M. AyUm, Voyage rwnd r.rrni liritaui, vol. Il, p
premiers gentlemen du comté*. Or, s'il en est ainsi, l'institution du jury peut bien être rangée au nombre des institutions utilisées par l'aristocratie pour se défendre contre les empiétements de la bureaucratie monarchique; elle ne saurait servir de frein aux exactions de l'aristocratie elle-même. N'allons pas cependant forcer les choses.
En premier lieu, ce qui est vrai du grand jury des Assises n'est pas vrai du grand jury qui assiste les Cours des Sessions Trimestrielles : ici c'est l'aristocratie qui juge, le grand jury se recrute dans les classes moyennes ^ En second lieu, ce qui est vrai dans les provinces, et surtout dans les provinces rurales, n'est pas vrai dans les grandes agglomérations urbaines : ici l'aristocratie foncière se désintéresse de la vie publique, elle abandonne les fonctions judiciaires à la moyenne et même à la petite bourgeoisie ^ Enfin ce qui est vrai du grand jury n'est pas vrai du petit jury. La loi exige seulement des membres du petit jury qu'ils soient propriétaires d'une terre rapportant un revenu au moins égal à dix livres sterling, ou tenanciers à vie payant un fermage au moins égal à vingt livres sterling. Gomme d'ailleurs le travail qu'on exige des jurés est assez absorbant, et comme il existe beaucoup de moyens légaux pour se faire rayer des listes, les membres de la gentry se dispensent de servir, et ce sont bien des représentants des classes moyennes qui siègent dans les petits jurys : de gros bourgeois siègent aux Assises, de petits bourgeois aux Sessions Trimestrielles. « Tout tribunal nouveau, écrit Blackstone, constitué pour trancher des questions de fait sans l'intervention d'un jury... tend à établir un gouvernement aristocratique — le plus oppressif de tous les gouvernements absolus.... Dans tous les pays du continent, à mesure que l'institution du jury est tombée en désuétude, le pouvoir des nobles s'est accru*. » Les magistrats professionnels, dans leurs correspondances privées et leurs entretiens, affichent un profond mépris à l'égard de la composition démocratique des jurys : petty juries, country assizes, and untutored méchantes, s'écrie dédaigneusement Thurlow ^ Dans la métropole, où, comme dans toutes les grandes villes, le corps des Juges de Paix n'a rien d'aristocratique, le premier ministre Perceval se plaint en 1810 que VUnder-Sheriff du Middlesex envoie toujours des jurés démocrates pour juger les procès
1. D'où sans doute les critiques adressées par les libéraux avancés à l'institution du Grand Jury : voir, par exemple, Ed. Rev., déc. 1828, no. XGVI, art. V. Police of the Metropolis and Prévention of Crime (vol. XLVIII, pp. 415-416).