Diary of lord Colchcsler, 30 fév
4. « It vvfis lik(! tlie iHst lottery, where lliere won; un itianks, Itul ail pii/.es - (//. ofC.^ 15 uov. 1814; ParL Deb., vol. XXI.V p. 218). Sur le licenci(!riienl du f^roupe de Gauuiug, voir Courl of England iindur thc. Prince Régent, vol. 11, p. 'M-^M : Francis Horner to lord Grenville, 22 juillet 1813; — Letlers to Jvy, pp. 213, 210. — Crccvcy Papers, vol. I, p. 151.
no LES INSTITUTIONS POLITIQUES.
déjà commencé à se désintéresser de la politique active, laissant à leurs clients, à Fremantle, à Wynn, à Horner, à l'Irlandais Plunkett, le soin de rester sur la brèche, et de prendre part aux débats parlementaires. Bientôt, ils vont trahir. Eux partis, de quels éléments, de quels débris se trouvera constituée l'Opposition à Westminster? « Quelques familles whigs, déclare Mackintosh à Thomas Moore, sont seules à garantir la stabilité de la Constitution ^ »
Ce sont, au premier rang, les « grandes familles de la Révolution de 1688 », les Percy, les Cavendish, les Russell, les Howard. Le présent duc de Bedford, chef de la famille des Russell, possesseur d'immenses domaines dans le Bedfordshire, dans le Devonshire et au cœur même de la capitale, est un homme politique influent. Samuel Whitbread, le démocrate, est en relations étroites d'amitié avec lui. Son fils aîné, le marquis de Tavistock, prend une part active aux débats de la Chambre des Communes. Mais de ses trois autres fils, l'un, lord George, sert à l'armée, l'autre, lord William, est tellement criblé de dettes qu'il n'ose pas se laisser voir à Westminster; le troisième, lord John, qui va illustrer la famille, vient à peine d'atteindre ses vingt et un ans et d'entrer au Parlement. La gloire du nom subit une éclipse depuis qu'est mort en 1802 le cinquième duc de Bedford, grand agronome, grand citoyen, qui a eu les honneurs d'une invective de Burke et d'une oraison funèbre de Fox. Seul parmi les chefs de familles nobles, Charles Howard, duc de Norfolk, qui meurt en 1815, a perpétué, à travers toutes les années de la guerre, les grandes traditions politiques de la vieille aristocratie anglaise. Amateur si passionné de courses qu'il est communément surnommé, pour cette raison, « le Jockey », compagnon de débauche du prince de Galles, buveur, joueur, légendairement sale et négligé dans sa mise, cultivé d'ailleurs et causeur excellent, il s'est fait priver par Pitt de sa lieutenance pour avoir, dans un banquet populaire, porté un toast « au Peuple, notre Souverain ». Politicien passionné, il a, dans le comté de Sussex, autour de son château d'Arundel, agrandi son fief électoral. A Hereford, à Gloucester, à Carlisle. il est le chef du parti populaire. Dans le Gloucestershire, seul de toute l'aristocratie locale, il a appuyé et fait triompher, en 1811, une candidature indépendante. Il a donné un
1. Mem., Journ., and Corr. of Thomas Moore, 30 mai 1819 (vol. II, p. 316). — On peut dresser la liste de ce qui reste du parti whig en se reportant aux débats sur les Six Acts de 1817. Voir notamment la liste des 98 membres qui votèrent, en première lecture, contre VHabeas Corpus Suspension Bill, 26 fév. 1817 (Pari. Deb., vol. XXXV, pp. 738-9). Mais il y avait seulement 371 votants. On peut compléter la liste en se reportant à d'autres votes; voir notamment le vote du 14 mars, Seditious Meetings' Bill, où apparaissent 8 noms nouveaux; du 28 mars, où apparaissent encore 8 noms nouveaux {Pari. Deb., vol. XXXV, pp. 1131, 1302).
POUVOIR LEGISLATIF ET GODVERNExMENT DE L'OPINION. 171
siège à Romilly, repoussé par les électeurs de Bristol. Greevey le démocrate est un de ses clients. Le duc de Norfolk est le whig par excellence, un républicain aristocratique, dont toute la vie s'est passée à provoquer, par son insolence, Torgueil du roi et de ses ministres.
