FORMES DIVERSES DU GOUVERNEMENT DE
On peut concevoir trois manières pour un peuple de se gouverner lui-même, et on n'en L'OPINION P®^^ concevoir que trois. Ou bien le peuple
s'assemble tout entier, à intervalles aussi fréquents que possible, pour voter des lois et nommer les fonctionnaires chargés de les exécuter : gouvernement par réunion publique, gouvernement direct du peuple par le peuple. Ou bien le tirage au sort (et n'importe quel ordre fixé d'avance, le rang d'âge par exemple, ferait aussi bien l'affaire) désigne un nombre restreint d'individus qui devront exercer à tour de rôle les fonctions gouvernementales : gouvernement par roulement. Ou bien le peuple tout entier s'assemble, à intervalles assez éloignés, non plus pour légiférer et choisir les fonctionnaires, mais pour élire un certain nombre de députés qui, en attendant la prochaine élection, exerceront d'une manière permanente les fonctions que l'assemblée populaire aurait, dans la première hypothèse, directement exercées : gouvernement par représentation. Ces trois formes de gouvernement se rencontrent, au début du xix^ siècle, dans la constitution anglaise.
Le gouvernement direct du peuple par le peuple semble ne convenir qu'à la satisfaction de besoins très élémentaires, dans de très petites sociétés. Il n'est pas surprenant, par exemple, que cette forme de gou-
vernement persiste dans le meeting, présidé par un Meadsman, un Common Herd, un Fieldsman, ou un Overseer, qui a pour fonction de régler l'exploitation des biens communaux*. Dernier débris peut-être d'une constitution sociale antérieure au régime féodal, qui tend à perdre de son importance, à mesure que la structure de la société se complique, qui tend même à disparaître, depuis que la législation a pour but avoué d'individualiser la propriété et l'exploitation du sol. Mais il est plus surprenant d'observer que la constitution des paroisses, c'est-à-dire des petites circonscriptions entre lesquelles tout le territoire de l'Angleterre est réparti, repose, elle aussi, sur le principe du gouvernement par réunion publique. La paroisse est gouvernée par quatre fonctionnaires qui y jouent le rôle du pouvoir exécutif — le Churchwarden, le Constable, le Surveyor of Highways, VOverseer of the Poor, et par une assemblée, le Vestry Meeting, composé de la foule de ceux qui sont intéressés à l'administration de la paroisse. Cette assemblée exerce un contrôle sur les actes, sur les dépenses de l'exécutif, et, dans certains cas, nomme les membres de l'exécutif, ou du moins prend part à leur nomination. Le vestry, ainsi appelé du nom anglais qui signifie « sacristie », parce que le lieu régulier de ses séances, c'est la sacristie de l'église paroissiale, joue tout naturellement un rôle important dans le choix des Chiirchwardens, personnages mi-civils, mi-ecclésiastiques, responsables à la fois devant l'autorité diocésaine et devant le meeting paroissial, chargés de tenir les comptes de l'église, mais prenant part également à la police locale et à l'administration des lois d'assistance : c'est encore le vestry qui dresse la liste des notables sur laquelle les Juges de Paix choisiront les Surueyors of Highways.
Dans l'immense majorité des paroisses rurales ou demi-rurales, la coupure est assez nette entre la classe de ceux qui paient les contributions locales — fermiers et boutiquiers — et la classe des ouvriers agricoles qui ne les paient pas, pour que ce soit chose facile d'exclure ceux-ci du Vestry Meeting. L'assemblée paroissiale se trouve, en ce cas, composée d'un petit nombre d'individus qui sont généralement, en qualité de locataires, dans la dépendance de la classe où se recrute le corps des Juges de Paix. Ce n'en est pas moins un signe caractéristique des limites imposées à l'autorité des Juges de Paix, que ceux-ci aient toujours laissé aux petites gens établies sur leur terres le droit d<; collaborer avec eux à la gestion des finances locales. Dans les grosses paroisses urbaines, il arrive de deux choses l'une. Ou bien la