion des gouvernés. Mais ce n'est pas assez dire : le contrôle du gouvernement par les gouvernés trouve encore son expression dans un certain nombre d'institutions positives, qui font partie de la Constitution du royaume, auxquelles il nous est arrivé déjà de faire allusion en passant, qu'il nous reste maintenant à analyser en détail.

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