D'autres familles se groupent autour de celles-là. George Ponsonby, que l'on a choisi en 1808, de préférence à Tierney, trop flottant, et à Whitbread, trop violent, pour devenir chef de l'Opposition aux Communes, représente une des trois grandes maisons qui se disputent le gouvernement des comtés irlandais. Les Ponsonby sont les alliés des Fitzwilliam, puissants dans le Yorkshire; et le fils de lord Fitzwilliam, lord Milton, est, vers 1815, un des espoirs du parti whig. Lord Grey dirige l'Opposition dans la Chambre Haute, de concert avec lord Grenville. Lord Grosvenor, à la Chambre des Lords, et lord Folkestone à la Chambre des Communes, font avec zèle leur métier d'hommes politiques. Mais, sans énumérer toutes les familles v^higs qui réunissent autour d'elles à la Chambre des Communes cent ou cent cinquante parlementaires, il faut citer deux maisons aristocratiques dont l'activité est intellectuelle plus encore que politique, et qui occupent une place à part dans le monde de l'Opposition.
C'est lord Shelburne, premier marquis de Lansdowne, ami d'Adam Smith, protecteur de Bentham, correspondant des « philosophes » français, qui a fondé la grandeur de « Lansdowne House ». Son deuxième lils, maintenant devenu l'héritier du titre, avait fait à la Chambre des Communes des débuts éclatants. Condamné, depuis qu'il a passé à la Chambre des Lords, à jouer un rôle plus effacé, il continue, à Londres <!t dans son château de Bowood, les traditions paternelles : Mackintosh, Romilly, Dumont de Genève, Mme de Staël, se rencontrent chez lui. Pourtant « Lansdowne House » est en décadence; « Holland House », au contraire, est à son plus haut point de renommée. C'est là que Fox est mort en 1806, assisté par son neveu et sa nièce, lord et lady Holland. Lord Holland est un whig zélé, un homme politique habile. Lady Holland régente la maison. Sans être ni belle ni supérieurement intelligente, elle a le génie de la domination. Les circonstances av(!nlureuses de son mariage avec Lord Holland empt^chant qu'elle soit reçue à la cour sévère de George III, elle prend sa revanche en présidant sa propre cour, en ouvrant un salon d'hommes, où elle Hiçoit, gouvcrn<', terrorise tout ce que l'Angleterre anti-ministérielle compte d'hommes éminents, littérateurs, philosophes, publicistes. Lord Holland et sa femme sont trop indépendants pour ne pas avoir beaucoup d'cnncîmis. On leur reproche leur cosmopolitisme afTecté : et d'antn; part l<Mir zèh^ pour la cause de l'indépendance espagnole
refroidit à leur égard les partisans de la paix à tout prix K « Lansdowne House » et « Holland House » considèrent la grande Revue d'opposition, la « Revue d'Edimbourg », comme faisant partie de leur clientèle. Les deux maisons rendent à l'aristocratie whig ce service de la maintenir en contact avec l'opinion intellectuelle. Elles l'empêchent de dégénérer en un parti de grandes familles rurales.
