LA LIBERTE DE LA
PRESSE pétition ne permet aux gouvernés d exercer
une pression sur les gouvernants qu'aux époques de crise et d'une manière en quelque sorte spasmodique : iaut-il donc croire que le peuple anglais se trouve, aux environs de 1815, privé de tout moyen de contrôle permanent sur la politique parlementaire? En réalité, il s'est constitué depuis un siècle, et surtout depuis cinquante ans, un puissant organe de contrôle, qui a fini par être considéré comme faisant partie de la constitution non écrite du royaume : et c'est la presse politique. Les Anglais disent que la presse est libre dans leur pays : ils entendent par là, non pas sans doute que le délit d'opinion n'existe pas, et qu'un journaliste peut, sans être poursuivi, exciter à la haine ou au mépris soit de la Constitution, soit d'un homme d'État, mais que, depuis les dernières années du xviii'' siècle, le gouvernement a été privé du droit d'exercer une censure préalable sur les imprimés. La « liberté de la presse » ainsi définie, les Anglais sont le seul peuple, en Europe, à la posséder. Tous les partis, de bon cœur ou à contre-cœur, la déclarent intangible. Les adversaires du parti de la Cour y voient la plus sûre garantie contre une réaction autoritaire. « Donnez-moi seulement la liberté de la presse, s'écriait Sheridan en 1810, et j'abandonne au ministre une Chambre des Pairs vénale, je lui abandonne une Chambre des Communes corrompue et scrvile, je lui abandonne le patronage de toute l'administration.... Armé de la liberté de la presse, je les affronterai sans crainte ^ » Et c'était un toast classique des banquets whigs, de boire « A la liberté de la presse — elle est comme l'air que nous respirons : — si nous l'avons, nous ne; mourons pas *. »
Est-il vraisemblable cependant que la liberté de la presse n'ait subi, depuis un demi-siècle, aucune atteinte? Pendant la première moitié du règne, avant le commencement des hostilités avec la France, elle a gagné plus de Ifrrnin f|n'olI<' en a perdu. Le Parlement a vainement