Lord Grenville, commentant, au mois de juillet 1818, le licenciement de la faction Canning, trouve surtout le fait déplorable en raison « du discrédit qu'il jette sur tous les groupes, dont cependant le maintien est indispensable pour le bon fonctionnement d'une constitution parlementaire. La dissolution d'un parti prouve surabondamment, par elle-même, que le parti n'avait pas de raison d'être ^. » Mais qu'est-ce que lord Grenville entend par ce système des partis, tenu par lui pour être l'essence même du parlementarisme? Veut-il dire que, dans tout pays libre, il se formera nécessairement des partis divisés soit par les convictions philosophiques ou l'eligieuses, soit par les intérêts économiques des individus qui les composent respectivement? C'est une vérité trop évidente. Il conviendrait d'ajouter, d'ailleurs, que l'esprit de parti peut dépasser les bornes qu'exigerait le maintien de l'unité nationale, et que la lutte des partis, lorsque les partis en présence, au sein d'une même société, ne reconnaissent plus aucune règle commune d'équité, devient guerre civile. Ou bien lord Grenville, fidèle à la doctrine de Burke, veut-il dire que les partis en lutte, afin précisément de ne pas devenir deux sociétés rivales, deux nations dans une seule nation, doivent remettre la garde de leurs intérêts, de leurs passions, de leurs convictions, à des familles aristocratiques qui, appartenant à la même classe, sauront observer, dans leurs conflits, un droit de la guerre très rigoureux, obéira des règles communes? Ce sera effectivement le chef-d'œuvre de la politique anglaise du xix*" siècle, de perpétuer la tradition de ce parlementarisme aristocratique. Mais à quelles conditions s'opérera ce tour de force? A condition d'adapter sans cesse, attentivement, cette politique aristocratique aux besoins changeants d'une société qui ^s'industrialise et se démocratise. Or, le pays, dans les premières années du siècle, ne trouve pas que cette adaptation se fasse assez vite. Dans la conspiration antiministérielle de lord Wellesley et de Canning, il voit une survivance du système des factions oligarchiques et ce système, il ne l'interprète pas comme Burke. Les partis
1. II s'est constitué en Espagne un parti politique désigné sous le nom nouveau de parti « libéral » ; et peut-être est-ce par le canal de Holland House que le mot va pénétrer dans la langue politique de l'Angleterre.
2. Court of England undcr the Prince Régent, vol. II, p. 38 : lord Grenville à Francis Horner, 23 juillet 1813.
lui apparaissent, depuis une trentaine d'années, non comme des groupes patriarcaux, immuablement fidèles à des principes héréditaires, mais comme des coteries changeantes, nées de l'esprit d'intrigue, formées pour l'exploitation des avantages du pouvoir. Le souvenir de la coalition de 1784 pèse, et pèse à juste titre, sur les tentatives répétées que fait l'Opposition pour reconstituer, à Westminster, une majorité hostile au parti tory. Le parti ministériel est un bloc homogène, en face d'une fédération de coteries : aussi peut-on considérer à ce point de vue sa victoire, consentie par l'opinion, comme favorable au progrès des mœurs publiques.
Il faut plaider, d'ailleurs, en faveur du LE PARTI WHIG ET ^^. ^ l'Opposition, les circonstances atté-
LA POLITIQUE DE , r. • i • -a i i 4- t
RÉFORMES nuantes. Depuis un demi-siècie que la lortune
lui est contraire, il n'a pas, aussi complètement qu'on lui en fait le reproche, trahi la cause des réformes. Dans la mesure où il l'a trahie, c'est trop souvent parce qu'en realité il se sentait mal soutenu par l'opinion.
Pendant les premières années du règne, avant la malheureuse coalition de 1784, les whigs se sont appuyés sur le peuple pour rendre plus efficace leur résistance à la politique de George III, et la législation porte les traces de l'activité dont ils ont alors fait preuve, soit que, détenant le pouvoir, ils aient pris eux-mêmes l'initiative des réformes, soit que, rejetés dans l'Opposition, ils aient su, par la pression qu'ils exerçaient faire capituler leurs adversaires devant leurs (îxigences. Nous avons vu le gouvernement anglais entreprendre alors la réforme administrative, réglementer le droit que le roi possède de distribuer des pensions, et diminuer ainsi le nombre des moyens dont la couronne dispose pour corrompre la Chambre des Communes. En môme temps la réforme parlementaire a été abordée. Le Grenville Act de 1770' limite le droit que la majorité de la Chambre des Communes s'attribuait de valider ou d'invalider à sa fantaisie les nouveaux élus : la loi constitue, pour trancher ces questions, des sélect commitiees tirés au sort. Une loi, votée en 1782, exclut de la Chambre des Communes tous les fournisseurs des administrations, en particulier les fournisseurs des administrations de la guerre et de la marine ^. On modifie en môme temps la composition du corps électoral. Parfois on restreint la franchise afin de lutter contre l'influence de la cour et des nou-
1. Kl Geo. III, <•.. \ù. M (,r,,. m, r. 4J. — Rendu porpéluoi, 14 Geo. IIl, c. i:i. — LéRisintioii mndili(!c, 2;i (.(•(.. 111. r. Si; 2.S (ii-o. IlI, c. 52.